A l’occasion du 67ème anniversaire de la proclamation de la République du Congo, le Président Denis Sassou-Nguesso a délivré, le 28 novembre 2025, son message sur l’état de la Nation, devant le parlement réuni en congrès. Dans un contexte de pressions sécuritaires, de fortes attentes sociales et de quête de cohésion nationale, il a rappelé les fondements historiques et institutionnels du pays. Constitutionnaliste et enseignant-chercheur à l’Université Marien Ngouabi, le prof Placide Moudoudou a réagi à ce message, pour éclairer la portée juridique et civique de la commémoration de la fondation de la République. Il plaide pour une République plus sûre, plus juste et plus inclusive.

République et mémoire collective

Pour le Chef de l’État, la célébration du 28 novembre est l’occasion de revisiter l’histoire congolaise, faite de crises et de résilience, et de rappeler que la paix reste la condition de tout progrès durable. Cette dimension mémorielle s’apparente à une pédagogie citoyenne, destinée à prévenir l’oubli de moments cruciaux, notamment les troubles sociopolitiques des années 90. Le prof Moudoudou souligne, quant à lui, la portée fondatrice du 28 novembre 1958, date marquant la naissance de la République et la transition du Moyen-Congo vers une autonomie interne. Cette autonomie représente le transfert effectif de la gestion administrative aux Congolais. Elle constitue, selon le juriste, le socle de la légitimité actuelle: un État se gouvernant par ses propres normes et institutions. Il estime d’ailleurs que cette fête devrait dépasser son cadre institutionnel, pour devenir une célébration populaire, véritablement investie par la société civile, les écoles et les associations, où la pédagogie républicaine demeure insuffisamment valorisée.

Sécurité et ordre public: la République à l’épreuve

La lutte contre le grand banditisme a occupé une place centrale dans le discours présidentiel. Le Chef de l’Etat a décrié une criminalité en expansion, touchant marchés, quartiers populaires et milieux scolaires, perturbant l’économie informelle et menaçant la stabilité sociale. Face à cette situation, il a adopté une posture de fermeté, en affirmant son intention d’être «intraitable». Sur le plan juridique, cette détermination renvoie à la mission constitutionnelle de l’État: garantir la sécurité des citoyens et la continuité de l’ordre public. Placide Moudoudou considère cet axe comme essentiel, car il renvoie au cœur du contrat social républicain: la protection des libertés et l’intégrité du territoire. La sécurité apparaît ainsi comme une condition préalable à l’exercice des droits fondamentaux.
Education, jeunesse et égalité: repenser
la République

Le Président a également évoqué les investissements consentis dans l’éducation: nouveaux complexes scolaires; lycées; universités de Loango et projet d’université à Oyo. Ces initiatives visent à préparer la jeunesse aux mutations technologiques. Pour le prof Moudoudou, l’école porte une responsabilité centrale dans l’inculcation de la culture républicaine. Il appelle à renforcer l’éducation civique et à promouvoir l’égalité entre les sexes, rappelant qu’aucune femme n’a dirigé un ministère de souveraineté et que la représentation féminine dans les bureaux parlementaires demeure très faible. En se référant à l’article 15 de la Constitution, il affirme que certains «bastions doivent tomber», afin de traduire dans les faits le principe d’égalité.

Développement et diplomatie: la République en projection

Le Président Denis Sassou-Nguesso a présenté un bilan global des actions menées: infrastructures sanitaires; zones agricoles protégées; projets industriels; réhabilitation routière; amélioration de l’accès à l’eau et à l’électricité. Sur le plan international, il a mis en avant la participation du Congo aux grandes instances multilatérales, au Focac (Forum sur la coopération Afrique-Chine), à la Cop30 ou encore à la Décennie onusienne 2027-2036 sur le reboisement. Ces éléments traduisent une volonté d’inscrire la République dans une dynamique de développement accéléré et d’affirmation diplomatique.

Vers une République vivante et inclusive

L’articulation entre le discours présidentiel et l’analyse du prof Moudoudou révèle un enjeu majeur: la République congolaise doit demeurer un ordre juridique vivant, fondé sur l’égalité, la sécurité, l’éducation civique et la participation citoyenne. Le Chef de l’Etat a appelé à l’unité; le constitutionnaliste souligne la nécessité d’une transformation normative, d’une pédagogie renforcée et d’une démocratisation accrue des institutions. Le 28 novembre apparaît, dès lors, comme une célébration à la fois historique et prospective, porteuse d’un projet de société fondé sur la justice, l’inclusion et la stabilité.

Propos retranscrits par Joseph MWISSI NKIENI

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