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Avec la disparition de Germain Lambert Matoko, le Congo perd un de ses dignes fils. Par Jean Vital Fructueux Koléla-Kouka

Témoignage

Avec la disparition de Germain Lambert Matoko, le Congo perd un de ses dignes fils

C’est le samedi 24 février 2024 que je reçois un coup de fil de mon ami et frère Abel Mokono, ancien maire de Bacongo, le deuxième arrondissement de Brazzaville. Ce dernier m’annonce l’hospitalisation de notre frère Germain Lambert Matoko, à Corbeil- Essonnes, en France. Il me dit «qu’il est sérieusement malade, car plongé dans un coma, je m’y rends en ce moment». Je fus assommé par la nouvelle, mais je ne perdis pas l’espoir, me confiant au Dieu vivant, afin qu’il le tire de ce profond sommeil. Malheureusement, cet espoir se brisera le lundi 26 février 2024, en lisant un message, sur mon compte WhatsApp, de mon frère Abel Mokono. Ce dernier m’apprenait la disparition, le dimanche 25 février 2024, à midi, de notre cher frère, Germain Lambert Matoko. Je fus secoué profondément par cette terrible nouvelle. Je n’ai pu retenir mes larmes. Nos rangs continuent à se vider furtivement et nous assistons, impuissants, à l’intransigeance de la nature.

Le hasard de la nature amènera Bernard Bakana Kolélas, Germain Lambert Matoko et Julien Matongo à cohabiter dans le même rayon géographique de Bacongo. Leurs résidences respectives étaient localisées dans la même ruelle. Je vivais encore chez mes parents, après mon retour de France. Ainsi, pour aller au travail, je prenais cette ruelle et quelquefois je croisais Lambert Matoko. Il allait régulièrement chez Julien Matongo. Il attirait vite l’attention de l’environnement humain avec sa chevelure particulière et son accoutrement qui dégageait la senteur de l’intellectuel sérieux et brillant qu’il fut. Il était docteur en sciences économiques de l’Université de Paris 1 et enseignait cette discipline à l’Université Marien Ngouabi, au Congo et, plus tard, dans les différents établissements, en France, dont le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers).
Germain Lambert Makoto
Avec Julien Matongo, il fonde le R.c.n.c (Rassemblement pour la construction de la nation congolaise). Un parti politique qui voit le jour, comme beaucoup d’autres, sous l’impulsion du multipartisme qui prend corps au Congo-Brazzaville, au début des années 90. Le R.c.n.c fut dirigé par Julien Matongo, un haut cadre du monde de la banque. Après le décès de ce dernier, c’est tout naturellement que Lambert Matoko se rapproche du leader du M.c.d.d.i (Mouvement congolais pour la démocratie intégrale), Bernard Bakana Kolélas. En effet, ce dernier considérait Julien Matongo comme son frère. Les deux personnalités avaient la même sensibilité politique et cultivaient le même dessein pour le Congo.
Ainsi, Lambert Matoko va intégrer le M.c.d.d.i. Lorsque le M.c.d.d.i participe au gouvernement d’ouverture initié par le Président Pascal Lissouba, Luc Adamo Matéta, sera nommé ministre chargé de la coordination des régies financières. À cette occasion, Lambert Matoko sera appelé à diriger son cabinet ministériel. Avec Patrice Batantou, économiste-banquier, et Antoine Bidounga, inspecteur du trésor chevronné, ils vont, tous les trois, constituer la matière grise du cabinet. Bernard Bakana-Kolélas l’estimait beaucoup. À tel point que, lorsqu’il sera nommé Premier ministre, par le Président Lissouba, en pleine guerre du 5 juin 1997, il va le prendre dans son cabinet comme conseiller aux affaires économiques.
Les événements politiques qui se déclenchent le 5 juin 1997 au Congo vont le pousser en exil en France. Nous nous sommes rencontrés un bon jour, au hasard de la rue, à la Gare du Nord, localisée dans Paris. Dans le fourmillement humain sur cette place très sollicitée, nos regards se sont croisés. Il me tient le bras et on s’enlace. Il était très heureux de me revoir après tant d’années et je l’étais aussi. Il m’invita à s’attabler dans un bistrot qui se tenait juste à côté, nous y sommes restés plusieurs heures à causer. Nous avions fait un tour d’horizon des faits apparus dans notre environnement commun depuis notre départ du Congo, suite à la guerre du 5 juin 1997. Il me confia avec beaucoup de pincement au cœur une expérience, vécue à son arrivée en France, inhérente à son installation. Il l’avait vécue comme une désacralisation de l’amitié, ce qui constituait, à ses yeux, une violation grave des prescriptions de la tradition kongo, une trahison du sourire de la fraternité, «une déshumanisation du muntu». Nous parlions aussi de la disparition de Bernard Bakana-Kolélas et du vide qu’il laissait dans notre pays. Il me disait «Tata est parti, nous sommes devenus des orphelins».
Pour lui, Bernard Bakana-Kolélas était notre baobab, notre abri indubitable. J’avais vu un homme profondément affecté, meurtri par les événements politiques qui s’étaient déclenchés le 5 juin 1997, qui ont eu des effets multiplicateurs et dévastateurs pour le Congo, politiquement, économiquement et socialement. Il me confia son amertume, le manque d’engouement qu’il éprouvait de repartir au Congo, son cher pays qu’il a tant aimé. Après une longue causerie, nous sommes sortis du bistrot, nous avions pris le train ensemble, j’allais à Évry-Village et lui était descendu à Ris-Orangis.
Loin de son pays, il n’avait pas pour autant détourné son attention à ce qui se passait au Congo. C’est ainsi qu’il suivait de très près l’entrepreneuriat politique de Parfait Kolélas, à qui il avait ouvert ses bras. L’homme aimait ardemment son pays natal, il ne pouvait pas être insensible à tout ce qui concernait l’avenir du Congo. L’homme était toujours disponible dans la réflexion aboutissant à la conception d’un projet de développement économique du Congo, salvateur pour ses concitoyens.
Avec la disparition de Germain Lambert Matoko, le Congo perd un de ses dignes fils. Un fils qui brillait par l’exemplarité. Un fils qui incarnait l’intégrité, l’honnêteté, la rigueur dans le travail, la fidélité en politique, l’amour du pays. Autant des valeurs cardinales qui caractérisaient l’homme. J’adresse mes condoléances les plus attristées à sa chère épouse Anne Josée Yolande Matoko, à ses chers enfants et au reste de sa famille.
Adieu cher aîné, repose en paix et que la terre te soit légère!
Jean Vital Fructueux KOLELA-KOUKA
Jean-Vital Fructueux Koléla-Kouka

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