La volonté politique de lutter contre le fléau de la corruption a été concrétisée, dans notre pays, par la ratification au milieu des années 2000, de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption, la Convention des Nations unies contre la corruption et par l’adoption de la loi n°5-2009 du 22 septembre 2009 sur la corruption, la concussion, la fraude et les infractions assimilées. Ce qui a donné lieu à la mise en place de l’institution gendarme chargée de traquer les présumés corrupteurs et corrompus, afin de les mettre à la disposition de la Justice.
Au départ, c’était la Commission nationale de lutte contre la corruption. A la suite de sa décision de lancer une enquête sur une présumée affaire de détournement de fonds publics visant un membre du gouvernement, cette commission a été dissoute début 2019 pour être remplacée par la Halc (Haute autorité de lutte contre la corruption), sensée, semble-t-il, mieux lutter contre la corruption.
Depuis, il y a eu, entre autres, le scandale du Figa, appelé «Figa gate» par la presse, sur lequel la C.i.d (Centrale d’intelligence et de documentation) a enquêté en 2023 et transmis son rapport d’enquête, avec les noms des présumés acteurs impliqués dans ce scandale, à la Halc. A son tour, celle-ci aurait mené son enquête et adressé son rapport à la Justice, mais toujours est-il qu’à ce niveau, l’histoire semble s’être terminée dans la nuit noire du silence officiel. Pas de suite judiciaire, dans un présumé scandale où les noms des membres du gouvernement et des hauts-cadres sont cités. Faut-il penser que la présomption d’innocence a donné lieu un déni de justice contre l’Etat lui-même? Tout en a l’air. Mais, ce qui est clair, c’est que la Justice, si elle a été saisie par la Halc, n’a pas encore prononcé de non-lieu sur cette affaire qui peut donc toujours connaître une suite.
Plus troublant pour les Congolais, c’est le scandale révélé par le premier magistrat lui-même, dans un discours solennel adressé devant le parlement réuni en congrès: 6 milliards de francs Cfa de surbudgétisation de la bourse des étudiants disparaissaient des circuits de l’administration publique comme de la fumée. Malgré l’indignation du Président de la République, ni le ministre en charge de la justice, ni la C.i.d encore moins le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Brazzaville n’ont daigné ordonner ou ouvrir la moindre enquête, pour comprendre ce qui s’est passé dans ces années-là où l’Etat déboursait 9 milliards de francs Cfa de bourse des étudiants, par trimestre, alors qu’il n’en fallait que 3. Le coup de semonce de la vérité, dans cette affaire, a été donné par le premier président de la Cour suprême, qui a rappelé cette évidence du fonctionnement de l’Etat: quand le Président de la République dénonce, c’est que c’est documenté. Alors, pourquoi n’ordonne-t-on pas une enquête judiciaire? Il se peut que le Président ait été trompé?
Avec cette révélation présidentielle, l’esprit des Congolais est tourmenté: la Justice congolaise se tait sur les scandales de gestion publique impliquant de hautes personnalités. Le problème est politique, pointent certains compatriotes et sans doute ils ont raison. Pendant ce temps, les Congolais continuent de payer un lourd tribut aux conséquences de cette impunité politique: difficultés à accéder à l’électricité permanente et à l’eau courante; manque d’entretien des routes; chômage des jeunes; irrégularité des salaires dans les domaines comme l’enseignement et la santé; irrégularité des pensions; manque d’investissement pour améliorer les conditions de vie des populations dans les localités; même la délivrance payante du passeport ordinaire relève parfois du parcours du combattant, etc.
Les Congolais sont convaincus que leurs souffrances sont principalement liées aux anti-valeurs qui affectent si gravement la gestion des ressources financières de l’Etat. Celui-ci ne fonctionne plus que par endettement, pour financer ses charges. Son endettement auprès des entreprises nationales, constitué par le non-paiement des marchés publics exécutés, a précipité nombre d’entre elles dans la précarité et la même faillite, aggravant ainsi le taux de chômage dans le pays. Le Trésor public a tellement tiré les O.t.a et les B.t.a qu’à de niveau, la dette est devenue colossale.
La crise économique dure depuis dix ans. On peut toujours féliciter la résilience des Congolais. Le pays est en paix, mais les Congolais y vivent avec un esprit de plus en plus troublé par les avatars de la gestion publique et des estomacs qu’ils ont de plus en plus du mal à remplir. «Qui aime bien, châtie bien». La Justice n’est pas qu’une punition, c’est surtout une rééducation. Un pays qui veut être pris au sérieux, fait passer la Justice partout où il y a des doutes sur la gestion publique, pour clarifier les responsabilités.

L’HORIZON AFRICAIN

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