La mythologie grecque présente Chronos comme le Dieu du temps et de la destinée. Dans d’autres traditions, on dirait le Dieu du temps et des circonstances. Le Dieu du temps, c’est le maître des horloges; lui seul sait quand et comment. Même quand tout va mal, il est là, imperturbable, tel le Sphinx. Au fait, il est aussi le Sphinx. Vous vous souvenez, ici même: «Il s’amuse dans son for intérieur, de leur attente frénétique et se disant, pourtant le Christ leur a déjà dit: «Nul ne sait ni le jour ni l’heure… sauf le Père», en l’occurrence moi, Père sur cette terre d’éphémères».
Parce que, comment peut-on encaisser les déboires de la Cité que l’on gouverne, si l’on n’est pas maître de soi, maître du temps? La tragi-comédie d’un centre hospitalier, une administration dont tout le courrier est dans la rue, la misère sociale des retraités et des étudiants, des infrastructures de désenclavement qui s’effondre, l’électricité et l’eau qui deviennent un luxe pour une partie de la population, l’incivisme qui devient légion; toutes choses qui questionnent cette forme d’immobilisme dans la décision politique, alors que tout converge aujourd’hui vers l’impérieux changement.
Parce que le temps, comme Chronos, vieillit les vicissitudes, les assimile et les normalise. Ce Chronos, c’est le temps du destin; destin que l’on subit, sur lequel le maître des horloges n’a aucune prise. Mais, comment peut-on être maître des horloges et resté Chronos, au lieu d’être Kaïros?
Pour le Commandeur des éphémères, le temps doit être Kaïros, c’est-à-dire, «moment de rupture, basculement décisif par rapport au temps qui passe».
Quand l’autre «Commandeur des croyants» dit que «mon heure n’est pas encore venue», il parle de Kaïros, du moment où doit s’accomplir le «grand remplacement», comme l’a écrit un économiste congolais. Kaïros, accomplit le maître des horloges en ce sens qu’il le rend libre de déterminer sa destinée. Mais Chronos qui, dans la mythologie grecque, a pour épouse Anankè, la fatalité, momifie l’action politique, dont la conséquence est la stagnation structurelle de la Nation. Le moment n’est-il pas venu de briser la continuité monotone des intersections infinies des divers dysfonctionnements systémiques de l’Etat?
Prométhée

