Des voix se font entendre, pour demander le report de l’élection présidentielle, pour, à la place, organiser un dialogue national inclusif. A force d’arguments, par rapport au contexte socio-économique difficile que traverse le pays, l’idée est portée par des acteurs de l’opposition et d’autres aussi, qui trouvent que les conditions d’un scrutin équitable ne sont pas réunies.
Que faut-il en penser?
Face à cette demande, il y a lieu de relever de prime abord que l’organisation des élections ne relèvent pas de la volonté du Président de la République ni de son gouvernement. Au contraire, eux-mêmes doivent justement se soumettre à la volonté du peuple souverain, qui a codifié dans sa loi fondamentale, le rythme de la tenue des élections. «Le Président de la République est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable deux fois», énonce l’article 65 de la Constitution en vigueur, qui précise de suite: «Le Président de la République reste en fonction jusqu’à la fin de son mandat qui, sauf cas de force majeure reconnue et déclarée par la Cour constitutionnelle, doit coïncider avec la prise de fonction effective de son successeur élu».
En conséquence, ceux qui pensent que l’élection présidentielle doit être reportée pour les raisons qu’ils trouvent suffisantes à ce propos, ne devraient pas s’adresser au Président de la République encore moins à son gouvernement, mais plutôt à la Cour constitutionnelle. Le Président de la République n’a pas le pouvoir de décider du report d’un scrutin démocratique. Il doit, lui-même s’adresser à la Cour constitutionnelle pour cela.
Ensuite, le dialogue national, quel que soit son caractère, n’a pas les pouvoirs d’une assemblée constituante, pour se substituer à une élection présidentielle ou modifier les pouvoirs publics d’un Etat. Ce faisant, sa tenue n’est pas de nature à remplacer ni à précéder une élection présidentielle. Elle émane simplement de la volonté politique des acteurs qui, s’ils estiment que c’est un moyen nécessaire pour apaiser le climat électoral, peuvent y recourir.
Enfin, troisième argument pour abattre l’idée du report du scrutin présidentiel, celui-ci provient de la nécessité d’éviter un précédent qui peut coûter cher au peuple dans l’avenir. En effet, si aujourd’hui, on reporte le scrutin présidentiel pour tenir un dialogue national inclusif à la place, qu’est-ce qui ne dit pas que dans l’avenir, un Chef d’Etat élu va s’en prévaloir, pour repousser sine die le scrutin présidentiel et s’accrocher au pouvoir, par le biais de la redistribution des prébendes à travers un dialogue national inclusif?
Au-delà de tout, il nous faut savoir que la tenue régulière des élections fait partie des critères fondamentaux de la vie démocratique d’un pays. Les élections ne se tiennent pas au gré des circonstances du moment, mais sur la base de la volonté inébranlable du peuple souverain, telle que codifiée dans ses lois dont la loi fondamentale. La régularité de la tenue des élections est un critère fondamental de la vie démocratique. Les élections doivent se tenir à terme échu, pour être valables. C’est le devoir de chaque régime élu. Pour l’avenir de notre vie démocratique, il nous faut assoir une bonne tradition républicaine de tenue régulière des élections. Donc, demander le report d’un scrutin est anti-démocratique, sauf si le peuple souverain lui-même vienne à en disposer. Mais là, on parlera alors de révolution!
Reste maintenant la dimension de la crédibilité des élections. Là aussi, nous n’allons pas prétendre réinventer la roue. Dans nos pays en transition démocratique, l’expérience démontre que les élections ne sont jamais crédibles pour ceux qui les perdent; elles ne sont crédibles que pour ceux qui les gagnent. Avouons que même si on appelait les anges à organiser nos élections, celles-ci ne seront pas exemptes de critiques ou de contestations pour ceux qui les perdront. Que faire?
Nous partageons, tous, l’idée que l’organisation des élections doit être libre, apaisée, juste et équitable. De telle sorte que, comme on le dit, le meilleur gagne. Pour cela, nous devons tous y mettre notre bonne foi. Un Chef d’Etat élu avait lancé cette boutade: «Je n’organise pas les élections pour les perdre». Mesurait-il, en le disant, combien il détruisait la vie politique de son pays? Dès lors, celui qui organise est affublé de tous les soupçons. Surtout s’il ne perd jamais.
Tout ne repose que sur ce qui nous motive. Ne dit-on pas que «le mobile est le fondement de toute nos actions»? Heureusement que plus tard, le même Chef d’Etat avait dit aussi: «Il ne faut pas que celui qui gagne, gagne tout et que celui qui perd, perd tout». Nous pouvons tous comprendre que «l’équité est dans l’équilibre». Le dialogue est nécessaire, il est souhaitable qu’il se tienne. Mais, le dialogue n’est pas de nature à remplacer un scrutin. Il peut par contre permettre d’améliorer les conditions d’organisation du scrutin, en renforçant la confiance entre concurrents. C’est le possible, pour éviter le pire.

L’HORIZON AFRICAIN

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