Commentaire
L’enquête pour détournement de fonds au Trésor public peut-elle aboutir?
A peine nommés le 9 novembre 2024, par décret présidentiel, deux directeurs généraux adjoints du Trésor public, Armel Silvère Dongou, trésorier central, et Stéphanie Gertrude Mouaya, receveure générale, ont été démis de leurs fonctions, lors du Conseil des ministres du 18 avril 2025, qui n’a reconduit qu’un seul directeur général adjoint, Hylarion Stève Ibobi Ollessongo. Généralement, c’est rare de voir dans l’administration du Président Denis Sassou-Nguesso, des hauts cadres relevés de leurs fonctions en un temps aussi court. Mais, l’enquête, pour détournements de fonds, ouverte par le parquet de Brazzaville peut-elle aboutir à une condamnation des présumés coupables? Force est d’en douter puisque, comme dans l’affaire Figa, le gouvernement s’emploie à défendre la présomption d’innocence. Suivez mon regard!
Depuis 2003, le Trésor public est à son cinquième organigramme (avant 1997, 2003, 2013, 2024 et 2025). La nomination de l’actuel directeur général adjoint, Hylarion Stève Ibobi Ollessongo (voir vidéo 1) obéit, en effet, à un nouvel organigramme, qui a rendu caduque le décret n°2024-99 du 6 mars 2024 portant attributions et organisation de la Direction générale du Trésor public (voir vidéo 2). Celui-ci établissait un organigramme avec trois directeurs généraux adjoints (recette générale, trésorerie centrale et paierie générale). Ce décret, fruit des réformes menées durant de longs mois, sous la houlette de Jean-Baptiste Ondaye, alors ministre en charge des finances, visait à empêcher qu’un seul responsable ne concentre plusieurs fonctions et donc ne décide seul.

Mais, faire du neuf avec du vieux est une gageure. En nommant les mêmes cadres de l’ancien système, ceux-ci ont continué à se comporter comme à la vieille époque, agissant seuls, au mieux de leurs intérêts. Conséquence, l’existence de trois directeurs généraux adjoints a abouti à une cacophonie au trésor, aggravant les dysfonctionnements d’une structure soumise à de fortes pressions en matière de dépenses.
En effet, le Congo vit grassement de ses revenus pétroliers et cela a créé des habitudes bourgeoises au niveau de son élite dirigeante. Certains brillant même par des appétits gargantuesques d’accumulation de biens mobiliers et immobiliers. C’est le cas justement de l’ancien trésorier central qui fait le buzz des réseaux sociaux congolais, par sa fortune accumulée. Avec de tels comportements, le Trésor public n’inspirait plus confiance. Voilà pourquoi l’ancien ministre des finances, Calixte Nganongo, avait eu l’idée de confier à la Banque postale, créée par son prédécesseur Gilbert Ondongo, la mission de s’occuper de la collecte des recettes publiques, à travers la mise en place du Gup (Guichet unique de paiement). Mais, cette solution va aussi créer d’autres difficultés ne permettant pas d’atteindre l’objectif visé d’accroître, in fine, les recettes publiques.
Privé de sa mission de collecte des recettes qui ne lui arrivent plus que par le biais de la Banque postale et victime des manœuvres de détournements de fonds par le gonflement de la masse salariale des fonctionnaires, les rétrocommissions, les surfacturations, le non-respect de ses propres procédures de paiement, etc, le Trésor public accumule les arriérés de paiement sur le marché financier de la sous-région. Au point qu’il est arrivé, fin 2024, en deuxième position, après le Cameroun, des trésors des pays les plus endettés sur le marché de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), avec 1.316,9 milliards de francs Cfa de dette en O.t.a et B.t.a (Obligations et bons du trésor assimilables). Une dette qui pèse lourdement aujourd’hui dans le fonctionnement de l’Etat.
En principe, le système de levée de fonds sur le marché de la sous-région est tel que le remboursement se fait, les semaines qui suivent, à partir des recettes fiscalo-douanières. Mais, ces recettes n’arrivent plus entièrement au Trésor public, puisque devant passer par la Banque postale, où leur traitement donne lieu à des ponctions qui ne laissent plus que des portions congrues rétrocédées au Trésor public.
Ainsi, sans surprise, après le renvoi des deux directeurs généraux adjoints, un scandale a éclaté au Trésor public, à la suite de l’enquête ouverte par le parquet du Tribunal de grande instance de Brazzaville, qui a lancé un mandat d’arrêt international contre le trésorier central, Armel Silvère Dongo dit Zidane, qui venait de quitter ses fonctions et de sortir du pays, alors que sa collègue, Stéphanie Gertrude Mouaya, a été arrêtée par la police, gardée-à-vue pendant 48 heures, avant d’être remise en liberté, après une perquisition à son domicile.
Il faut signaler qu’Armel Silvère Dongou a d’abord été directeur des titres et valeurs au Trésor public et à ce titre, il a été au cœur des opérations de levée de fonds sur le marché de la sous-région et de recherche de fonds au profit du Congo. Voilà qui conduira le Président de la République à le décorer dans l’Ordre du mérite congolais. Depuis 2020, Zidane avait plongé ses racines dans le système, au mieux de ses intérêts.
Le procureur de la République, André Oko-Ngakala, poursuit sereinement son enquête et vient d’ordonner la levée du secret bancaire sur les comptes appartenant aux sociétés «Archer capital» et «Premium capital securities» d’Armel Silvère Dongou dont les comptes personnels ont été aussi bloqués. L’enquête vise beaucoup de cadres au Trésor public, pour détournement de fonds.
Depuis l’éclatement de ce scandale, les langues se sont déliées dans les réseaux sociaux, parlant parfois du trésor comme d’une vache à lait des autorités nationales. Raison pour laquelle, au lieu de lutter contre les actes de détournement de fonds public, le gouvernement préfère défendre la présomption d’innocence des cadres poursuivis. C’est pourquoi dans l’opinion, l’on pense que la procédure ouverte par le parquet du T.g.i de Brazzaville a peu de chance d’aller jusqu’au bout, vu les noms cités dans cette affaire. Cette procédure pourrait connaître le sort du scandale Figa: «Circulez, il n’y a rien à voir». Ainsi va le Congo, pays en paix où la crise sévit en silence.








