Commentaire

Que peut tirer le Congo des 500 millions de dollars investis par TotalEnergies?

Lors d’une audience que lui a accordée le Président Denis Sassou-Nguesso, à Oyo, le 15 avril 2025, le P.d.g de TotalEnergies,  Patrick Pouyanné, a annoncé que son groupe investit «actuellement 500 millions de dollars dans de nouveaux puits pour garantir la production du champ Moho-Nord». Il se trouve malheureusement des Congolais qui pensent que le groupe multinational d’origine française a fait un don au Président Sassou-Nguesso, pour lui permettre de financer sa réélection en mars 2026. Une telle affirmation frise tout simplement la méconnaissance du secteur pétrolier, alors que cet investissement a été bel et bien expliqué. Par contre, ce sur quoi les Congolais peuvent légitimement s’interroger, c’est sur ce que le pays peut tirer de cet investissement, au regard de la politique des exonérations tous azimuts dont bénéficie l’amont pétrolier au Congo.

TotalEnergiers investit 500 millions de dollars dans de nouveaux puits de pétrole, pour accroître la production de Moho-Nord, un champ en eaux profondes, situé à 75 km au large des côtes congolaises, avec des profondeurs d’eau de 650 à 1.200 mètres, mis en exploitation à partir de 2017, d’une capacité actuelle de 100 mille barils par jour et dans lequel TotalEnergies détient 63,5% de participation, Trident Energy, 21,5% et la S.n.p.c (Société nationale des pétroles du Congo), 15%. «On va pouvoir maintenir cette production à un bon niveau plus longtemps. Et puis aussi, parce qu’on a décidé qu’on allait relancer l’exploration, pour rechercher du pétrole», avait précisé Patrick Pouyanné.
Patrick Pouyanné pendant l’audience avec le Président Denis Sassou-Nguesso
Ce montant, qui représente environ 289 milliards 536 millions de francs Cfa devrait être une bonne nouvelle pour l’économie congolaise. Mais, s’agissant d’investissement dans le secteur pétrolier amont, il y a lieu de se demander ce que le Congo peut réellement en tirer, étant entendu qu’à ce niveau, les compagnies pétrolières dans le pays bénéficient souvent d’exonérations.
Déjà, l’importation de biens (équipements, services) liés au secteur pétrolier amont est exonérée de T.v.a (Taxe sur la valeur ajoutée), suivant le décret n°2023-1737 du 12 octobre 2023 fixant les modalités d’application de la T.v.a au secteur pétrolier amont. A ce niveau, il y a même lieu de s’interroger sur la validité d’un décret qui se met en opposition à une loi, car la T.v.a est instituée par la loi n°12-97 du 12 mai 1997.
Le nouveau code des hydrocarbures, quant à lui, accorde aussi des avantages à l’amont pétrolier. L’Article 184 de ce code admet que «les matériels, les équipements et les consommables spécifiquement destinés aux opérations pétrolières et importés par le contracteur dans le cadre des activités amont sont soumis, selon les cas, aux régimes de franchise des droits et taxes de douanes, d’admission temporaire normale avec dispense de caution ou du taux réduit».
Les plateformes du Champ Moho-Nord au large de Pointe-Noire
A ce niveau, l’on comprend pourquoi dans le budget 2025, les droits et taxes de douane ne sont prévues qu’à un montant de 181 milliards de francs Cfa, alors que les exonérations vont au-delà des 600 milliards de francs Cfa et une bonne partie de ces exonérations concerne justement le secteur pétrolier amont.
C’est dire que l’économie congolaise ne pourra pas tirer grand-chose des 500 millions de dollars d’investissement que réalise TotalEnergies dans l’amont pétrolier, sinon que les bonus (bonus d’attribution du permis d’exploitation, bonus de prorogation de permis d’exploitation et autres). Il faut donc attendre que les puits forés entrent en activité pour que l’économie congolaise commence à ressentir les effets positifs de cet investissement.
Jean-Clotaire DIATOU

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