Que retenir du léger réaménagement technique du gouvernement?
Samedi 11 janvier 2025, la chaîne de télévision nationale a annoncé, à son journal vespéral de 20h, le remaniement de l’équipe gouvernementale. Puis, le ministre d’Etat Florent Ntsiba, directeur de cabinet du Président de la République, a donné lecture du décret signé la veille, le 10 janvier, nommant les membres du gouvernement. En tout et pour tout, il y a deux sortants et deux rentrants, une permutation et quelques changements de portefeuilles, sur un total de 37 membres du gouvernement. En réalité, c’est un léger réaménagement technique du gouvernement qui, pour l’essentiel, garde sa structure issue du décret du 24 septembre 2022, avec la reconduction, pour la deuxième fois, du Premier ministre Anatole Collinet Makosso. L’événement dans l’événement, c’est le départ de Jean-Baptiste Ondaye et le retour de Rigobert Maboundou. Que peut-on en retenir?
Comme de coutume, c’est la rumeur qui a précédé la recomposition du gouvernement. Mais, contrairement aux bruits qui couraient sur l’éventualité d’un chamboulement de l’équipement gouvernementale, le Président Denis Sassou-Nguesso a plutôt joué la carte de la continuité, en refaisant confiance à son Premier ministre Collinet Makosso et aux vétérans de son gouvernement, à quinze mois environ de la fin de son quinquennat.
Anatole Collinet Makosso conduit, ainsi, la troisième équipe gouvernementale du présent quinquennat présidentiel et il est sans nul doute rassuré de terminer le mandat à la tête du gouvernement.
Anatole Collinet Makosso reconduit pour la deuxième fois comme Premier ministre chef du gouvernement
L’événement de ce léger réaménagement technique du gouvernement se trouve être le départ de Jean-Baptiste Ondaye, qui était ministre de l’économie et des finances. Le père du Pnot (Programme national d’optimisation de la trésorerie) a été remercié, sans ménagement, à la suite de sa récente initiative de résilier la convention sur le Gup (Guichet unique de paiement) qui lie la Direction générale du trésor et la Banque postale du Congo, dans la collecte des recettes fiscales et douanières.
La réforme ne semble pas avoir été acceptée par le parlement qui a gardé dans la loi des finances 2025, le mécanisme du Gup tel que logé dans une banque commerciale, à savoir la Banque postale, en contradiction avec les directives de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) et en dépit de ce que cela coûte aux finances publiques. Voilà pourquoi le Premier ministre l’avait rappelé à l’ordre, dans un courrier ayant fuité dans les réseaux sociaux. Et l’on sait la tempête soulevée dans les médias et les réseaux sociaux, par les décisions contradictoires prises au début du mois de janvier, par le directeur général du trésor et le directeur général des douanes et droits indirects sur la collecte des recettes douanières.
Jean-Baptiste Ondaye remercié
En évinçant Jean-Baptiste Ondaye, connu pour sa rigueur et sa rectitude dans la gestion publique, le Chef de l’Etat a saisi l’opportunité de réunir de nouveau sous la même tutelle, les portefeuilles du budget et des finances. Au mois de mars 2024, il avait confié la tutelle des régies financières au ministre du budget, créant une cacophonie préjudiciable à la mise en œuvre des réformes économiques et financières. Reste maintenant à savoir ce que fera le nouveau ministre du budget et des finances, Christian Yoka. Dans quel camp se situera-t-il, celui des gupistes ou des cutistes? On ne saurait tarder à le savoir. Car, le départ de Jean-Baptiste Ondaye, l’homme de la Gar (Gestion axée sur les résultats) dont la culture de bonne gouvernance lui permet d’échapper à la dépendance des réseaux et autres clans à la réputation sulfureuse, ne met pas fin aux réformes économiques et financières que le gouvernement doit mettre en œuvre, pour améliorer et renforcer la gestion des finances publiques. La situation d’endettement lourd du pays l’y oblige.
Le retour de Rigobert MaboundouChristian Yoka, l’expert juriste comptable politiquement inconnu, dont on attend de voir les premiers pas au gouvernement
Le retour de Rigobert Maboundou a surpris nombre d’observateurs de la vie politique nationale. Nommé ministre de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, cet universitaire chevronné fut remercié du gouvernement en avril 2016, pour être nommé directeur de cabinet du Premier ministre Clément Mouamba, avec rang de ministre et ensuite auprès du ministre d’Etat Gilbert Ondongo, représentant personnel du Président de la République. En tant que ministre de l’agriculture, il avait géré de grands projets comme le Fonds de soutien à l’agriculture et les nouveaux villages agricoles qui semblent avoir été des gouffres à argent, en milliards de francs Cfa, sans permettre le développement de l’agriculture comme escompté. A lui de convaincre les Congolais qui sont très dubitatifs, que son retour au gouvernement apportera un plus appréciable à la gouvernance du pays, dans les secteurs qui lui ont été confiés.
On aurait eu rien à redire du départ de Guy-Georges Mbacka, ancien ministre de l’économie fluviale et des voies navigables. Son éviction n’est pas surprenante d’autant plus qu’après son échec au Ministère de l’intérieur, il n’était pas visible dans le gouvernement. Sorte de passage à vide?
Enfin, en termes de réaménagement technique des portefeuilles, on peut relever la suppression du portefeuille du «secteur informel» chez Mme Lydia Mikolo, au profit de «l’économie informelle» chez Mme Ingani. Jean-Jacques Bouya a perdu l’entretien routier au profit de Juste Désiré Mondélé, tout comme Mme Emmanuel-Adouki a perdu la recherche scientifique et l’innovation technologique au profit de Rigobert Maboundou. Mais, on peut relever tout de même un chevauchement entre «décentralisation» et «développement local». Gilbert Mokoki a-t-il été tiré d’affaires, en permutant avec Jean-Rosaire Ibara? Les soupçons de détournements de fonds et les grèves dans les hôpitaux, ce n’est pas facile à gérer.
Il est clair que le nouveau gouvernement est aussi celui qui va fournir au Président Denis Sassou-Nguesso, le bilan nécessaire qui va lui permettre d’aborder l’élection présidentielle de mars 2026 où il pourrait solliciter son troisième et dernier quinquennat présidentiel, auprès du souverain congolais, quoique que ce léger réaménagement technique, qui fait l’affaire des vétérans du gouvernement, semble laisser un goût amer dans l’opinion qui s’attendait à un nettoyage en profondeur, au regard des difficultés auxquelles le pays est confronté. C’est la continuité!