Commentaire
Décharges sauvages en zone résidentielle: l’affaire de tous, la faute de chacun
Dans plusieurs quartiers, pourtant bien structurés, de Brazzaville comme de Pointe-Noire, des montagnes de déchets s’imposent comme des décors permanents, même au bord des voies bitumées. Ce phénomène, loin d’être un cas isolé, traduit une responsabilité partagée entre l’incivisme des citadins et l’inaction prolongée des autorités publiques, notamment du gouvernement, des mairies des deux grandes villes du pays et des mairies d’arrondissement. Quelques opérations de salubrité publique sont réalisées, comme le premier samedi du mois, mais elles sont insuffisantes pour éradiquer ce phénomène de décharges sauvages traînant sur la voie publique, particulièrement aux alentours des marchés
Le 23 avril 2025, le gouvernement signait avec la société privée turque, Albayrak, un contrat de délégation de service public pour la collecte des déchets solides et l’exploitation des services de propreté à Brazzaville et Pointe-Noire. D’un montant de 3 milliards 250 millions de francs Cfa par mois, pour une durée de cinq ans, ce contrat, assorti d’une condition de majoration de 64 millions de francs Cfa si l’Etat ne respecte pas l’échéance de paiement fixée à la date du 5 de chaque mois, fait suite à celui de même nature qui liait le gouvernement à la société Congo environnemental service (Averda), d’origine libanaise, qui fut signé le 1er juillet 2015 et ayant expiré le 13 avril 2023. En raison de la crise économique qui a frappé le Congo à partir de cette année-là, avec la chute des prix du pétrole, le gouvernement n’a plus été capable d’honorer régulièrement ce contrat, les années qui ont suivi, jusqu’à son abandon.

Il y a lieu de s’interroger, justement, pourquoi le gouvernement s’est-il lancé dans un nouveau contrat si onéreux, alors que l’Etat connaît une crise financière ne lui permettant pas d’assurer correctement toutes ses charges au bout de chaque mois? Les secteurs de l’enseignement et de la santé sont secoués de temps à autres par des mouvements sociaux de revendication salariale et de bonnes conditions de travail. L’Etat n’arrive pas à y faire face, parce que l’argent manque. Voilà que le gouvernement n’a pas trouvé mieux que de le charger d’une nouvelle dépense mensuelle de plus de trois milliards de francs Cfa, alors qu’il n’arrivait plus à honorer le contrat d’Averda. C’est tellement paradoxal qu’on a de la peine à y croire. Nos gouvernants n’ont-ils pas une lecture objective de la situation économique du pays?
Deux mois après la signature du contrat, la société Albayrak a officiellement lancé ses activités de propreté et de ramassage des ordures dans la ville capitale, le 19 juin dernier. A-t-elle reçu l’avance d’un mois qu’elle avait exigé? Au regard des moyens logistiques déployés sur le terrain (des agents équipés de balais, de brouettes, etc), il y a de quoi en douter.

Pour sa part, la mairie de Brazzaville a lancé ce qu’elle appelle les Atom (Aires de transit des ordures ménagères), pour réduire les dépôts sauvages d’ordures. Mais, le rythme de collecte, à l’aide des huit camions benne qui lui ont été offerts par la Délégation générale aux grands travaux, grâce à un appui financier de l’A.f.d (Agence française de développement), ne semble pas pour l’instant répondre aux attentes. Il faut vite monter ce projet en puissance, comme disent les soldats, pour un impact significatif. En tout cas, alors que Brazzaville se prépare aux festivités du 65ème anniversaire de l’indépendance, la salubrité publique n’est pas grandement au rendez-vous. C’est timide.

À première vue, les quartiers ont fière allure. Des maisons bien construites, des clôtures nettes. Sur quelques avenues bitumées, on croise des agents se livrant aux travaux de salubrité. Mais, il suffit de marcher un peu plus loin, pour découvrir le même spectacle d’amas de détritus, faits de plastiques, de restes alimentaires, de bouteilles, de cartons, de divers déchets domestiques, s’étendant sur plusieurs mètres carrés, à ciel ouvert et dégageant des odeurs pestilentielles.

Ces décharges sauvages, qu’on peut trouver au bord des avenues bitumées, sont sources de pollution. Certaines sont devenues des montagnes d’ordures ménagères. Elles illustrent la crise de gouvernance urbaine autant que le manque criant de civisme collectif chez les citadins. Chaque jour, les gens déversent leurs ordures dans ces décharges improvisées. Bien qu’ils aient conscience qu’il ne s’agit pas de sites d’évacuation officiels, l’indifférence générale semble l’emporter. Dans plusieurs quartiers à travers la capitale, les gestes individuels se sont banalisés: jeter, brûler, abandonner. Le manque de conscience écologique est flagrant et les effets sont immédiats: pollution de l’air; obstruction des caniveaux; moustiques et insectes; risques sanitaires multiples, odeurs nauséabondes, etc.










On ne peut pas légitiment relever l’incivisme des populations dans l’état actuel du système de gestion des ordures publiques. Seule la responsabilité des pouvoirs publics est en cause parce qu’ils peinent à mettre en place des poubelles publiques et des aires de stockage d’ordures qui soient gérées efficacement (enlèvements réguliers d’ordures, par exemple). En l’absence de ces structures, les populations déposeront leurs ordures dans la rue.
L’incivisme, c’est lorsqu’il y a une poubelle non remplie et que le citoyen jette une ordure à côté de la poubelle.