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Districts de Nzambi et Madingo-Kayes (Département du Kouilou) : Le lourd tribut des humains à la cohabitation avec les éléphants, espèce protégée

Dévastation de cultures, attaques d’humains, etc, dans des villages des Districts de Nzambi et Madingo-Kayes, dans le Département du Kouilou, au Sud-Ouest de la capitale économique, Pointe-Noire, l’enfer, ce sont les éléphants qui bénéficient de mesures strictes de protection, presque au détriment des humains. «Rien de plus triste que de ne pas jouir du produit de son travail. Quand je pense à tous mes efforts physiques et les dépenses effectuées pour le défrichement ou l’abattage d’arbres et arbuste. Comme si on venait de m’enterrer vivante». Ces mots de désespoir sont ceux de Célestine Bouanga, habitante du village Sialivakou, dans le District de Nzambi, à quelque 130 kilomètres au Nord de Pointe-Noire. La quadragénaire a, en effet, du mal à se remettre de la dévastation de son champ par les éléphants.

En lieu et place du manioc, des tarots ou des ignames, ce sont des tiges et feuilles mortes aux allures de fossiles, qui jonchent le sol. Et comme pour revendiquer leur forfait, les colosses des savanes et forêts africaines ont laissé de nombreux de déjections tantôt fraîches, tantôt asséchées. C’est tout ce qui reste, désormais, de l’exploitation de Mme Bouanga. «Tout un hectare qui a fini dans le ventre des éléphants en une nuit», regrette-t-elle. La paysanne est loin d’être la seule dans cette désolation.
Le phénomène concerne tous les 31 villages des Districts de Nzambi et de Madingo-Kayes, situés à l’intérieur ou à la périphérie du Parc national Conkouati-Douli créé en 1999 par décret présidentiel. S’étendant sur une superficie de 504 mille hectares, il est d’une richesse faunique inestimable, avec des mammifères comme les cobs, des buffles, des athérures africains (appelés ici porc-épic), des céphalophes à bande dorsale noire (couramment appelée antilope rouge), des céphalophes bleus (appelés ici gazelle) et surtout des éléphants.
Depuis ces vingt dernières années, ces localités sont soumises à des restrictions et privations basées sur l’application des textes stricts dont l’arrêté n°32/82 du 18 novembre 1991 portant «protection absolue de l’éléphant». Une protection qui semble profiter plus aux animaux qu’aux humains, tant ces derniers y paient un très lourd tribut.
Les conséquences sont avant tout sur le plan agricole. Qui dit agriculture dit autonomisation de la femme, cinquième O.d.d (Objectif des Nations unies pour le développement durable). «Grâce à la vente de produits comme le manioc, je subviens moi-même à certains de mes besoins. L’argent que mon mari gagne grâce à la pêche, il l’investit dans de grands projets. Mais, depuis que j’ai renoncé à l’agriculture, à cause des éléphants, le pauvre souffre désormais. Je suis totalement dépendante de lui. Ce qui n’est pas bon du tout», déplore Célestine Bouanga, habitante de Sialivakou. «Imaginez-vous une femme célibataire qui ne sait pas pratiquer la pêche. Elle va souffrir! Donc, cette affaire d’éléphants est un véritable frein à l’autonomisation de la femme», explique Gérald Boungou, habitant du village Tandou-Ngoma.
De la désolation à la résignation, il n’y a qu’un pas. «À quoi bon continuer de travailler pour ces animaux? Nous sommes nombreuses à avoir renoncé à l’agriculture du fait des ravages des éléphants. Ce qui explique que beaucoup d’entre nous s’approvisionnent désormais en produits vivriers à Pointe-Noire, alors que par le passé, c’était l’inverse», explique Germaine Tchitoula, habitante du village Noumbi, au bord du fleuve éponyme.
Et pour ne rien arranger, les éléphants attaquent aussi les humains. A la fin du mois d’août dernier, Séraphin Makanda et Ngoma-Loemba, deux chasseurs du village Sialivakou ont été grièvement blessés par une femelle éléphant. Le premier a été éventré par les défenses du pachyderme et le deuxième s’est retrouvé avec deux bras brisés. Ils ont été pris en charge dans un hôpital de Pointe-Noire.
Certaines attaques ont viré au drame. C’est le cas en 2021 de Victor Oubanadiéla du village Sialivakou et de Monsieur Mikamou, un habitant du village Tié-Tié à un jet de pierre de la frontière avec le Gabon. Sept ans auparavant, une dame fut tuée par des éléphants, alors qu’elle cueillait le fumbu (du nom scientifique gnetum africanum), la plante rampante dont les feuilles hachées se prépare comme légume dans plusieurs pays d’Afrique centrale.
Face à une telle situation, certains villageois ont résolu d’aller faire leurs champs dans des lieux sûrs supposés être à l’abri des éléphants. «Je vais avec ces boutures de manioc loin d’ici, sur une île de la lagune Conkouati. J’espère que cette fois-ci, les éléphants ne viendront pas», promettait, début octobre, Rigobert Mouamba, habitant de Sialivakou. Et parmi les villages qui se vident de leurs populations au fil du temps, Tandou-Ngoma. «Il y a dix ans, le village comptait plus de cinq cents personnes. Aujourd’hui, nous sommes 372. Les gens quittent le village, pour s’installer dans d’autres localités comme Tchibota, Bondi, Kondi et Tchilounga, pas trop fréquentés par les éléphants, du moins jusqu’ici», témoigne Jean-Léon Maboumba, chef du village Tandou-Ngoma.
Si la liste des dégâts causés par les éléphants est loin d’être exhaustive, car tous les accidents ne sont jamais signalés, le conflit hommes-éléphants dans le Kouilou en général et au Parc national Conkouati-Douli en particulier, pose, comme un peu partout au Congo et même en Afrique, l’épineux problème d’indemnisation des populations victimes. Mais surtout, il faut mettre en oeuvre des alternatives durables à même de favoriser une cohabitation harmonieuse et partant pacifique entre humains et éléphants.

John NDINGA-NGOMA
Article réalisé avec l’appui financier du «Rainforest Journalist Fund» et du Centre Pulitzer.

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