Le paludisme est l’une des vielles maladies infectieuses dû à un protozoaire du genre plasmodium, transmis à l’homme par une piqure infestante du moustique appelé anophèle femelle. La région africaine, où se situe le Congo, est l’une la plus touchée par le paludisme ou malaria, avec une écrasante majorité des cas et des décès, affectant particulièrement les enfants de moins de cinq ans. «Le moyen préventif le plus efficace demeure l’utilisation concrète de la moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action (Milda)», souligne le Dr Antoine Loussambou, directeur du P.n.l.p (Programme national de lutte contre le paludisme) dans l’interview qu’il nous a accordée.
* Docteur, quelles sont les manifestations du paludisme?
** On parle du paludisme simple comme tout patient qui présente des symptômes du paludisme (fièvre, frissons, maux de tête, vertiges, vomissements, douleurs musculaires, fatigue généralisée, perte d’appétit) et un test parasitologique (test de diagnostic rapide ou microscopique) positif.
On définit le paludisme grave comme tout cas de paludisme confirmé par une microscopie positive et dont les signes cliniques de gravité les plus fréquents sont: troubles de la conscience; incapacité de marcher ou de s’assoir sans assistance (léthargie); incapacité de s’alimenter (de boire ou de téter); convulsions; détresse respiratoire; jaunisse; pâleur (anémie); émission des urines foncées (coca-cola); vomissement et coma.
Cette maladie, qui constitue la première cause de consultation, a pour conséquences socio-économiques et professionnelles parmi lesquelles on compte: l’absentéisme au travail et à l’école; le faible poids de naissance des nouveau-nés ou l’arrêt de la grossesse; l’avortement chez la femme enceinte; le décès survient chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes qui constituent les couches les plus vulnérables.
* Quel est le taux des personnes atteintes du paludisme au Congo?
** Au Congo, le paludisme constitue l’une des principales causes de consultation, d’hospitalisation et de mortalité. Selon l’O.m.s, 263 millions de cas de paludisme avec une incidence de 60,4 cas pour 1000 habitants en 2023, contre 58,6 cas pour 1000 habitants en 2022.
Le nombre de décès était estimé à 597.000, avec un taux de mortalité de 13,7 pour 100.000 habitants, contre 14,9 pour 100.000 habitants en 2022. La région africaine de l’O.m.s continue de supporter la plus lourde charge de mortalité représentant environ 94% des cas de paludisme et 95% des décès dû au paludisme dans le monde en 2023. Le rapport 2024 de l’O.m.s 2024 dit que le Congo a enregistré 1.327.964 cas de paludisme et 2.244 décès en 2023. L’incidence du paludisme pour 1.000 habitants a baissé de 237,7 à 215 entre 2019 et 2023 et la mortalité liée au paludisme pour 100.000 habitants est passée de 42 à 36 décès à la même période.
Selon le rapport du P.n.l.p, le paludisme a constitué 46% de motif de consultation, 33% d’hospitalisation et 22% de cause de décès en 2024. Chez les enfants de moins de cinq ans, le paludisme a représenté 44% de cause de consultation, 37% d’hospitalisation et 30% de décès au niveau des hôpitaux.
* Quelles sont les solutions pour lutter contre le paludisme?
** Pour lutter efficacement contre cette maladie, le gouvernement a mis en place le programme national de lutte contre le paludisme, dont les principales interventions contenues dans le plan stratégique national sont:
– la lutte anti-vectorielle qui consiste à améliorer l’accès universel à la moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action (Milda) des communautés congolaises; la promotion des répulsifs et la destruction des gites larvaires;
– la prévention du paludisme chez la femme enceinte et les nourrissons en administrant au moins trois doses du médicament appelé Sulfadoxine pyriméthamine;
– la prise en charge des cas du paludisme (cas simple au niveau communautaire et dans les formations sanitaires du premier échelon de la pyramide sanitaire, cas grave au niveau des hôpitaux).
A ce sujet, par décret 2008-128 du 23 juin 2008, le gouvernement avait initié une mesure de gratuité du traitement du paludisme pour les enfants de moins de 15 ans et les femmes enceintes, dans toutes les structures publiques et confessionnelles. Ainsi, le P.n.l.p réalise la surveillance épidémiologique qui consiste à collecter les données en lien avec la morbidité et la mortalité du paludisme dans le pays pour des besoins de la planification, de la redevabilité et d’action de renforcement des interventions de lutte. Il en est de même avec la réalisation des enquêtes en vue de l’identification des résistances aux médicaments antipaludiques usuels et aux insecticides utilisés dans la lutte anti-vectorielle.
* Quel est le meilleur traitement pour lutter contre le paludisme?
** En ce qui concerne les traitements efficaces de la maladie, l’O.m.s recommande l’utilisation des médicaments associant l’Artémisinine. Cette recommandation a été reprise par le P.n.l.p sous forme des directives nationales vulgarisées dans les formations sanitaires. Elles consistent à traiter les formes simples du paludisme avec les combinaisons thérapeutiques à base d’Artémisinine (A.c.t).
Quant au paludisme grave, le traitement de base se fait avec l’Artésunate ou l’Artémether injectable et rarement avec la quinine injectable. Le ministre de la santé et de la population, le prof Jean-Rosaire Ibara, à plusieurs occasions, a toujours insisté sur le respect scrupuleux des protocoles thérapeutiques dans le traitement de cette maladie, afin d’éviter le phénomène de résistance aux antipaludiques, véritable menace qui inquiète le monde scientifique dans la lutte contre cette maladie dans la région africaine de l’O.m.s. Pour cette raison, il exhorte également la population congolaise de profiter de l’opération citoyenne de chaque premier samedi du mois, pour détruire au maximum les gîtes larvaires du paludisme (boîtes de conserve, pneus abandonnés, récipients d’eau sans couvercle, mares d’eau, plantes gênantes comme les bananiers etc…), afin de rompre le cycle de développement du moustique. Les pays qui ont déjà éliminé le paludisme ont entrepris beaucoup d’efforts dans la destruction des gîtes larvaires dans leurs milieux intra et extra domiciliaires.
Le Congo est dans le faciès équatorial favorable au développement des vecteurs qui expose ses habitants au risque de contracter la maladie pendant toute l’année. Les études réalisées au Congo ont montré que chaque Congolais victime d’un taux d’inoculation entomologique (T.i.e) de près de 1.000 piqures infestantes de moustiques par an. Par conséquent, le moyen préventif le plus efficace demeure l’utilisation concrète de la moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action (Milda). Toutefois, les enfants de moins cinq ans et les femmes enceintes, en plus la Milda, doivent associer le traitement préventif intermittent à la Sulfadoxine pyriméthamine, afin de se prévenir de cette maladie.
* Que dites-vous sur le vaccin du paludisme, pourrait-il arriver?
** Comme d’usage, l’introduction du vaccin contre le paludisme (Mosquirix/R.t.s, S et R21), déjà homologué par l’O.m.s, exige du Congo et de ses partenaires d’élaborer les documents techniques qui permettront la mise en œuvre de cette intervention à haut impact, puisque nécessitant plusieurs préalables.
Propos recueillis par
Martin
BALOUATA-MALEKA








