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mercredi 12 juin 2024 | 17:18
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Economie : Pourquoi le modèle de croissance au Congo doit-il se détourner du pétrole?

Avec la fin du dernier super cycle des matières premières (2002-2014), les économies dépendantes du pétrole ont connu une récession prolongée, réduisant à néant les progrès accomplis lors du boom. La République du Congo, troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, se trouve à la croisée des chemins pour l’avenir de son développement. La croissance entraînée par le pétrole a permis au Congo de se hisser parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en 2005, et d’approcher la tranche supérieure en 2014.  Cependant, la fin du boom pétrolier a annulé ces gains, avec une chute du revenu national brut (R.n.b) par habitant, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur entre 2014 et 2020, ramenant la République du Congo au statut de pays à faible revenu.

Outre ces turbulences, la crise de la covid-19 est venue exacerber la récession économique amorcée en 2015. Le produit intérieur brut (P.i.b) réel par habitant en République du Congo est revenu à des niveaux rappelant le début des années 70, soit seulement une décennie après l’obtention de l’indépendance.  Sur la même période, d’autres exportateurs de matières premières tels que l’Angola ou l’Indonésie, qui affichaient des P.i.b par habitant comparables ou plus faibles dans les années 90, ont émergé avec des P.i.b par habitant nettement plus élevés.
La récession prolongée en République du Congo a entraîné une forte augmentation de la pauvreté, érodant les efforts de réduction de la pauvreté. La part de la population vivant sous le seuil international de pauvreté -fixé à 2,15 dollars par jour en 2017 en parité de pouvoir d’achat- qui avait reculé de 49,6% en 2005 à 35,4% en 2011, est estimée à 52,5% en 2022. Pour assurer un développement durable, la note sur la conjoncture économique du pays, récemment publiée par la Banque mondiale, souligne le besoin urgent de diversification des actifs du pays, par le renforcement des institutions, le développement du capital humain et physique, et une exploitation plus équilibrée de ses ressources naturelles.
Dans un contexte international marqué par l’incertitude, la volatilité des prix du pétrole et la tendance mondiale à se tourner vers une économie à faible émission de carbone, la République du Congo doit se détourner de son modèle de croissance adossé au pétrole. L’épuisement imminent des réserves du pays rend urgent ce besoin de changement de paradigme en matière de développement économique. Cependant, une telle transition n’est pas facile. Plusieurs facteurs clés définissent les défis auxquels la République du Congo se trouve confrontée:
– le capital naturel reste le principal actif et la principale source de richesse, représentant environ 40% de la richesse totale du Congo;
– la faiblesse de la gouvernance et des capacités institutionnelles contribue à une perception insuffisante des recettes pétrolières, comparée à des pays pairs, ce qui limite les finances publiques;
– malgré une accumulation constante du capital physique par le biais d’investissements privés et publics, la couverture en infrastructures de base demeure insuffisante;
– le manque d’investissement dans le capital humain, avec des dépenses limitées dans les domaines de la santé et de l’éducation, freine les progrès en matière de développement humain et de productivité de la main-d’œuvre;
– plus essentiellement, les décennies d’exploitation des ressources naturelles ne sont pas allées de pair avec l’établissement d’institutions robustes, indispensables à la transformation efficace des revenus tirés des ressources naturelles en actifs de capital physique et humain.
Afin d’accélérer une croissance économique diversifiée, il est également essentiel de se concentrer sur les gains de productivité, qui reposent sur l’environnement concurrentiel du pays, l’adoption du numérique et le développement des compétences nécessaires, l’accès à l’électricité, et l’ouverture du marché. Pour attirer les investissements vers les secteurs non pétroliers, il est indispensable d’établir des règles équitables et de réduire les distorsions du marché. Les entreprises détenues par l’État limitent actuellement le développement du secteur privé congolais, un problème exacerbé par l’absence de cadre juridique et réglementaire global régissant la concurrence.
Par ailleurs, le manque d’accès fiable à l’électricité, le manque d’infrastructures Internet et le prix élevé des services limitent l’adoption des technologies numériques et le développement des compétences liées, freinant ainsi la productivité des entreprises. En outre, la faiblesse des infrastructures, les droits de douane élevés, les coûts logistiques et les mesures non tarifaires présentent des obstacles au développement du commerce. Enfin, le potentiel encore inexploité de l’écotourisme dans les milieux naturels du Congo, notamment ses forêts luxuriantes abritant des gorilles de montagne et de plaine, des éléphants, des chimpanzés et une diversité d’espèces d’oiseaux et de poissons, se trouve limité par la difficulté et le coût d’accès. Pour s’attaquer à ces défis et libérer la croissance économique, les réformes de politique et les investissements doivent se concentrer sur plusieurs secteurs clés:
– lever les obstacles à la concurrence en réduisant la dominance sur le marché des entreprises détenues par l’État, en encourageant l’engagement du secteur privé dans l’électricité et les télécommunications, et en modernisant les lois régissant la concurrence ainsi que les capacités d’application de la loi;
– encourager la transformation numérique en permettant la participation du secteur privé, en établissant un appui réglementaire et juridique pour les services financiers numériques, en encourageant l’adoption des technologies et le développement des compétences numériques;
– renforcer l’offre d’électricité fiable en rétablissant la rentabilité du secteur, en redynamisant la réglementation, et en investissant dans les infrastructures de transmission et de distribution;
– améliorer la compétitivité et la diversification du commerce grâce à la baisse des tarifs, une révision des mesures non tarifaires, la négociation d’accords commerciaux régionaux et par le renforcement des marchés locaux;
– stimuler l’efficacité logistique en étudiant les contrats de partenariats public-privé et mettre en œuvre des systèmes de technologie de l’information unifiés pour le commerce maritime;
– développer le potentiel de l’écotourisme en améliorant l’accès aux milieux naturels du Congo, tout en protégeant et en gérant de façon durable la richesse des forêts et de la faune, avec des financements pour les efforts de préservation et davantage d’infrastructures de transport et de marketing pour l’écotourisme.
La mise en œuvre de réformes politiques et les investissements stratégiques dans ces domaines prioritaires permettraient à la République du Congo d’atteindre ses objectifs de diversification économique et d’ouvrir la voie pour un avenir plus prospère.

Vincent BELINGA
(Economiste principal à la Banque mondiale);
Jose Luis Diaz SANCHEZ (Economiste);
Marilyne MAFOBOUE YOUBI (Consultant);
Joana Monteiro da MOTA (Consultante).

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