C’est un sommet de la littérature congolaise que vient de gravir le poète Gabriel Mwènè Okoundji. Le 6 avril 2025, il est entré dans l’histoire, en entrant, par la grande porte, dans la prestigieuse Collection Poésie des Editions Gallimard, qui a repris trois de ses textes publiés dans une anthologie. Deuxième écrivain africain à figurer dans cette collection, l’officialisation de cette bonne nouvelle, qui lui fut annoncée en automne 2023, a illuminé le salon du Livre de Bordeaux qui vient de se tenir du 4 au 6 avril dernier.
La consécration a été l’occasion d’un vibrant hommage au poète congolais, exprimé par des témoignages des personnalités administratives comme le maire de Bègles (près de Bordeaux, ville d’adoption de Gabriel), des personnalités culturelles comme Jean-Pierre Siméon, directeur de la Collection Poésie Gallimard, Luiz Gustavo Carvalho, éditeur brésilien, la professeure Cettina Rizo de l’Université de Cattane, en Italie, qui a contribué à faire connaître l’œuvre de Mwènè Okoundji à ses étudiants jusqu’aux thèses de doctorat; les critiques littéraires Boniface Mongo-MBoussa, et Agatino Lo Castro auteure d’une monographie en italien sous le titre, «Gabriel Okoundji, Poesia d’Iniziazione et transculturalita». M. Henri Djombo, président de l’Uneac (Union nationale des écrivains et artistes congolais) qui n’a pas fait le voyage de Bordeaux a adressé une lettre lue à l’ouverture de la cérémonie d’hommage.

Né le 9 avril 1962, à Okondo, en pays tégué, dans le District d’Ewo (Cuvette-Ouest), Gabriel Okoundji vit en France où il était parti faire ses études comme boursier de l’Etat congolais voici quarante ans. Psychologue clinicien, il a élu domicile dans la ville de Bègles où sa résidence est dénommé «village Okondo».
La publication, en 1996, de son recueil de poèmes, «Cycle d’un ciel bleu», lui a ouvert les portes d’une quête littéraire très riche que la Collection Poésie Gallimard vient de couronner. Les critiques littéraires européens sont élogieux sur l’art poétique de notre auteur. Jean Pierre Siméon susmentionné se rapportant à Jacques Chevrier évoque «l’une des plus belles œuvres poétiques contemporaines». Le même Siméon cite la traductrice en italien de «l’Ame blessée d’un éléphant noir» qui parle d’une langue «évocatrice et allusive»: «Il faut tout d’abord comprendre la portée des images qui se cachent derrière des mots en apparence familiers».
Dans un récent article, paru dans le journal Sud-Ouest, prélude à l’hommage du 6 avril, Jean-Pierre Siméon écrivait: «On pouvait penser la poésie d’inspiration africaine plutôt portée par l’oralité. Mais ici, les textes puissamment métaphoriques sont architecturés comme une rhétorique qui transpirerait des engrammes à l’écriture. Qui prend, formellement, la forme d’une représentation mentale. Non pas à la façon de Mallarmé ou d’Apollinaire, mais par un jeu d’alinéas, de portées de phrase, de rythmique qui indiquent le souffle de l’auteur».
«L’explosion des mots suscite des émotions, et c’est cela que cherche Gabriel Okoundji. Il ne faut pas guetter un récit, plutôt un ébranlement, une ivresse, comme un sentiment océanique». Pour réussir l’exploit d’être aussi bien logé dans la cour des passeurs de texte, le barde Okoundji met en lumière le chant de sa terre natale, le village Okondo. C’est dans le singulier d’Okondo que le poète réalise une dialectique avec l’universel là où d’autres comme Gabriel Garcia Marquès où William Faulkner inventaient des Maconda ou des comtés de Yoknapatawpha.
Comme le souligne si heureusement Boniface Mongo-Mboussa dans la préface de «L’Ame blessée d’un éléphant noir», Gabriel Mwènè Okoundji est un poète de la mémoire «qui se souvient de tout» et qui a mis en musique cette mémoire par le biais de la poésie, «la parole première des peuples».
François ONDAÏ AKIERA
Journaliste écrivain








