Commentaire
Exhorter le Chef de l’Etat dans un congrès parlementaire n’est pas une faute politique
Présidant la session du parlement réuni en congrès, le vendredi 28 novembre 2025, pour accueillir le message sur l’état de la Nation du Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, le président de l’assemblée nationale n’a pas en réalité surpris ses compatriotes, en exhortant le Chef de l’Etat à écouter la voix de son peuple qui, pour lui, l’appelle à «faire acte de candidature à l’élection présidentielle de mars 2026». Il suffit de suivre ses discours à la tête de l’assemblée nationale pour saisir que l’homme n’est pas à sa première sortie politique du genre. Mais, il est aussi clair qu’en faisant cette exhortation, Isidore Mvouba n’a pas commis de faute politique. Ceux qui croient le confiner à un rôle de neutralité politique devraient réviser leur manuel de politologie.
La célébration du 67ème anniversaire de la proclamation de la République du Congo a été marquée, à Brazzaville, la capitale politique, par la session du parlement réuni en congrès avec pour seul point à l’ordre du jour, le message sur l’état de la Nation du Président de la République, Denis Sassou-Nguesso. La célébration festive en tant que tel, de cet anniversaire, n’a pas réellement eu lieu. A la place, la réflexion politique. Le peuple était donc convié à suivre l’important message du Chef de l’Etat, conformément à l’article 94 de la Constitution qui institue que «le Président de la République adresse, une fois par an, un message sur l’état de la Nation au Parlement réuni en congrès. Il peut, à tout moment, adresser des messages à l’une ou l’autre chambre du parlement. Ces messages ne donnent lieu à aucun débat».

Le parlement et ses deux chambres séparées sont des institutions éminemment politiques, par leurs fonctions de créer, amender et voter les lois qui sont promulguées par le Président de la République, pour être exécutées. En plus, ils surveillent l’action de l’exécutif, c’est-à-dire du gouvernement et tout ça, c’est politique. Autrement, il y aurait des ministres qui ne seraient plus là.
Le caractère politique de cette institution découle aussi de son organisation qui est telle que, dirige cette institution le parti ou le groupe de partis qui y dispose de la majorité des membres. Au regard d’une telle nature, attendre de cette institution une attitude de neutralité, comme on l’attendrait de la Cour suprême ou de la Cour constitutionnelle, serait une grave erreur politique.
Donc, tout parti politique qui arrive au pouvoir se soucie d’avoir la majorité des membres au parlement, par lui-même ou à travers des alliances, pour pouvoir non seulement diriger le pays, mais aussi appliquer sa politique de développement déclinée dans un projet de société. Souvenons-nous que c’est l’histoire de la majorité parlementaire à l’assemblée nationale, après l’élection du Président Pascal Lissouba en août 1992, qui plongea le Congo dans une profonde et longue crise politique dont les effets nous poursuivent d’ailleurs jusqu’aujourd’hui, après les guerres civiles de novembre 93-janvier 94 et juin-octobre 97.
Quand Isidore Mvoua, concluant le congrès parlementaire qui venait de recevoir le message sur l’état de la Nation du Président de la République, a développé l’ambition électoraliste de sa famille politique, il est dans l’un de ses rôles en tant que responsable d’un parti politique qui souhaite que son dirigeant brigue le prochain mandat présidentiel. Il a saisi l’importante tribune offerte par le congrès parlementaire, pour faire passer son message politique. On peut ou ne pas être d’accord avec lui pour avoir parlé au nom du peuple. Mais qui ne sait pas que les politiciens parlent souvent au nom du peuple? Dans son cas, il se comprend aisément que la réélection du Président Denis Sassou-Nguesso signifie, entre autres, la reconquête de la majorité au parlement par son parti et la plateforme de la majorité présidentielle.
Isidore Mvouba 06 Faites acte de candidature
Peut-être aussi qu’on peut lui reprocher le manque de galanterie, c’est-à-dire lui reprocher de chercher à tout prix de tirer avantage de la position qu’il occupe. Mais, être galant en politique, c’est toujours amoindrir ses chances pour voir multiplier celles de l’adversaire. Le membre du Bureau politique du P.c.t n’a pas voulu faire ce choix. Une élection reste une élection, c’est-à-dire, elle n’est jamais gagnée d’avance. Alors, pourquoi se garder de se servir de toutes ses chances? La neutralité en politique sied bien à ceux qui sont prêts à perdre. En homme politique averti, Isidore Mvouba n’entend pas faire un tel choix. Au contraire, il fait feu de tout bois, car d’autres à sa place feraient bien comme lui sinon plus, à moins de ne pas être politiques. Imaginer que l’assemblée nationale soit dirigée par un député de l’opposition? Voilà pourquoi le Président Lissouba avait immédiatement dissous l’assemblée, quand l’opposition y avait proclamé une majorité de fait. Et la suite de l’histoire, les Congolais l’ont dramatiquement vécue.








