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dimanche 23 juin 2024 | 14:51
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Interview: Christian Martin Kimpo Nkounga invite les cadres de l’U.pa.d.s au discernement

Christian Martin Kimpo Nkounga, membre co-fondateur de l’U.pa.d.s

«Pascal Tsaty Mabiala est notre chef, j’invite les cadres du parti au discernement»

L’U.pa.d.s (Union panafricaine pour la démocratie sociale), parti créé par le prof Pascal Lissouba, a gagné, coup sur coup, les élections générales organisées en 1992. Mais, aujourd’hui, il fait piètre figure et il est devenu l’ombre d’elle-même. Au cours de l’interview qu’il nous a accordée, Christian Martin Kimpo Nkounga, l’un des co-fondateurs de ce parti, sort de son silence, pour éclairer l’opinion de son faisceau de lumières sur ce qui se passe à l’U.pa.d.s.

* Martin Kimpo, il y avait une insistante et vigoureuse certitude qui vous projetait au sénat, pour le compte de l’U.pa.d.s. A la surprise générale, vous n’avez pas pris le départ. Difficultés financières?
** C’est vrai que relevant de l’opposition, une très longue opposition, si j’y étais allé, mon budget n’aurait pas été énorme. Sauf surprise agréable de la part de quelques soutiens qui, souvent, se signalent. Mais, ma défection n’a pas eu pour cause des finances parcimonieuses. Non! Elle est due à la discipline de mon parti qui a obéi à des considérations, pour ne pas dire des contraintes qui n’obéissaient pas à un entendement politique. Toujours et peut être de plus en plus, il est des considérations particulières qui interfèrent dans les choix, au moment des élections. On va dire que j’ai rencontré cela, comme d’autres dans leurs partis, car l’U.pa.d.s n’en a pas le monopole.
Pascal Tsaty-Mabiala, premier secrétaire de l’U.pa.d.s.
Christian Martin Kimpo Nkounga
* Après une réconciliation tonitruante dont vous avez été l’un des acteurs essentiels et quand, de surcroit, on sait que vous êtes en son temps, un des jeunes co-fondateurs du parti, que cela n’est pas compté, admettez que c’est un peu fort de café!
** Votre discernement m’eût mieux servi, si vous aviez appartenu à la commission d’investiture de mon parti. Vous y auriez certainement infléchi le cours des choses. Tel n’a pas été le cas, c’est dommage!
* Votre amertume me paraît bien gérée, car on ne vit pas ce genre d’expériences qui transgressent une candidature qui avait tout pour elle, sans avoir le cœur gros?
** Pardon de vous le dire comme ça: mais il y a comme une sorte de désarmante naïveté chez vous. Quiconque aborde la politique comme une partie de dentelle, s’expose à de très lourdes déceptions. L’expérience enseigne ça. Une fois qu’on l’a compris, on se ferme aux états d’âme. On en tire une leçon en forme de résolution, ne plus prêter le flanc, et l’on reste au parti. A l’opposé, si le dégoût est très fort, l’on quitte le parti.
* Le niveau où vous situez la compréhension de la situation à l’U.pa.d.s est remarquable de maturité et de sens politique. Mais, n’empêche qu’il y en a qui, dans les réseaux sociaux, traitent Pascal Tsaty Mabiala de chef de fil de l’implosion du parti de Pascal Lissouba. Que faut-il entendre par là? Vous allez quitter l’U.pa.d.s?
** Sortons d’un malentendu: où voyez-vous l’U.pa.d.s dans cette affaire? Certes, il y a une machine politique qui a traduit le vœu d’être l’U.pa.d.s, qui est enregistré comme tel au Ministère de l’intérieur. Mais, c’est loin de suffire pour être l’U.pa.d.s. Pour cela, il aurait fallu observer scrupuleusement l’esprit maison insufflé par le créateur. Cette obsession de l’authenticité est fondamentale. S’en éloigner, c’est s’inscrire dans quelque chose d’autre. J’espère que c’est clair, marcher dans les pas du fondateur, encore et toujours et vous verrez ses adeptes de la première heure, même avec un bois à la main, la barbe fleurie, reprendre leur place dans le rang. Notons que depuis la chute du pouvoir, toute chose qui se soit exprimée dans la volonté d’incarner l’U.pa.d.s n’a pas réussi. Lui le fondateur disait: «Yi ké ya ba colère vé». Un évangile puissant à l’unité, vous l’entendez bien. L’atomisation du parti a été la réponse qui lui a été faite. Lui avait fait de son parti un premier de la classe, cueillant les succès comme l’on cueille des fleurs. Y a-t-il une obsession à cela, perceptible à ce jour à l’U.pa.d.s vraiment?
* Alors pourquoi vous y êtes revenu?
** Votre question ne manque pas de sens. Ma réponse procède de ceci, j’avais, en effet, deux choix possibles. Le premier, mariner dans la consternation, en voyant le parti s’enliser éternellement dans la contre-performance; le second, c’était de revenir à bord et, avec ceux qui y croyaient encore, essayer d’infléchir le cours des choses. Ce deuxième choix me semblait plus conséquent.
* Quelles étaient les chances de réussite?
** Simple! Que le premier secrétaire s’en avise et qu’il reprenne, à son compte, cet impératif de reconduction de la vitalité du parti. Il en aurait résulté un coup de fouet et un réarmement psychologique des militants. Ma théorie est bien simple: je tiens pour évidence que quand l’équipage est exigeant, la conduite du capitaine s’en ressent.
* Alors, en dépit de certaines rumeurs, Pascal Tsaty Mabiala n’est pas le problème à l’U.pa.d.s?
** Les choses sont plus complexes et font intervenir beaucoup de considérations. Pour celui qui ne veut pas prendre le temps d’analyser les choses, en les approfondissant, il est clair que le bilan de Tsaty Mabiala n’est pas flatteur pour le moins. Et à partir de là, l’on commence à demander la tête de quelqu’un. La candeur dans cette affaire, c’est de perdre de vue que l’on ne fabrique pas du jour au lendemain un leader. Qu’on le veuille ou pas, Tsaty Mabiala est difficilement remplaçable aujourd’hui à l’U.pa.d.s. Vous avez ceux qui peuvent comprendre les choses comme ça et j’en suis, qui, eux, après réflexion, pensent qu’il faut s’inscrire dans une critique profonde, pour déboucher sur une nouvelle penser et un nouvel agir. Fortement marqués par les préceptes de Pascal Lissouba et redémarrer. Je traduis là l’obsession du discernement auquel j’invite tous les autres. Mais, je souligne aussi en passant qu’il faut beaucoup d’humilité de la part du premier secrétaire, pour que ce nouveau départ soit possible. Je souris tristement quand je vois qu’au lendemain d’une catastrophique défaite, l’on pense que la solution passe par des descentes à la base, pour inviter à une nouvelle adhésion. Adhésion à quoi?
Très humblement, je pense que les conditions psychologiques d’un sursaut de nouveaux adhérents ne sont pas là. Je l’ai expliqué plus haut, un nouveau contrat passé par un nouvel examen. Si la formule était judicieuse, pourquoi ne pas l’avoir utilisée plutôt depuis 2006? J’entends avec la volonté de réussir mordicus.
* Et alors, que me dites-vous là, sinon qu’il y a la colère et la déception?
** Que la confiance a totalement fondu. Au gré des jours, si on ne souligne pas certaines évidences pour éviter la casse, nous deviendrons, tous, les casseurs du parti. Depuis des années, il y a des discours fratricides, des victoires des uns sur les autres. Un opium puissant, cela ne pouvait pas marcher. L’on est arrivé au bout. Il faut reconnaître ce long séjour dans l’égarement. Si nous tous, pour avoir laissé cette chose prospérer, reconnaissons aujourd’hui une faute collective, il y aurait matière à espoir.
Je soutiens que ce parti, qui regorge de cadres brillants, a le même handicap que tous les partis qui, tels des albatros, ont l’envol lourd, faute d’un leader qui entraîne. Tsaty Mabiala a ça pour lui, les périodes d’exaltation révolutionnaire sont loin derrière nous. Aujourd’hui, ce qui est requis, c’est la tempérance. Savoir raison garder. Tsaty Mabiala doit s’inscrire dans la solution plutôt que de participer du problème. La clé, c’est l’humilité. Dans des conditions de confusion, Chirac a dit: «Un chef doit savoir cheffer».
A Pascal d’être à la hauteur de l’enjeu. S’il se remet en question et trace une perspective, il sera compris et suivi. Si l’orgueil et le chant des sirènes des collaborateurs très obligés qui n’ont pas empêché ce qui est arrivé demeurent, sa boussole, la colère, soulèvera une lame de fond et la décrue pourrait continuer.
* Quelle hauteur de vue Monsieur Kimpo! Vous ne laissez aucune place au ressentiment et vous tressez des lauriers à Pascal Tsaty Mabiala?
** Rassurez-vous: je n’ai pas une âme de groupie. Je vois tout simplement ce qui est bon pour ce parti qui doit s’affirmer dans sa volonté d’être l’U.pa.d.s et Pascal Tsaty Mabiala peut conduire ça. Sortons de l’U.pa.d.s et regardons sur le plan national, les grands leaders avec une capacité d’entrainement sont aujourd’hui un peu rares. Tsaty Mabiala au service de ce qui est approprié et accompagné par l’adhésion du parti, je vois ça d’ici, ça s’appelle le chemin du succès. Bien entendu, il faudrait qu’il s’émancipe de ses prétendus inconditionnels. Un chef, ce n’est pas un prisonnier, c’est un chef.
* Quelles sont vos idées sur l’avenir de la politique dans notre pays?
** Que tous les socio-démocrates se convainquent, un jour, qu’ils ont vocation à constituer un grand parti social-démocrate et que l’on marche vers le solde et tout ce qui continue à embarrasser la politique aujourd’hui et nous retarde. Le but fondamental de la politique, c’est de réaliser, de préférence ensemble, le bonheur de notre pays. C’est bien ce que je note, quand j’entends parler de vivre ensemble et d’une chose à laquelle je suis sensible et que je promeus bien souvent, la main tendue.
Propos réaccueillis par Chrysostome FOUCK ZONZEKA

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