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Interview d’Alain Akouala Atipault, président de la Commission nationale du M.a.e.p

Alain Akouala Atipault, président de la Commission nationale du M.a.e.p

«La bonne gouvernance est un facteur clé pour le développement d’un pays»

Il y a un an que l’ancien ministre Alain Akouala Atipault a été nommé, par décret présidentiel, comme président de la Commission nationale du M.a.e.p (Mécanisme africain d’évaluation par les pairs). Dans l’interview qu’il a bien voulu nous accorder, il fait le point de cette première année d’activités et il saisit cette opportunité pour parler de cette structure peu connue de l’opinion de manière générale, et qui, selon lui, est «une plateforme d’échanges pour des solutions africaines aux problèmes africains par les Africains et pour les Africains», afin d’améliorer la gouvernance des Etats africains. Interview!

* Monsieur le président de la Commission nationale du M.a.e.p, il y a un an, le 22 septembre 2022, vous étiez nommé par décret présidentiel, à votre poste actuel. L’opinion avait constaté que cette nomination était tombée quelques années après votre départ du gouvernement. Est-ce un retour en grâce?
** J’aimerais, tout d’abord et une fois de plus, remercier le Président de la République, Son Excellence Denis Sassou Nguesso, pour cette nomination, et lui dire que c’est un immense honneur qu’il a fait à ma modeste personne, en m’accordant à nouveau sa confiance. En me confiant cette nouvelle mission, je dois reconnaître qu’il vient, à nouveau, de me démontrer qu’il dispose d’un flair et d’une intuition hors pairs, car ce travail me passionne.
En ce qui concerne l’opinion, je peux comprendre. Sachez qu’après quinze années de bons et loyaux services rendus à mon pays en étant au gouvernement, le Chef de l’Etat avait décidé de mettre un terme à ma fonction, pour passer le témoin à un autre compatriote. Sept ans après, il a, de nouveau, décidé de me confier une nouvelle mission au service de mon pays. J’ai, de tout cœur, répondu présent. Pour moi, c’est dans l’ordre naturel de la vie politique.
Le président de la Commission nationale du Maep
Avec le président du sénat, Pierre Ngolo
Reçu par le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba (à droite)
Avec Paul Obambi (à sa gauche), à la chambre de commerce de Brazzaville.
Avec Céphas Germain Ewangui, secrétaire permanent du Conseil consultatif de la société civile.
* Et qu’avez-vous fait pendant ces sept années qu’on peut dire de traversée du désert?
** Je n’ai pas connu ce que l’on appelle trivialement une traversée du désert. Pendant cette période, j’ai roulé ma bosse dans certains pays africains, pour participer à des expériences entre professionnels. Ce fut très gratifiant de pouvoir se jauger, sur le plan professionnel, aux autres expertises africaines. D’autres horizons se sont ouverts à moi.
Sur le plan politique, tout en conservant mes convictions, cette période m’a permis d’avoir un peu de recul et de faire une sérieuse introspection de mon engagement politique, si je puis dire, au sens charnel de ce terme. Humainement parlant, j’ai découvert l’envers du décor de cette extraordinaire pièce théâtre qu’est la vie en société. Cela dit, ce fut une période très particulière de ma petite vie, fondatrice d’une nouvelle conscience.
* En un an d’exercice de vos fonctions, que pouvez-vous dire de ce que vous avez déjà réalisé? A quelle étape êtes pour assoir votre structure, puisque ses membres venaient d’être nommés?
** Pour des raisons logistiques, mon installation a commencé au mois de décembre dernier. La phase d’imprégnation a débuté par notre participation, le 9 février 2023, au 32ème sommet du Forum des Chefs d’Etat et de gouvernement, présidé par Son Excellence Julius Maada Bio, Président de la République de Sierra Léone, Président du Forum du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, aux côtés du Premier ministre chef du gouvernement, Anatole Collinet Makosso, qui avait représenté le Président Denis Sassou Nguesso à cette visioconférence, et de la ministre du plan, de la statistique et de l’intégration régionale, Mme Ghislaine Olga Ingrid Ebouka Babackas.
La phase d’imprégnation s’est poursuivie en accompagnant le Chef de l’Etat à Addis Abebas, à la 36ème session ordinaire de la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine.
Du 27 mars au 3 avril 2023, j’étais à Niamey, au Niger, pour découvrir l’expérience de ce pays, qui venait de présenter son rapport d’évaluation. Au cours de cette mission, j’ai eu le privilège d’être reçu en audience par le Président Mouhamed Bazoum, qui m’a donné de précieux conseils.
Du 6 au 8 août 2023, sur invitation du secrétariat continental du M.a.e.p qui est basé à Midrand, en Afrique du Sud, j’ai participé à l’atelier de revitalisation et de partage d’expériences des structures nationales du M.a.e.p, qui s’est tenu à Victoria, aux Seychelles.
La nomination, par le Président de la République, des autres membres de la Commission nationale du M.a.e.p, est un pas dans la bonne direction. Il nous reste à organiser, avant la fin de cette année, une rencontre de la commission et la tenue de la session inaugurale. Ce qui nous permettra de préparer, en début d’année 2024, l’arrivée à Brazzaville de Monsieur Eddy Maloka, le directeur général du secrétariat continental du M.a.e.p, qui viendra rencontrer les plus hautes autorités de notre pays et procéder à la signature d’un accord de partenariat avec le gouvernement congolais, pour le démarrage de la formation des membres de la commission et du processus d’auto-évaluation.
* Le M.a.e.p n’est pas bien connu au sein de l’opinion congolaise, quel est le but de cette structure? Que doit-elle faire pour le pays? C’est quoi l’auto-évaluation?
** Pour rappel, il faut savoir que c’est en juillet 2001 que les Chefs d’Etat africains ont adopté le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), comme doctrine pour le développement africain. Son objectif est de sortir le continent du sous-développement et instaurer une nouvelle relation entre l’Afrique et le reste du monde. Les Chefs d’Etat africains avaient conclu, à cette époque, que, pour son développement, l’Afrique doit réunir les conditions suivantes: paix, sécurité, démocratie et bonne gouvernance; une meilleure gouvernance de l’économie et des entreprises; la coopération et l’intégration sous-régionale.
Le 9 juillet 2002, c’est la naissance de l’Union africaine, à Durban, en Afrique du Sud. S’appuyant sur l’objectif du Nepad, l’Agenda 2063 est défini comme horizon pour une Afrique économiquement et intégralement développée, avec comme vecteur principal la Zlecaf (Zone de libre-échange africaine). C’est en 2003 que le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs est créé. C’est un instrument d’auto-évaluation volontaire de la performance des Etats-membres en matière de gouvernance.
Le M.a.e.p a pour but la mise en lumière des performances des pays et le partage de leurs expériences en matière de gouvernance, de renforcer les pratiques de gouvernance louables et exceptionnelles, y compris identifier les lacunes et évaluer les besoins en renforcement des capacités. En tant qu’engagement envers les normes de gouvernance africaines, il constitue un mécanisme par lequel les Etats membres adhèrent, pour améliorer la mise en œuvre des pratiques de la bonne gouvernance.
L’auto-évaluation s’effectue à travers l’appréciation des performances dans les domaines suivants: la démocratie et la gouvernance politique; la gouvernance et la gestion économique; la gouvernance des entreprises; le développement socio-économique et la résilience de l’Etat face au choc lié à la crise.
En ce qui concerne notre pays, nous devons nous mettre au travail, d’autant plus qu’à la création du M.a.e.p, en 2003, le Congo a été parmi les premiers pays signataires.
* Sentez-vous que les institutions nationales sont attentives à votre travail?
** Il faut savoir que le processus du M.a.e.p est à la fois consultatif et inclusif. Les parties prenantes au processus d’auto-évaluation sont: l’exécutif, le législatif, les partis politiques représentés au parlement, la société civile, le monde académique et les médias. Dès la prise de nos fonctions, nous avons mené des actions de sensibilisation sur le M.a.e.p à l’endroit du secrétariat permanent du Conseil consultatif de la société civile et des O.n.gs et des deux chambres du parlement. Nous avons eu de fructueux échanges avec le secteur privé à travers le président de la chambre de commerce, de l’industrie, de l’agriculture et des métiers de Brazzaville et la secrétaire exécutive de l’organisation patronales Unicongo. Nous avons ressenti un vif intérêt, de la part de toutes ces forces vives de notre pays, au mécanisme d’auto-évaluation. Qu’elles trouvent ici toute mon infinie reconnaissance pour leur disponibilité.
* Que pouvez-vous conseiller à tous ceux qui sont dans la gestion publique, pour que le Congo soit considéré comme un pays où il y a la bonne gouvernance, comme le souhaite à chaque fois le Président de la République dans ses discours? Quelles sont les faiblesses à corriger, selon vous?
** La bonne gouvernance est un facteur clé pour le développement d’un pays. Les exhortations récurrentes du Président de la République sont justes et en adéquation avec les engagements panafricains qu’il a pris au nom du Congo. Par contre, le M.a.e.p permet l’instauration d’un débat ouvert, franc et non intimidant sur les modalités, les politiques et la feuille de route pour l’amélioration de la gouvernance. Le processus étant encore à ses débuts, les équipes techniques n’étant pas encore en place, nous ne pouvons pas nous prononcer.
* La corruption est-elle une menace réelle dans la gestion du pays?
** Oui! C’est la raison pour laquelle les Chefs d’Etat et de gouvernement africains ont mis en place le M.a.e.p, qui est, en réalité, une plateforme d’échanges pour des solutions africaines aux problèmes africains par les Africains et pour les Africains.
* Un mot de fin, pour conclure notre entretien?
** Le M.a.e.p est une transition entre le combat pour l’indépendance africaine mené par l’O.u.a, conformément au rêve des pères fondateurs, et l’Union africaine, qui a défini 2063 comme horizon stratégique, pour bâtir un continent africain économiquement et politiquent intégré. Dans cette longue, difficile et périlleuse marche pour la souveraineté africaine, le Congo, à travers le Président Denis Sassou Nguesso, a marqué l’histoire du continent.
En effet, en 1986, il a présidé aux destinées de l’O.u.a. Au cours de son mandat, il crée le Fonds Africa, pour soutenir financièrement la lutte contre le régime raciste d’Afrique du Sud. Il consacre son mandat à faire le tour des capitales occidentales, pour promouvoir une campagne de sanctions économiques contre le système d’apartheid en Afrique du Sud. Le 16 décembre 1988, il supervise, en pleine guerre froide, la signature du protocole de Brazzaville, qui permit le retrait des troupes cubaines d’Angola et sud-africaines de Namibie, entraînant ainsi l’indépendance de la Namibie.
En janvier 2006, il est porté à la tête de l’Union africaine. Ministre de la communication, chargé des relations avec le parlement et porte-parole du gouvernement à cette époque, j’ai eu l’immense privilège de faire partie de sa délégation, lors d’une tournée qui le conduisit aux Etats-Unis et en France. Je l’ai vu faire le plaidoyer du Nepad, en affirmant avec force et conviction à ses interlocuteurs, que le Nepad est une doctrine économique novatrice pour l’Afrique et sa gouvernance, en faveur de son évolution au 21ème siècle.
Je souhaitais porter ce témoignage, afin que tous les membres de la commission considèrent que le travail que nous ferons devra s’inscrire dans le prolongement de ces prestigieuses séquences de l’histoire de notre pays.
Propos recueillis par ROLAND KOULOUNGOU

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1 COMMENTAIRE

  1. L’interview de Monsieur Alain Akouala m’a permis une grande connaissance du M.a.e.p. La mission de cette institution est grande et complexe. Mr Alain Akouala devra s’armer d’un grand courage pour réussir sa mission.

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