Lauryathe Céphyse Bikouta, promotrice du Festival tuSeo
«tuSeo a permis de donner une visibilité accrue à la scène humoristique congolaise»
Créé en 2004, le Festival tuSeo a célébré son 20ème anniversaire en octobre 2024, par un grand spectacle à Brazzaville et Kinshasa, la ville voisine, capitale de la RD Congo. Un an après cette commémoration historique, nous avons échangé avec Mme Lauryathe Céphyse Bikouta, promotrice dudit festival, qui s’est installée en France. Selon elle, «tuSeo a permis de donner une visibilité accrue à la scène humoristique congolaise et de créer des passerelles culturelles». En effet, s’il y a un festival qui, au cours de ces dernières années, a fait accepter l’humour congolais sur la scène nationale et internationale, c’est bien le Festival tuSeo. Interview!
* Madame, le Festival tuSeo a célébré ses vingt ans l’année dernière, comment l’événement a-t-il évolué au cours de toutes ces années?
** Le Festival tuSeo est né il y a 20 ans, avec une mission claire: offrir un espace d’expression aux humoristes congolais qui, à l’époque, n’avaient pas de véritable plateforme pour se faire connaître et s’épanouir artistiquement. C’était une nécessité, car l’humour était souvent relégué au second plan dans le paysage culturel congolais.
Le festival a connu une belle évolution depuis sa création. Nous avons commencé avec l’envie simple de rassembler autour du rire. Au fil des éditions, l’événement a pris de l’ampleur. Il s’est enrichi avec de nouvelles propositions, comme l’intégration de la musique, des ateliers interactifs et des moments d’échange avec le public. Aujourd’hui, nous élargissons encore notre vision, en allant à la rencontre des communes reculées, en créant des ponts entre l’humour et d’autres thématiques comme l’environnement et les I.c.c (Industries culturelles et créatives). Chaque année, notre ambition est d’amplifier cette dynamique et de faire du festival un véritable rendez-vous incontournable du rire et de la convivialité. tuSeo a permis de donner une visibilité accrue à la scène humoristique congolaise et de créer des passerelles culturelles.

* Comment avez-vous fait pour intéresser les Congolais à l’humour?
** L’humour a toujours fait partie de la culture congolaise, que ce soit à travers les conteurs, les comédiens ou même la manière dont les gens s’expriment au quotidien. Ce que nous avons fait avec le festival, c’est structurer cet amour du rire, en en faisant un événement à part entière.
Nous avons mis en avant des humoristes locaux, mais aussi favorisé les échanges avec des artistes internationaux, en commençant avec ceux de Kinshasa. Ce qui a contribué à professionnaliser le secteur. En donnant une véritable scène à l’humour, en diversifiant les formats du stand-up au théâtre comique et en allant chercher le public là où il se trouve, nous avons réussi à prouver que l’humour n’est pas juste un divertissement, mais aussi un outil puissant de réflexion et de cohésion sociale. Aujourd’hui, le festival est devenu une plateforme qui révèle des talents et qui prouve que le rire est un langage universel.
* Quelles sont les valeurs les plus importantes de tuSeo?
** Le Festival tuSeo repose sur trois valeurs fondamentales: le partage, l’authenticité et l’engagement:
– le partage, parce que le rire est un langage universel qui rapproche les gens, quelles que soient leurs origines ou leurs différences. Nous voulons offrir un moment de joie et de convivialité à tous;
– l’authenticité, car nous mettons en avant un humour qui parle aux gens, qui s’inspire de la vie quotidienne et qui reflète nos réalités avec sincérité et intelligence;
– l’engagement, parce que le tuSeo ne se limite pas à faire rire. À travers le festival, nous valorisons des causes importantes comme l’insertion professionnelle dans l’événementiel, l’environnement ou encore l’entrepreneuriat culturel local. Nous voulons que l’humour soit un levier de sensibilisation et de changement positif.
* Quel apprentissage personnel tirez-vous de ces vingt ans?
** À travers ce festival, j’ai appris que le rire est bien plus qu’un simple divertissement: c’est un véritable pont entre les cultures, un moyen de rassembler et même un outil de transformation sociale, pour éveiller les consciences et créer du lien.
Organiser un tel événement m’a enseigné la patience, la résilience et surtout l’importance de croire en ses idées, même quand elles semblent audacieuses. J’ai aussi découvert que l’humour peut être un langage universel qui transcende les frontières et permet d’aborder des sujets sérieux d’une manière accessible.
Chaque édition du festival est une leçon en soi: sur l’organisation, sur le travail avec les artistes, mais surtout sur l’impact que le rire peut avoir sur les gens, la gestion des défis, etc. Et s’il y a une chose que j’ai apprise, c’est que tant qu’on continue à rire ensemble, il y a de l’espoir. J’ai compris l’importance de la persévérance, car organiser un tel événement demande énormément d’énergie, de résilience et de créativité. J’ai aussi appris que le rire peut être un véritable moteur de développement culturel et économique.
Mais surtout, cette aventure m’a montré que lorsque l’on croit en un projet et que l’on s’entoure de bonnes personnes, on peut dépasser les obstacles et créer quelque chose qui laisse une empreinte. Voir des artistes éclore, un public fidèle grandir et des communautés se rapprocher autour du rire, c’est une leçon de vie en soi.









