Un bon médecin n’est pas celui qui dit qu’il guérit ses patients. Mais, c’est celui que les patients reconnaissent pour avoir été guéris par lui. Si on appliquait ce principe à la gouvernance publique, on dirait alors qu’un bon ministre ou un bon gouvernement n’est pas celui qui le dit, mais bien celui que les populations reconnaissent, parce qu’il a transformé leur vie, en l’ayant améliorée. Bref, ce sont les résultats qui attestent d’une bonne gestion publique et non les discours d’auto-satisfaction.
En démocratie, l’auto-satisfaction n’est pas une qualité en matière de gouvernance publique, plutôt un défaut à éviter. L’état de l’opinion nationale compte comme indicateur de gouvernance. D’où la pratique des sondages d’opinions en démocratie. Même si ce n’est pas de la science exacte, cette pratique reflète au moins l’efficacité ou la pertinence des politiques publiques mises en œuvre.
Prenant le cas de l’agriculture, domaine de beaucoup d’attention politique depuis l’indépendance du Congo en août 1960, mais qui, dans la réalité, démontre que toutes les politiques publiques implémentées dans ce domaine se révèlent inefficaces et ne permettent pas d’atteindre les objectifs visés. Durant le quinquennat qui s’achève, le pays s’est engagé dans la création des Zap (Zones agricoles protégées). Mais, certains maillons de cette chaîne, comme l’ouverture d’une usine d’assemblage de tracteurs ou la création des structures d’entreposage de produits agricoles font défaut.
Ainsi, à cause de l’inefficacité de ses politiques agricoles, le Congo continue de dépendre des importations alimentaires massives, pour nourrir ses six millions d’habitants, malgré le rêve de l’auto-suffisance alimentaire, vieux de plusieurs décennies. Année après année depuis l’indépendance, la facture annuelle des importations alimentaires n’a cessé de grimper, se situant aujourd’hui entre 600 et 800 milliards de francs Cfa. Un pactole qui échappe aux Congolais et qu’ils payent rubis sur l’ongle, pour se nourrir.
Ce n’est pas l’Etat qui consomme le poulet importé, c’est bien le Congolais. Si ce n’est la totalité, car on ne peut pas tout produire, au moins la moitié de cette facture annuelle peut permettre d’absorber le chômage dans le pays, par le développement de l’agriculture. Or, cet argent profite en grande partie aux producteurs étrangers (Chine, France, Belgique, Etats-Unis, Inde, etc) et aux importateurs qui, généralement, sont des expatriés. «Un peuple qui ne produit pas ce qu’il consomme n’est pas un peuple libre», dit souvent le Président Denis Sassou-Nguesso. Mais, ses politiques de développement agricole, qui vise souvent l’industrialisation et la mécanisation de l’agriculture, peine à renverser la tendance, décennie après décennie. Comment comprendre par exemple que le développement de la filière riz demeure à un niveau très en dessous de la demande nationale sans cesse croissante, année après année? La consommation du riz est en nette croissance, alors que les brasseries locales souhaitent utiliser les brisures de riz dans la fabrication de la bière.
En novembre 2024, réagissant à une question du sénateur Victor Foudi, le ministre d’Etat Alphonse Claude N’Silou, ministre du commerce, des approvisionnements et de la consommation, indiquait que selon les récentes statistiques, le Congo importe 78 mille tonnes de riz ordinaire, 24.705 tonnes d’huile de palme végétale, 16 mille tonnes de viande bovine, 46 mille tonnes de viande porcine, 106 mille de volailles et 32 mille tonnes de poissons de mer congelés, par an. On peut allonger la liste des produits alimentaires importés avec l’ognon, la tomate, etc. C’est sûr que les statistiques de 2025 seront légèrement à la hausse et jamais à la baisse.
Pays exportateur de pétrole brut, le Congo a du mal à concrétiser sa volonté de développer l’agriculture pour assurer sa sécurité alimentaire. Pendant ce temps, des discours d’auto-satisfaction sont consacrés à quelques actions réalisées dans le domaine de l’agriculture, mais qui, en réalité, sont loin d’impacter, à la baisse, la courbe des importations alimentaires du Congo. Dans son projet de société de 2021, le Président Denis Sassou-Nguesso a retenu une idée fort intéressante, pour développer l’agriculture: «En tant que de besoin, l’État aidera les exploitants agricoles à faire connaître leurs produits à l’intérieur et à l’extérieur des frontières nationales, en organisant régulièrement, avec l’aide des producteurs, des expositions agricoles (départementales et nationales) et en soutenant leur participation à des expositions internationales. De même que l’État organisera aux différentes entrées des agglomérations du pays, des «marchés de gros» des produits agricoles au sens large, avec toutes les infrastructures adéquates. Il sera bien indiqué, dans un premier temps, que l’État acquiert des véhicules appropriés de transport de toutes sortes de produits de l’agriculture au sens large».
Mais, les comices agricoles, promus par le P.d.a.c (Projet d’appui au développement de l’agriculture commerciale) n’ont pas connu un destin durable et, s’il importe chaque année des véhicules luxueux pour ses hauts-fonctionnaires, l’Etat se contente d’acheter de temps à autre quelques machines agricoles et pas de véhicules de transport de produits agricoles. Ce sont les commerçants transporteurs privés qui s’en occupent, avec des moyens de bord. D’ailleurs, c’est au cours de cette nouvelle année, que le Ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche organise, du 5 au 15 février prochain, la toute première édition de la «grande foire agricole». Comme quoi, pour développer l’agriculture, produire ne suffit pas, encore faut-il savoir commercialiser ce qu’on produit. Des unités comme le Centre agro-pastoral Tandou Binzenze, dans le Département de Pointe-Noire, lancé en 2023, ont besoin de faire leurs preuves en matière de production et de commercialisation de produits agricoles, pour apprécier la capacité des Congolais à développer une agriculture qui réponde à leurs besoins.
Jean-Clotaire DIATOU








