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Le franc Cfa est-il en perte de vitesse,  après sa dévaluation d’il y a 30 ans

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François Mitterrand et Félix Houphouët-Boigny, les deux grands acteurs de la dévaluatino du Franc Cfa, sous l’impulsion de la Banque mondiale et du F.m.i.

11 janvier 1994 – 11 janvier 2024, il y a 30 ans, les Chefs d’Etat des 14 pays d’Afrique de l’Ouest et du centre utilisant le franc Cfa, réunis à Dakar (Sénégal), prenaient la décision de dévaluer leur monnaie de 50% par rapport au franc français, après 46 ans de parité fixe. La France, dont la classe politique était divisée entre pro et anti-dévaluation, fut accusée d’avoir instiguée cette manœuvre, lâchant ainsi ses ex-colonies. En réalité, le franc Cfa fut dévalué à l’initiative très discrète de la Banque mondiale et du F.m.i (Fonds monétaire international), avalisée intelligemment par le Président français, François Mitterrand, en raison des déficits budgétaires des pays africains, les mettant en difficulté à rembourser leurs dettes. 30 ans après ce bouleversement historique, qu’est devenu le franc Cfa?

Face au déclin économique des 14 pays de la zone franc, la Banque mondiale et le F.m.i avaient trouvé leur solution, pour y remédier, en conditionnant leur aide financière à la dévaluation du franc Cfa. Marraine de cette monnaie, l’ex-puissance colonisatrice, la France, avait engagé les démarches auprès des Chefs d’Etat africains qui ne voulaient rien savoir. A l’époque, les Présidents Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), Abdou Diouf (Sénégal), Omar Bongo (Gabon) et Blaise Compaoré (Burkina Faso) mènent la résistance.
Au-delà, on peut dire que les pays africains concernés étaient réfractaires à l’idée de dévaluer leur monnaie communautaire. Mais, sous la pression de la Banque mondiale et du F.m.i, la Côte d’Ivoire, pays lourdement endetté, est le premier à craquer, car la France pose une condition pour l’aider à rembourser ses arriérés de paiement de 600 millions de francs français envers la Banque mondiale: entrer en programme avec le F.m.i. François Mitterrand envoyait ainsi Houphouët-Boigny dans la gueule du loup, sans que celui-ci ne le sache. En effet, le F.m.i lui pose comme condition, avant d’entrer en programme, d’accepter la dévaluation du franc Cfa. Voilà comment le Président ivoirien, que la France venait d’aider à effacer l’ardoise de ses arriérés, va se mettre à convaincre ses homologues d’Afrique de l’Ouest à cette idée que tout le monde redoutait. Le poids lourd des économies «franc-céfiennes» ayant basculé, les autres ont fini par suivre comme les moutons de Panurge.
Un franc français valait, désormais, 100 francs Cfa, au lieu de 50 francs Cfa. Le but visé par la Banque mondiale et le F.m.i était de permettre aux économies africaines de gagner en compétitivité, en encourageant la consommation des produits locaux, au lieu de dépendre largement des importations. La France ne pouvait que s’en frotter les mains, car la dévaluation allégeait sa charge dans l’accompagnement des économies de ses ex-colonies. Les malins avaient eu l’ingénieuse idée de transférer leurs avoirs dans les pays occidentaux ou de les convertir en devises. Après la dévaluation, ils avaient le double de leurs avoirs en franc Cfa.
Mais, cette opération s’est caractérisée par plusieurs facettes. Les populations africaines ont souffert de leur baisse catastrophique du pouvoir d’achat, aggravant ainsi la pauvreté. Mais, dès l’accord de dévaluation, l’aide publique avait repris. Au regard du bilan, peut-on dire que cette dévaluation a eu les effets escomptés pour le portefeuille des consommateurs africains?
A ce propos, certains économistes évoquent le fait que le principal but pour lequel cette dévaluation était faite n’aurait pas été atteint. Les réserves des pays membres dans le compte d’opération à la Banque de France s’étaient épuisées. La France n’avait pas joué son rôle de garant, qui est un rôle statutaire au sein de l’institution franc Cfa. Au cours des années 80, presque une décennie avant la dévaluation, les coûts des matières premières étaient orientés à la baisse. Le dollar avait également connu une baisse, alors que les taux d’intérêt avaient augmenté. Les Etats africains n’arrivaient plus à rembourser leurs dettes. Il fallait donc trouver une solution. La garantie du franc Cfa n’avait pas fonctionné.
Aujourd’hui, nombre d’Africains pensent qu’il faut sortir du franc Cfa. En juin 2013, les huit pays de l’U.e.m.o.a (Union économique et monétaire ouest-africaine) qui utilisent le franc Cfa, annoncent leur entrée dans le projet de monnaie eco, porté par la Z.m.o.a (Zone monétaire ouest-africaine). Ce projet ne devait pas intégrer la Banque de France et il était hors de question, pour les pays anglophones, d’être arrimés à l’euro par une parité fixe. Les gouvernements ouest-africains anglophones et francophones ont constaté les difficultés de réalisation du projet de cette monnaie commune sensée être lancée en 2020. L’horizon 2027 a été retenu pour son lancement.
Il est possible que le franc Cfa disparaisse un jour, a affirmé un économiste. La monnaie n’a plus de légitimité populaire, même si on la défend. La dévaluation a coupé les ailes de cette monnaie. Les discussions de la dévaluation n’avaient pas mis du temps pour donner un caractère africain au franc Cfa. Mamadou Koulibaly, économiste ivoirien, ancien président de l’assemblé nationale, déclarait en 2009: «Il est vital, aujourd’hui, que le franc Cfa acquière une autonomie. Les économies des pays de la zone franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement sont asymétriques», en faisant la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc, en raison de l’indexation de leur monnaie sur le franc français et aujourd’hui sur l’euro. Ainsi, on peut s’interroger si le franc Cfa n’est pas en perte de vitesse, 30 ans après sa dévaluation.

Martin
BALOUATA-MALEKA

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