Alors que le deuxième quinquennat du Président Denis Sassou-Nguesso va vers sa fin, le constat sur la situation socio-économique du pays est préoccupante. Certains n’hésitent pas à parler de marasme économique, au regard de l’inflation des prix, du chômage, du ralentissement de l’activité économique, de la baisse de la consommation et des investissements, de la stagnation des affaires, de la crise financière, de la dégradation des routes, etc. La vie quotidienne, dans les deux grandes villes du pays, Brazzaville et Pointe-Noire, est rythmée par les coupures d’électricité, les pénuries récurrentes d’eau courante et de carburant, les difficultés dans l’accès aux services publics courants comme la santé, l’acquisition de passeports, etc, qui portent la poisse à de plus en plus de Congolais.
Pourtant, le Congo a passé avec succès les six revues du F.m.i (Fonds monétaire international), dans le cadre du programme triennal de redressement économique conclu le 21 janvier 2022. Toute l’enveloppe de 455 millions de dollars (soit un peu plus de 228 milliards de francs Cfa) de la Fec (Facilité élargie de crédit), prévue pour appuyer ce programme, a été décaissée, par tranches, en faveur du Congo.
Mais, à l’issue de ce programme de trois ans, les Congolais ont le ressenti que non seulement l’économie de leur pays ne s’est pas redressée, mais encore la situation générale frise à la morosité de plus en plus grave. Trois ans de programme avec le F.m.i (2022, 2023 et 2024) et au bout du compte, le redressement économique n’est pas au rendez-vous. Le pays est toujours très endetté et l’Etat a du mal à faire face à ses charges de fonctionnement. Le secteur privé ne s’en sort pas en raison des créances impayées sur l’Etat. Comment peut-on expliquer pareil insuccès?
Le gouvernement a sans nul doute ses explications. Il pointe souvent les facteurs exogènes comme la volatilité des cours des matières premières, la baisse des prix du pétrole, la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui a aggravé la crise alimentaire, la dépendance du pays aux importations sans cesse croissantes de produits alimentaires, etc.
En réalité, pour que l’économie congolaise soit tant affectée, il y a nécessairement une combinaison entre les facteurs externes et les facteurs internes que sont la mauvaise gouvernance, les détournements de fonds encouragés par l’impunité, le non-respect des programmations, la résistance aux réformes, le règne des antivaleurs, la lutte des clans dans le contrôle des postes stratégiques de l’Etat, le recours systématique à l’endettement, etc. Ces facteurs internes et le manque de volonté politique de les éradiquer, malgré les discours pourtant très engagés du Président de la République contre les antivaleurs, rendent impossible tout effort de redressement économique. D’où l’insuccès du programme triennal de redressement économique parrainé par le F.m.i. C’est d’ailleurs le deuxième échec successif, après celui connu par le programme lancé sous le Premier ministre Clément Mouamba.
Or, sans redressement économique, point d’espoir à soulager les populations de la situation difficile qu’elles vivent actuellement, situation faite de privation ou de difficultés croissantes dans l’accès aux services de base les plus courants comme l’électricité, l’eau courante, le transport en commun, la sécurité publique, les traitements médicaux, les documents administratifs comme le passeport, etc. Pour ce qui concerne le Congo, pays riche en ressources naturelles et donc réunissant les conditions d’un développement socio-économique certain, le problème est politique: ou l’on met en œuvre les discours du Président de la République dans la lutte contre les antivaleurs; ou on s’en sert comme vernis pour couvrir les dirigeants politiques présumés auteurs de faits blâmables dans la gestion des affaires publiques. Le redressement économique ne dépend d’abord que de ce choix. Le F.m.i vient après.
Jean-Clotaire DIATOU








