Lutte contre le V.i.h-sida et la tuberculose

Le Congo prié de verser sa contrepartie
au Fonds mondial, faute de quoi…

A l’occasion de la Journée nationale de plaidoyer pour la riposte contre le V.i.h-sida et la tuberculose, célébrée le vendredi 27 juin 2025, au C.a.t (Centre antituberculeux),  anciennement Service des grandes endémies, à Brazzaville, par le Ministère de la santé et de la population, le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) a offert au P.n.l.t (Programme national de lutte contre la tuberculose) un laboratoire de référence en microbiologie, acquis grâce au financement du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, à hauteur de 2.818.682 de dollars (environ 1.691.209.000 F Cfa). Remis officiellement par Mme Adama Dian-Barry, représentante-résidente du Pnud, il a été reçu par le prof Jean-Rosaire Ibara, ministre de la santé et de la population. Mais, cette cérémonie a été aussi l’occasion d’allocutions pour faire le point sur la lutte contre le V.i.h-sida et la tuberculose dans le pays. A cette occasion, Lionel Caruana, gestionnaire du portefeuille Congo au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a appelé le gouvernement à honorer la contrepartie du Congo au Fonds mondial, «faute de quoi, les avancées menacées risquent de s’effondrer».

La Journée nationale de plaidoyer pour la riposte contre le V.i.h-sida et la tuberculose a été l’occasion de faire le point des efforts réalisés au Congo dans la lutte contre la co-infection entre le V.i.h-sida et la tuberculose. La tuberculose étant une maladie opportuniste très fréquente chez les patients infectés par le V.i.h (Virus de l’immunodéficience humaine). Ainsi, le ministre Jean-Rosaire Ibara a rappelé les avancées notables réalisées dans le pays: 14.370 cas de tuberculose détectés en 2023, avec un taux de succès thérapeutique de 82%; 44.112 personnes vivant avec le V.i.h, sous traitement en 2024, contre 26.030 en 2019. Le nombre annuel de décès liés à la maladie est passé de 8.600 à 6.300. Ces résultats sont reconnus comme le fruit d’une stratégie soutenue, tant au plan national qu’international. Toutefois, l’équilibre reste fragile sans l’engagement permanent du gouvernement.
Le ministre Ibara coupant le ruban symbolique pour l’inauguration du laboratoire
Le laboratoire de référence en microbiologie sur la tuberculose
Pour Mme Adama Dian-Barry, représentante-résidente du Pnud au Congo, «nous avons voulu que la journée de plaidoyer sur le V.i.h-sida et la tuberculose (…), soit un moment de réflexion collective sur une problématique de santé publique qui affecte de manière invisible et sans distinction de rangs, de classe sociale ou de niveau de revenus».
Pour sa part, Lionel Caruana a salué les progrès réalisés grâce à une coopération renforcée entre l’État congolais, le Pnud et le Fonds mondial. «Sur la table, il y avait des fonds… Ces résultats sont le fait de cette collaboration», a-t-il déclaré. En tout, 90 millions d’euros ont été mobilisés pour la période 2024-2026, couvrant la riposte conjointe contre le V.i.h-sida et la tuberculose. Mais, cette générosité reste conditionnée: le Congo doit verser un cofinancement de 14 millions d’euros, soit environ 9 milliards de francs Cfa (3 milliards par an).
Lionel Caruana
L’appel de Lionel Caruana souligne l’enjeu vital lié au respect, par le gouvernement, de la contrepartie du Congo au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Faute de quoi, 20 mille personnes vivant au Congo avec le V.i.h risquent de se retrouver sans traitement d’ici à fin 2026; 4 mille patients tuberculeux pourraient être privés de soins essentiels et 20% de la population se verront refuser la distribution de moustiquaires dans les semaines à venir, etc. Ces statistiques démontrent à quel point un simple retard budgétaire peut se transformer en urgence sanitaire massive, menaçant des vies humaines et fragilisant le système national de santé.
Au-delà, le défaut de paiement de la contrepartie congolaise expose le pays à une sanction lourde: le Fonds mondial envisage déjà de suspendre ses contributions au Congo pour la période 2027-2029. Ce retrait pourrait provoquer la fermeture d’une fenêtre de financement cruciale dans un contexte de raréfaction des ressources internationale. «Les pays qui honoreront leur financement seront privilégiés… Nous attendons impatiemment que le Congo honore sa contrepartie…». Des progrès tangibles, pour un avenir incertain.
Et Lionel Caruana a conclu son intervention en exhortant le gouvernement à honorer l’engagement financier du Congo au Fonds mondial. L’enjeu est simple mais tellement menaçant pour les populations: respecter le cofinancement, c’est garantir l’accès aux traitements et prévenir l’effondrement de la riposte. L’écosystème de la santé mondiale ne peut tolérer des amateurs. Les pays rigoureux seront les seuls à bénéficier des prochains cycles de financement. Le ministre Ibara est prévenu, à lui de faire le lobbying nécessaire auprès de son collègue ministre en charge des finances, pour que le Congo s’acquitte de son devoir, en faveur de sa population.
Autre cérémonie, le ministre Ibara posant la premère pierre pour la réhabilitation du siège du P.n.l.s, sous le regard de Mme Adala Dian-Barry
L’exemple vient justement du laboratoire dont le P.n.l.t vient d’être doté, grâce au Fonds mondial, qui est passé par le Pnud pour le réaliser. Jusque-là, on recourait au laboratoire de Kinshasa, en RD Congo. Équipé d’appareils de diagnostic rapide de dernière génération, ce laboratoire permettra non seulement d’accélérer la détection des cas de tuberculose, mais aussi d’améliorer le suivi épidémiologique, un enjeu majeur pour la santé publique.
Dans un souci d’hygiène et de sécurité sanitaire, le Pnud, avec le concours du Fonds mondial, a également doté le système national de santé, de véhicules spécialisés dans le transport de déchets médicaux et de voitures destinées aux districts sanitaires du pays. A cela s’ajoutent la pose de la première pierre pour la réhabilitation complète du siège du P.n.l.s (Programme national de lutte contre le sida) à Brazzaville et la réhabilitation et la construction de 20 sièges départementaux, pour donner une adresse et une identité à ce programme stratégique en matière de santé publique à l’intérieur du pays.
Joseph MWISSI NKIENI

Reportage

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