Une Chef d’Etat en exercice et son épouse, capturés et exfiltrés de leur pays par une armée étrangère, présentés devant la justice d’un pays étranger et accusés de crimes de droit commun, dans l’indifférence générale du Conseil de sécurité des Nations unies, voilà ce qu’est devenu le monde d’aujourd’hui et ce n’est là qu’un exemple. On peut aussi évoquer d’autres exemples: un Chef d’Etat étranger qui envoie son armée envahir un pays voisin, dans le but de renverser le gouvernement de ce pays envahi, afin d’y installer un gouvernement à la solde et qui annexe une partie du territoire de ce pays par la force, c’est le monde d’aujourd’hui où le droit international public est méprisé, au profit de la loi du plus fort.
Les deux exemples illustrent comment le monde actuel a basculé irrésistiblement sur le plan géopolitique, en quittant les principes du droit international public mis laborieusement en place depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, pour réguler les relations entre les Etats souverains, sur la base du principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat et éviter ainsi à l’humanité de courir de nouveaux risques de guerre mondiale, pour s’installer dans le principe de la loi du plus fort où justement les Etats les plus forts ont le loisir de servir leurs intérêts, au mépris du droit public international. Ce sont justement les pays faibles, ceux qui ne sont pas suffisamment forts pour faire peur aux autres, qui vont en payer le prix, comme l’Ukraine et le Venezuela.
Il a suffi d’un homme, Adolphe Hitler, à la tête d’une puissance militaire, pour entraîner l’humanité dans la catastrophe de la Seconde guerre mondiale. L’élection de Donald Trump à la tête d’une super-puissance militaire semble avoir sonné le glas du droit international public. Hier le monde était bipolaire. Les deux super-puissances militaires, dotées de l’arme nucléaire, savaient les lignes rouges à ne pas dépasser, malgré les conflits armés dans lesquels elles étaient impliquées sur la planète, par le jeu de leurs intérêts et de la division du monde en deux blocs. La crise des missiles disposés à Cuba en octobre 1962 par l’Union soviétique n’avait duré que treize jours, mais le monde avait floré la catastrophe nucléaire.
Aujourd’hui, le recul est spectaculaire. C’est comme si le monde s’était lui-même préparé à y prêter le flanc. L’invasion de l’Ukraine par l’armée de la Fédération de Russie, telle que voulue par le Président Vladimir Poutine, est condamnable au regard du droit international. Certains pays n’ont pas voulu le voir dans ce sens, pensant à une histoire d’intérêts entre pays occidentaux et ceux du Sud global. Ce faisant, la communauté internationale a glissé incidemment dans le principe de la loi du plus fort. Une aubaine pour Donald Trump. Il l’a dit, en affirmant que «cette opération extrêmement réussie devrait servir d’avertissement à quiconque menace la souveraineté américaine ou met en danger des vies américaines…».
Bref, Donald Trump s’érige en gendarme du monde, suivant les intérêts des Etats-Unis. «Tous les responsables politiques et militaires au Venezuela devraient comprendre que ce qui est arrivé à Maduro peut leur arriver, et ça leur arrivera s’ils ne sont pas justes envers leur peuple. Le dictateur et terroriste Maduro a finalement quitté le Venezuela. Les gens sont libres. Ils sont à nouveau libres. Ça fait longtemps pour eux, mais ils sont libres», s’est-il félicité, en arguant que les États-Unis «dirigeront» le Venezuela, en attendant une transition «sûre». Tout ça, sur la base de quelle légitimité? La force.
Ainsi donc, la loi du plus fort est toujours la meilleure, comme le dit la Fable de La Fontaine, «Le loup et l’agneau». Mais, de l’autre côté, il faut reconnaître que le Président vénézuélien, Nicolas Maduro, s’est maintenu au pouvoir, après sa réélection contestée par l’opposition, en juillet 2024, par une répression barbare qui s’est retournée contre lui. Au point que sa capture par l’armée américaine a suscité des scènes de joie dans le pays. Pour les opposants au régime de Maduro, Trump est un «messie». Comme quoi, paradoxe des paradoxes, le droit international public et son principe de non-ingérence se sont affaiblis aussi parce qu’ils ont été le parapluie des dirigeants qui ne respectent pas la volonté de leurs peuples. Le droit, sans la force, n’est rien, car le monde n’est pas que peuplé d’agneaux et de moutons, il y a aussi des loups!
L’HORIZON AFRICAIN



