C’est par un communiqué signé le 5 novembre 2025, à Brazzaville, par son directeur de cabinet, Paul Malié, que le Ministère des finances, du budget et du portefeuille public a annoncé la levée de 670 millions de dollars (soit environ 381 milliards de francs Cfa) sur le marché international, à travers un eurobond de sept ans au taux d’intérêt de 9,875%, arrivant à maturité en novembre 2032. La nouvelle a eu un retentissement important au plan national où elle est beaucoup commentée. Après près de deux décennies d’absence, le Congo a ainsi signé son retour sur les marchés financiers internationaux, alors que jusque-là il se contentait du marché sous-régional où il traîne une ardoise non-négligeable.
L’opération de levée de fonds sur le marché financier international a été arrangée par Citigroup, une entreprise financière majeure basée à New York. Elle marque une étape importante dans la politique de refinancement de la dette congolaise et de relance de l’économie nationale. L’objectif de cet important emprunt est de refinancer les obligations intérieures arrivant à maturité entre novembre 2025 et février 2026 et à alléger la trésorerie nationale asphyxiée par les remboursements des dettes antérieures et le poids des dépenses de fonctionnement, notamment les salaires, les pensions, les bourses, les transferts, etc.
«Cette opération illustre le nouvel élan congolais: celui d’un pays qui conjugue discipline budgétaire, gouvernance exemplaire et ambition», a déclaré Christian Yoka, le ministre des finances, du budget et du portefeuille public qui a salué le succès de cet eurobond qu’il considère comme le fruit des réformes structurelles engagées depuis trois ans, notamment dans la gouvernance budgétaire, la transparence et la diversification économique.
«Parallèlement, Brazzaville a procédé à un rééchelonnement de 304,87 milliards de francs Cfa de dette intérieure, correspondant à deux échéances arrivées à maturité en octobre 2025. Cette opération, conduite avec les sociétés financières L’Archer et L.c.b capital, a permis de prolonger certaines maturités jusqu’à trois ans, offrant un allègement temporaire de la pression sur la trésorerie de l’État», signale-t-on du côté du Ministère en charge des finances.
Dans un article publié à ce sujet, l’économiste Lauric Ngouembé, ancien conseiller au Ministère en charge des finances, a lancé un véritable avertissement, en ces termes: «Le Congo devrait exploiter l’effet de levier induit par les sommes ainsi engrangées et tout mettre en œuvre pour créer de la valeur ajoutée, de telle sorte que, dans 7 ans, il puisse assurer le remboursement de sa dette. Or, la crainte est que les 381,11 milliards de francs Cfa pourraient essentiellement servir à régler les arriérés de dettes antérieures et à financer les dépenses de fonctionnement de l’État. Si tel est le cas, l’effet de levier attendu n’aurait pas lieu et le Congo devrait ainsi emprunter à nouveau pour faire face au service de ses dettes. Il risque bien d’aggraver le cercle vicieux de la dette et de tomber dans la banqueroute économique et financière. À la fin de la durée de maturation de cet emprunt obligataire de 7 ans, en novembre 2032, le Congo devrait assurer un service de la dette cumulé d’environ 415,41 milliards de francs Cfa (à taux de change constant). Ainsi, il devrait épargner 59,34 milliards de francs Cfa par an. Si en 2032, le Congo n’est pas en capacité de payer les 415,41 milliards de francs Cfa, la capitalisation des intérêts au taux de 10% crèvera ce plafond de la dette».
Au regard du poids des dettes et des sacrifices qu’en endurent les travailleurs, il n’y a pas d’euphorie à afficher à a suite de cet eurobond. Il faut plutôt renforcer la rigueur dans la gestion publique et même réduire le train de vie de l’Etat. Ne dit-on pas qu’un homme averti en vaut deux?
Jean-Claude DIATOU








