Tribune

Noël, fête de tout le monde; Noël exigence
de charité, de justice et d’égalité

L’on célèbre bientôt, dans le monde entier, la fête de Noël. Sa préparation bat son plein et indique plus ou moins le faste qui accompagne les célébrations de fin d’année: religieuses ou profanes. Dans nos villes et surtout dans nos marchés, c’est l’effervescence, avec les fêtes de Noël et du Nouvel an, malgré la misère et la pauvreté qui cisaillent nombre de Congolais. Quelle est actuellement la signification de Noël pour la majorité des Congolais? Celle de la fête des enfants? Celle des cadeaux? Ou celle de la bouffe?

La dimension spirituelle de l’évènement que les chrétiens fêtent, le 25 décembre, est incontestable: la naissance, parmi les pauvres, d’un enfant, Jésus, à Bethléem, il y a plus de deux mille ans. C’est la fête de la nativité, Dieu qui s’est fait homme et qui est venu apporter aux hommes, un message d’amour et de paix: «Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (in terra pax Hominibus bonae voluntatis)».
Par Dieudonné Antoine-Ganga, écrivain, ancien ministre
Ce message est malheureusement souvent déformé, confisqué, dénaturé, galvaudé par ceux-là même qui sont supposés le propager. Oh l’exécrable collusion encore trop réelle entre l’Eglise et l’argent, Dieu et Mammon! Ah, si les chrétiens pouvaient rester fidèles au sens de l’événement, en honorant au moins en Jésus-Christ, le non-conformiste qui a osé braver les institutions établies, leur dire que leurs actes n’étaient pas conformes à leurs paroles, que tous les êtres humains sont frères! Jésus, cet Homme en colère qui maniait le fouet pour chasser les marchands du temple!
Et les chants célestes dont les chorales nous abreuvent pour célébrer Noël, ne couvriront pas plus cette année que d’autres, les cris de détresse qui montent des villages et hameaux des sinistrés, qui montent de nos villes et villages, ni les larmes silencieuses des veuves, des orphelins, des enfants de la rue, des enfants des pauvres, des vieillards solitaires, des clochards dormant à même le sol aux carrefours des grandes avenues ou dans les marchés, des diplômés sans emploi, des chômeurs et des retraités «maltraités», désespérés qui devront se contenter du spectacle de l’opulence des autres.

Noël est d’abord la fête de l’homme et de ses droits

Evêques, prêtres, pasteurs, diacres et autres évangélistes ainsi que tous les chrétiens devaient rendre à Noël, sa vérité et son actualité. Sa vérité, car si Dieu s’est fait Homme comme l’annonce l’Evangile, Noël est d’abord la fête de l’homme et de ses droits qui prennent ce jour-là une dimension d’éternité. Son actualité, car Dieu sait si les droits de l’homme, solennellement proclamés par les Nations unies et repris dans la Constitution de notre pays, le Congo, vivent aujourd’hui des temps des  incertitudes: l’errance; l’exil; l’exclusion; la faim; le long retard du paiement des pensions des veuves et des retraités; le chômage; le manque de structures sanitaires et scolaires; les angoisses; les soucis quotidiens; la prison et son horreur qui atteignent l’homme dans sa dignité et au cœur de lui-même, qui le rongent.
On ne le dira jamais assez, comme on ne combattra jamais assez pour la liberté et pour la paix. Mais, les droits de l’homme ne s’arrêtent pas là où commencent la prison ou l’exil ou encore l’errance. Et il existe d’autres exils, d’autres prisons et d’autres errances que nous semblons ignorer.
Par exemple, le père de famille stressé, malade, harcelé par les usuriers ou qu’un implacable désordre économique laisse sans emploi et donc sans salaire, est un exilé dans son propre quartier. Lui aussi marche à la recherche d’un bonheur et d’un avenir où sera reconnu son droit à l’existence en même temps que sa dignité.
Et que dire du jeune sans emploi, réduit au chômage avant même d’avoir travaillé?  Que dire de l’enseignant vacataire ou volontaire qui attend in fine son embauche définitive et sa titularisation? Que dire du retraité, délaissé et abandonné sans pension? Et quand sera-t-il jour de bonheur pour ces adolescents, pour ces adolescentes, pour ces jeunes filles-mères qui vendent à la criée, dans nos rues, dans les carrefours, dans les ronds-points, des sachets d’eau glacée et de jus de gingembre, des tranches de noix de coco, des tranches des mangues mûres ou vertes assaisonnées de piment, des pots de crème lactée et glacée? Ils travaillent, les pauvres, douze à treize heures par jour, sous une chaleur torride, accablante voire suffocante, pour un bénéfice dérisoire de misère.

Les droits de l’homme doivent être respectés, sans exception
Il serait souhaitable qu’en ces périodes de l’Avent et de Noël, les chrétiens rappellent à tous, cette vérité et sauvent l’honneur: qu’il n’est pas de foi qui vaille qui ne se situe, par principe, du côté des faibles, des exclus et des opprimés; que la dévotion des riches et des puissants ne pèse pas.
Qui d’entre nous ignore le pauvre Lazare aux portes de leurs banquets? Que les droits de l’homme, tous sans exception, doivent être respectés: le droit de penser et d’écrire; le droit de rire et de dire publiquement ce que l’on pense. Mais aussi le droit de travailler, d’aller à l’école, d’être soigné lorsqu’on est malade, le droit de se reposer, de jouir de sa retraite dans la dignité et enfin le droit de manger et de vivre. Ces droits n’ont pas la moindre chance d’être respectés et garantis à tous, aussi longtemps que la richesse, l’arrogance et le bonheur de quelques-uns seront nourris dans notre pays, par la misère et le malheur des autres.
En ces périodes de l’Avent et de Noël, l’occasion est donc donnée aux chrétiens, aux croyants, pour affirmer haut et fort que le seul message de Noël est commun à «tous les hommes de bonne volonté», qu’ils croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas. C’est leur raison d’être, eux les chrétiens qui attendent le Christ; leur attente n’est pas et ne doit pas être une attitude de passivité, une démission par rapport au monde où comme l’a affirmé Saint Jean-Paul II, «la menace du mal qui s’enracine si facilement dans le cœur des hommes d’aujourd’hui et qui, avec ses effets incommensurables, pèse déjà sur la vie actuelle et semble fermer les voies vers l’avenir!». Il s’agit, pour eux, «d’aller avec courage sur le chemin de la justice à la rencontre du Seigneur».
Qu’ils ne se lassent point de la clamer, d’un Noël à l’autre et tous les jours que Dieu a faits: c’est l’exigence de la charité, de la justice, de l’égalité, de la liberté, de la fraternité, de la tolérance, de la paix et du bonheur entre les hommes. Cette exigence qui est au cœur de tous les hommes: les chrétiens, les croyants et les non-croyants en général et des Congolais en particulier. Bonnes fêtes de Noël et de nouvel an!
Dieudonné ANTOINE-GANGA
Noël en Afrique

Noël avec la Chorale Tanga-Ni-Tanga de la Paroisse Saint Pierre Claver de Bacongo (Brazzaville)

Avec la Chorale Ngunga de la Paroisse Saint Jean-Marie Vianney de Mouléké (Brazzaville)

 

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