Le C.a.d (Centre d’actions pour le développement), après une récente descente effectuée du 11 au 26 décembre 2024, dans le Parc national de Ntokou-Pikounda, exprime à nouveau ses plus vives préoccupations concernant la persistance des effets néfastes causés par l’activité de conservation sur les communautés riveraines et l’absence de mesures correctives crédibles, garantissant les droits fondamentaux des communautés locales et autochtones vivant dans et autour du parc. Le C.a.d rappelle au gouvernement congolais et son partenaire, le W.w.f (World wide Fund for nature), la nécessité impérieuse de se conformer aux obligations qui leur incombent en vertu du droit national et international. Leurs interventions à ce jour restent insuffisantes et les problèmes structurels persistent.

En effet, 12 ans après sa création, le Parc national de Ntokou-Pikounda ne dispose toujours pas d’un plan d’aménagement, alors que celui-ci devrait être disponible et accessible à tous, avant le commencement des activités de conservation. L’article 7 du décret instituant la création de cette aire protégée indique: «L’ensemble des activités à mener dans le parc est précédé de l’élaboration d’un plan d’aménagement…». Le gouvernement congolais et son partenaire W.w.f continuent donc d’opérer en toute illégalité, au détriment des communautés locales et autochtones impactées par les activités de ce parc.
En l’absence d’un plan d’aménagement, les limites demeurent floues, les règles de gestion inconnues et les droits fondamentaux des communautés difficilement réalisables et menacés par l’incertitude. Cette situation, combinée aux restrictions imposées par le parc, entretient des frustrations importantes au sein des communautés. Celles vivant à l’intérieur de cette aire protégée sont particulièrement marginalisées, subissent toutes sortes d’humiliation et sont appauvries. Il est plus urgent que jamais d’obtenir un plan d’aménagement pour ce parc, afin de garantir la dignité et le respect des droits fondamentaux des communautés.
De surcroît, l’absence d’une étude d’impact environnemental et social, une exigence légale, constitue une illégalité supplémentaire de la part de W.w.f et du gouvernement congolais. Cette étude d’impact environnemental et social est une obligation avant les activités du parc. Elle permet d’évaluer sérieusement l’impact du projet de conservation et de proposer des mesures d’atténuation.
Par ailleurs, depuis 2018, les gestionnaires du Parc national de Ntokou-Pikounda ont émis des restrictions de navigation sur la rivière Bokiba. Cette mesure entrave la libre circulation des personnes et des biens et constitue une menace sérieuse pour le droit à la vie des membres des communautés locales et autochtones, notamment pendant les campements de pêche communautaire. Cette interdiction cruelle est à l’origine de pertes en vies humaines évitables.
M. Arsène, père de famille, a perdu son garçon de 13 ans, le 26 octobre 2024, dans un campement de pêche, trois jours après la dégradation de son état de santé. Le père de l’enfant a été dans l’incapacité de sortir rapidement du campement de pêche avec l’enfant, pour l’emmener dans un centre de santé. Ce drame, pourtant évitable, est survenu à cause de cette interdiction de posséder des pirogues motorisées dans les campements. Pourtant, avant les activités du parc, les pêcheurs pouvaient avoir leurs propres pirogues motorisées dans les campements et se mouvoir librement en cas de nécessité.  L’instauration de ce régime restrictif expose donc ces communautés à des risques graves.
Ces incidents ont déjà été rapportés. Notre organisation en a aussi documenté d’autres dans son rapport intitulé Parc national Ntokou-Pikounda : quand le bonheur des uns impose la misère aux autres. Le maintien de ce régime restrictif traduit un réel mépris pour les droits humains, en particulier le droit à la vie. Le C.a.d exige la suppression de la restriction et l’autorisation d’accès immédiat et sans entrave sur la rivière Bokiba aux communautés locales et autochtones vivant à l’intérieur et en bordure du Parc national. Les activités de surveillance menées par le parc pourront bien vérifier l’usage licite ou illicite des pirogues motorisées sur la Bokiba.
Nos préoccupations portent également sur les atteintes répétées aux droits humains individuels, notamment les arrestations arbitraires, les mauvais traitements et les atteintes à la vie privée, etc, commises par les écogardes. Notre organisation, avec quelques victimes, a récemment déposé une nouvelle plainte avec constitution de partie civile au Tribunal de grande instance de Ouesso, dans le Département de la Sangha, contre le parc et certains écogardes. Toutefois, depuis la publication de notre étude, le parc a mené quelques actions de renforcement des capacités en droits humains. Lors de la récente visite effectuée par le C.a.d, nous avons constaté une diminution des allégations de violations des droits humains dont sont responsables des écogardes. Le C.a.d demande, au gouvernement et à W.w.f:
– la publication, avant la fin de l’année 2025, de l’étude d’impact environnemental et social et de se doter dans la même période d’un plan d’aménagement de qualité qui consacre la reconnaissance des terres et des ressources communautaires, un accès équitable aux ressources et l’instauration d’un modèle de gestion participative;
– un accès immédiat et sans entrave sur la rivière Bokiba aux communautés locales et autochtones vivant à l’intérieur et en bordure du parc.
Aux bailleurs engagés dans la protection des écosystèmes d’Afrique centrale et qui appuient le gouvernement congolais et W.w.f, le C.a.d demande de conditionner leur aide au gouvernement congolais et à W.w.f par la publication d’un plan d’aménagement et l’étude d’impact environnemental et social, et de faire en sorte que les communautés locales et autochtones aient à nouveau un accès immédiat et sans entrave sur la rivière Bokika.

(Communiqué de presse du CAD)

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