C’est parce qu’ils étaient différents qu’ils ont été amis et frère. C’est comme si Philophrosyne s’était penchée sur leurs couches à la naissance. Parce que rien ne les dispose à se rencontrer; ils sont d’origine ethnique différente, de parcours intellectuel différent et surtout, de configuration idéologique différente. L’un se réclamait publiquement du tribord, l’autre était notoirement de bâbord. Ce dernier s’était même qualifié de dernier dinosaure communiste. Mais, ils étaient amis, de cette amitié «plus rare et plus exigeante, qui a pour fondement la vertu et pour but le bien».
A cette vertu et à ce but, ils ont essayé, autant que faire se peut, de donner corps, chacun à sa manière et avec des fortunes différentes. On ne les juge pas; il y a tellement de choses à dire, avec une révolution qui a bouffé ses propres enfants, et une bourgeoisie qui ne connaît pas la distance entre sa poche et celle des éphémères.
Il reste qu’ils ont été amis, qu’ils nous ont prouvé qu’il était possible de vivre ensemble dans une diversité de fortunes. Parce que l’un et l’autre n’étaient pas l’un ou l’autre. Ce n’était même pas l’unité des contraires; c’était la fusion des contraires.
Ce n’est pas comme l’incongruité des éphémères d’aujourd’hui, qui n’arrivent ou ne veulent pas établir des plans pour la concorde nationale, en rendant à chaque citoyen, de manière juste et droite, les bons offices qu’exige l’appartenance à la communauté nationale.
Prométhée

