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Pour les évêques du Congo, «il n’y a eu ni cession, ni vente, ni spoliation de terres congolaises au profit du Rwanda». Lire aussi notre commentaire!

Pour les évêques du Congo

«Il n’y a eu ni cession, ni vente, ni spoliation de terres congolaises au profit du Rwanda»

Selon un communiqué publié le vendredi 24 mai 2024, par l’abbé Vivien Carol Etouolo, secrétaire général de la C.e.c (Conférence épiscopale du Congo), les évêques du Congo-Brazzaville se sont réunis en «session extraordinaire, du 21 au 24 mai 2024, à Brazzaville, pour examiner, entre autres points à l’ordre du jour, la question de l’accord-cadre de partenariat économique, de la promotion et de la protection des investissements entre la République du Congo et la République du Rwanda, du 12 avril 2002».

Le Premier ministre Collinet Makosso (au milieu) pendant la séance de travail avec les évêques du Congo.
Les évêques du Congo pendant la séance de travail avec le Premier ministre.
Mgr Bienvenu Manamika, archevêque de Brazzaville (au premier plan), pendant la séance de travail.
Reconnaissant que «cet accord étant l’objet de nombreuses inquiétudes et interrogations au sein du peuple congolais, les évêques et pasteurs, également préoccupés, ont souhaité une audience avec le Premier ministre aux fins d’en comprendre le contenu».
Ainsi, les évêques du Congo «ont été reçus en audience par le Premier ministre,  accompagné de sept membres du gouvernement, le jeudi 23 mai, à 15h. C’en est suivi un échange serein et fructueux d’environ deux heures trente minutes, au cours duquel le Premier ministre a mis à la disposition des évêques, les documents et autres supports liés au protocole d’accord entre le Congo et le Rwanda», poursuit le communiqué. Celui-ci précise que «dans le même but de comprendre ces accords, le Conseil permanent des évêques a reçu l’ambassadeur du Rwanda auprès de la République du Congo. Eu égard aux documents auxquels ils ont eu accès, il ressort de l’analyse des évêques, les conclusions suivantes:
1- il n’y a eu ni cession, ni vente, ni spoliation de terres congolaises au profit du Rwanda;
2- les protocoles signés concernent cinq «autorisations provisoires d’occuper» d’une durée de deux ans renouvelables et un décret «d’autorisation expresse d’occuper», d’une durée de 20 ans;
3- les protocoles d’accord sont encadrés par les textes législatifs en vigueur au Congo-Brazzaville (Cf Le Journal Officiel);
4- conformément aux contenus des textes, il s’agit de protocoles dont le but est d’être «gagnant-gagnant»;
5- les évêques ont suggéré au Premier ministre de mettre ces protocoles d’accord à la disposition du grand public, dans un souci de transparence et de faire une sensibilisation explicative de proximité.
Les évêques du Congo-Brazzaville, tout en félicitant le peuple de Dieu, les femmes et hommes de bonne volonté pour leur attachement à la préservation du patrimoine national, rassurent la population qu’ils demeureront attentifs et vigilants quant au suivi de l’application des termes exacts de ces accords».
Notre commentaire

Les évêques du Congo n’ont pas perçu le vrai problème

La précipitation avec laquelle ils ont tiré leur conclusion sur la question de l’attribution des terres agricoles au Rwanda par le gouvernement congolais a empêché les évêques du Congo de percevoir les causes réelles qui sont à l’origine des inquiétudes de la majorité des Congolais sur les décisions du gouvernement. S’il faut saluer leur initiative de s’approcher du Premier ministre pour avoir les éléments du dossier et la promptitude avec laquelle le Premier ministre, chef du gouvernement, Anatole Collinet Makosso, les a reçus, ce qui témoigne de l’existence de bonnes relations entre l’Eglise et l’Etat, la conclusion que les évêques ont tiré de l’analyse de cette question n’est qu’un écho à la position du gouvernement qui semble ne pas prendre en compte les inquiétudes de son peuple.
Depuis les encycliques «Rerum novarum» du Pape Léon XIII, «Quadragesimo anno» de Pie XII et «Mater et magistra» de Jean XXIII, l’Eglise a développé un regard rigoureux et percutant de la réalité sociale sans cesse en progrès, enrichissant ainsi son enseignement social qui trouve un large écho dans le monde, au-delà même de ses propres frontières. A partir de là, on ne peut s’imaginer que la préoccupation de ses dirigeants soit de faire écho aux positions des gouvernants.
Dans notre situation, la question fondamentale est celle de savoir: pourquoi le peuple congolais s’inquiète-t-il de l’attribution de terres agricoles au Rwanda?
Pourtant, le gouvernement a déjà eu à attribuer des terres agricoles à des sociétés sud-africaines de fermiers blancs, sans que cela n’ait suscité de réactions hostiles de la part des Congolais. Il ne s’agit jamais de vente, mais de location de terres. Pourquoi une levée de boucliers de la part du peuple congolais, lorsqu’il s’agit des Rwandais? S’agit-il de xénophobie? Voilà la préoccupation qui devrait motiver la démarche des évêques, s’ils veulent chercher à apaiser les inquiétudes de leurs compatriotes. Ils auraient pu aussi prendre le temps d’écouter les organisations de la société civile intéressées par cette question et la classe politique congolaise (majorité, centre, opposition), avant de tirer leur conclusion.
Pour comprendre l’attitude des Congolais qui s’inquiètent, il faut regarder le grand pays voisin, la RD Congo, et chercher à comprendre la guerre qui sévit dans la Province du Nord-Kivu, entre le mouvement rebelle, appelé M23, et les F.a.r.d.c (Forces armées de la République Démocratique du Congo).
Le M23 est un mouvement rebelle fondé en avril 2012, à la suite d’une mutinerie des soldats contre le gouvernement de Kinshasa, sous l’ère du Président Joseph Kabila. Ces soldats, intégrés dans l’armée, refusaient d’être affectés dans d’autres provinces du pays, voulant seulement rester dans le Nord-Kivu où ils contrôlent les trafics de minerais et où leur communauté pratique l’élevage et l’agriculture. Ce mouvement rebelle, constitué par de soldats tutsis congolais, fut conduit, à sa création, par un certain Bosco Ntaganda, de son vrai nom Bosco Rutaganda Ntibatunganya, né en 1973, au Rwanda. Il fut surnommé «Terminator», pour ses massacres contre les populations congolaises du Nord-Kivu. Il a été condamné en novembre 2019, par la C.p.i (Cour pénale internationale) à 30 ans d’emprisonnement, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Avec la reprise de la guerre en 2021, les Nations unies accusent le Rwanda de soutenir le M23, mais le gouvernement de Kigali dément toujours. Le moins qu’on puisse dire est que la guerre dans la Province du Nord-Kivu, frontalière du Rwanda, est la conséquence de la difficile intégration sociale des populations tutsi d’origine rwandaise, quand bien même leur présence dans les territoires de Masisi et de Walikale remonte au 16ème siècle. Les conflits fonciers, entre agriculteurs et éleveurs, sont à l’origine des violences ethniques récurrentes.
Au regard de la guerre dans le Nord-Kivu, impliquant les Rwandais, les Congolais du Congo-Brazzaville éprouvent une grande inquiétude que cela n’arrive, un jour, dans leur pays, si on laisse des paysans rwandais s’installer sur des terres agricoles congolaises, même si c’est pour une simple «occupation expresse de 20 ans». Ils ne veulent pas laisser, aux générations futures, un héritage qui sera difficile à gérer. La guerre à l’Est de la RD Congo, avec ses massacres, a créé des stéréotypes très défavorables aux Rwandais, dans l’imaginaire collectif des populations d’Afrique centrale.
Il y a d’autres interprétations. Les Congolais ne veulent pas être considérés comme des complices des Rwandais dans la guerre à l’Est de la RD Congo. Pire, le décret «d’autorisation expresse d’occuper», délivré au Rwanda, est interprété comme une possibilité donnée au Président rwandais, Paul Kagame, de créer une base arrière au Congo-Brazzaville, à partir de laquelle l’armée rwandaise va attaquer le côté Ouest de la RD Congo, et notamment la capitale, Kinshasa.
Par contre, le peuple congolais n’est pas du tout opposé à la coopération entre leur pays et le Rwanda. C’est l’amalgame à éviter. La coopération n’impliquant pas nécessairement leur terre. Cependant, il se sent plus proche du peuple de la RD Congo, avec qui il partage une même culture et des langues, mais dont le sort à l’Est leur inspire une grande pitié. Ils ne sont pas d’accord avec ce que fait le Président Paul Kagame à l’Est de la RD Congo. Voilà ce que les évêques devraient faire comprendre à notre gouvernement, en le conseillant de retirer les accords fonciers avec le Rwanda, pour maintenir «l’accord-cadre de partenariat économique» dans d’autres domaines, plus bénéfiques pour les deux pays. Surtout que ces accords fonciers sont établis, sans l’avis du parlement.
Jean-Clotaire DIATOU

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