Maison de la mémoire africaine
Pour une journée commémorative dédiée
à Brazzaville en France
La République du Congo a célébré, le 15 août 2025, le 65ème anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. C’est la date symbolique choisie par Marcellin Mounzéo Ngoyo, écrivain, entrepreneur et acteur politique congolais basé en France, pour adresser une lettre ouverte au Président français Emmanuel Macron. Dans cette lettre, le président de la Maison de la mémoire africaine, une institution culturelle et scientifique dédiée à la valorisation du patrimoine historique de l’Afrique, plaide pour l’instauration d’une journée commémorative en France dédiée à Brazzaville, ancienne capitale de la France-Libre.
Dans la première partie de sa lettre, Marcellin Mounzéo Ngoyo rappelle le rôle joué par Brazzaville, pendant la période coloniale. «À l’occasion du 65ème anniversaire de l’indépendance de la République du Congo, je me permets, très respectueusement, de vous adresser cette lettre, en ma qualité de président de la Maison de la mémoire africaine, institution culturelle et scientifique dédiée à la valorisation du patrimoine historique de l’Afrique. Brazzaville, ville oubliée et méconnue, mais ô combien symbolique, fut un bastion de la France Libre, un carrefour diplomatique et un témoin silencieux des grandes mutations du 20ème siècle. Elle a accueilli:
– le 18 juin 1940: évocation de l’Appel du 18 juin 1940, qui marque le début du mouvement de la France libre, dont Brazzaville est devenue un centre stratégique;
– le 27 octobre 1940: date de la proclamation du Manifeste de Brazzaville (1940), faisant de Brazzaville la première capitale de la France libre, sous l’impulsion de Charles de Gaulle;
– le 8 février 1944: date de clôture de la Conférence de Brazzaville, moment fondateur du dialogue franco-africain, qui a marqué un tournant dans les relations entre la France et ses colonies et a posé les bases d’une évolution vers l’indépendance;
– le 16 novembre 1944: date du décès de Félix Éboué, gouverneur de l’Afrique équatoriale française et figure essentielle du ralliement de Brazzaville à la résistance gaulliste», écrit-il.

Dans une deuxième partie, il justifie sa proposition. «En outre, Brazzaville fut le théâtre du Protocole de Brazzaville en 1988, qui précéda la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et de biens d’autres conférences et rendez-vous historiques. Pourtant, cette mémoire partagée reste en marge des grands récits nationaux et internationaux. À l’heure où les sociétés cherchent à réconcilier histoire et avenir, il est urgent de replacer Brazzaville au centre d’un souvenir collectif, porteur de sens, de dignité et de réconciliation. C’est pourquoi je vous propose, Monsieur le Président, d’initier un projet de loi ou une journée commémorative internationale dédiée à Brazzaville, à l’image des célébrations du Débarquement ou de l’Armistice. Comme vous avez su le dire à Montpellier en 2021, ce n’est pas de la repentance certes, mais de la reconnaissance», poursuit-il.

«Dans un monde en quête de repères, où les récits historiques doivent être rééquilibrés, une telle initiative permettrait: de reconnaître le rôle, ô combien oubliée, de cette grande capitale dans l’histoire de la France, de l’Europe et de l’humanité; de reconnaître le rôle historique de Brazzaville dans la lutte pour la liberté et les droits humains; de renforcer les liens entre la France et le Congo dans une dynamique de mémoire active et partagée; de mobiliser les diasporas africaines autour d’un projet fédérateur et porteur d’avenir; de promouvoir une diplomatie culturelle fondée sur le respect, la reconnaissance, la transmission et la dignité», poursuit l’acteur politique congolais.

«Ce plaidoyer n’est pas une demande de réparation, mais une invitation à bâtir ensemble une mémoire active et vivante, capable d’inspirer les générations futures et de réconcilier les histoires croisées de nos peuples: Brazzaville mérite d’être honorée, respectée et reconnue, non pour ce qu’elle fut seulement, mais pour ce qu’elle peut encore incarner: un lieu de convergence, de dialogue et d’espérance», conclut-il. Signalons que Marcellin Mounzéo Ngoyo a publié, en 2024, «Mon combat pour l’Afrique», un essai géopolitique et humaniste appelant à une Afrique debout, libre et souveraine.
Nana KABA










