De la Grèce à l’Afrique, se dégage une même leçon pour la France et les pays africains francophones: un battement d’ailes à Athènes et c’est tout un système qui vacille. En effet, la crise de la dette grecque, au début des années 2010, a été bien plus qu’une tragédie nationale: elle a révélé la fragilité d’un monde financier interconnecté, où la dette d’un pays peut devenir la faille de tous. Quinze ans plus tard, la France et plusieurs pays africains vivent, à leur tour, les secousses de ce battement d’ailes initial. La dette publique, autrefois instrument de développement et de solidarité, est devenue le thermomètre de nos vulnérabilités. Et dans un monde où les taux d’intérêt, les guerres et les marchés décident du destin budgétaire des Nations, aucun État n’est à l’abri du souffle du papillon grec.
La Grèce, le premier battement?
Tout commence à Athènes. En 2010, la Grèce révèle au monde ce que beaucoup refusaient de voir: une dette publique hors de contrôle; des comptes falsifiés et un État incapable de financer ses dépenses autrement qu’en empruntant. Les plans de sauvetage successifs du F.m.i (Fonds monétaire international) et de l’Union européenne éviteront le naufrage, mais au prix d’une austérité brutale: chômage record; chute du P.i.b (Produit intérieur brut); explosion de la pauvreté.
La leçon est universelle: une dette partiellement ou non-maîtrisée ne détruit pas seulement des équilibres budgétaires, elle brise des sociétés. Et surtout, elle prouve qu’aucune économie, fût-elle européenne, n’est à l’abri de la défiance des marchés.
La France: un modèle à crédit?
La France, aujourd’hui, semble bien loin de la Grèce. Et pourtant, les chiffres interrogent: une dette publique de plus de 110% du P.i.b; un déficit chronique; une croissance fragile. Le modèle social français, pilier d’un pacte républicain fort, repose de plus en plus sur une dette permanente. Or, lorsque les taux d’intérêt remontent, comme depuis 2022, chaque euro emprunté coûte plus cher et chaque réforme devient politiquement plus explosive.
L’effet papillon grec se fait sentir à Paris: la confiance des marchés n’est jamais acquise. La France doit, désormais, arbitrer entre maintenir sa protection sociale, investir dans la transition écologique et maîtriser ses finances. Et derrière cette équation budgétaire, se cache une question de souveraineté: peut-on encore décider librement de ses politiques publiques lorsqu’on dépend de la bienveillance des créanciers?
L’Afrique: l’effet de ricochet mondial?
Sur le continent africain, la dette a longtemps été synonyme de renaissance. Après les annulations des années 2000, plusieurs pays ont retrouvé les marchés internationaux, pour financer routes, ports, écoles, hôpitaux. Mais, l’élan de développement s’est peu-à-peu transformé en spirale: la dette africaine, souvent libellée en dollars, devient de plus en plus difficile à rembourser, à mesure que les taux montent et que les devises locales s’affaiblissent.
Aujourd’hui, nombre d’États consacrent plus du tiers de leurs recettes publiques au seul service de la dette. Un choc extérieur (hausse des taux américains, chute des prix du pétrole, guerre en Ukraine), suffit à déséquilibrer les budgets. La mondialisation financière, qui devait apporter la prospérité, expose désormais les pays africains à des crises importées. Quand la B.c.e tousse, l’Afrique s’enrhume.
Pour une nouvelle philosophie de la dette
La dette n’est pas un mal en soi. Elle peut être un levier de développement, un pari sur le futur. Mais, elle devient dangereuse lorsqu’elle finance la consommation plutôt que la transformation.
Qu’il s’agisse de la France ou de l’Afrique, il est temps de réinventer la dette comme outil de souveraineté et non comme symptôme de dépendance. Cela suppose:
– des États plus transparents et responsables dans la gestion de leurs budgets;
– des créanciers plus éthiques dans leurs conditions de prêt, et une gouvernance mondiale qui cesse de traiter la dette africaine comme un fardeau exotique, mais comme un enjeu systémique global.
Somme toute, de la Méditerranée à l’Afrique centrale, la dette fait battre les ailes d’un papillon qui relie nos économies, nos fragilités et nos destins. La crise grecque fut le signal d’alarme. Les déséquilibres français et africains en sont les répliques. Tant que la dette servira à combler nos failles plutôt qu’à bâtir l’avenir, le battement d’ailes du papillon continuera de résonner. Et ce souffle, doux en apparence, peut à tout moment se transformer en tempête.
Charles Abel KOMBO
Economiste et observateur des politiques publiques








