Dans un Congo confronté à la précarité sociale et à une crise silencieuse de repères éthiques, la transmission de l’histoire nationale interroge. Les héros congolais, longtemps cantonnés aux commémorations officielles, peuvent-ils encore parler à la jeunesse d’aujourd’hui et raviver en elle l’amour de la patrie, le sens du sacrifice de soi et l’envie de construire l’avenir commun?
En quête de modèles, une grande partie de la jeunesse congolaise grandit dans un contexte marqué par les difficultés socio-économiques et une forte exposition aux modèles venus d’ailleurs. Stars du sport international, influenceurs des réseaux sociaux ou figures de réussite rapide occupent largement l’imaginaire collectif de la jeunesse congolaise, comme dans d’autres pays africains d’ailleurs. Dans ce paysage, les héros nationaux congolais semblent souvent relégués aux discours officiels, aux noms de rues, places et édifices publics ou aux commémorations officielles ponctuelles. Pourtant, leur rôle pourrait être bien plus inspirateur si la jeunesse congolaise s’intéressait à leurs modèles.
Des héros pour comprendre l’histoire, pas pour la figer. Des figures emblématiques comme Mabiala-Ma-Nganga, Bouéta-Mbongo, Obambé Mboundzé, André Grenard Matsoua, Jean Félix-Tchicaya, Jacques Opangaut, Fulbert Youlou, Robert Stéphane Tchitchellé, Simon-Pierre Kikhounga-Ngot, Marien Ngouabi, des leaders politiques et syndicalistes, des sportifs et acteurs culturels ont marqué l’histoire du territoire du Congo à différentes époques.
Pour la jeunesse d’aujourd’hui, ces héros ne doivent pas être présentés comme des personnages idylliques, mais comme des acteurs pouvant inspirer le combat pour la défense de nos libertés, le respect de notre souveraineté et le développement de notre pays. Un héros crédible est un être humain inscrit dans son contexte, avec ses forces, ses limites et parfois même ses contradictions. C’est cette approche qui permet aux jeunes de s’identifier et de tirer des enseignements utiles, pour donner sens à leur engagement au service de la patrie.
Au-delà des faits historiques, ce que les héros nationaux doivent transmettre à la jeunesse congolaise, ce sont avant tout des valeurs: le courage face à l’oppression; le sens du collectif; la dignité; l’engagement pour une cause plus grande que soi; la résistance à l’injustice. Dans un pays où beaucoup de jeunes doutent de leur avenir, ces valeurs peuvent servir de boussole morale et citoyenne.
Dans un monde globalisé, raconter et expliquer la vie des héros nationaux, les causes pour lesquels ils se sont mobilisés, c’est aussi affirmer que notre pays possède sa propre histoire, ses propres combats et ses propres figures de référence. Pour de nombreux observateurs, un peuple qui ne raconte pas ses héros laisse d’autres raconter son histoire à sa place. Pour la jeunesse, cette transmission est essentielle pour construire une identité citoyenne assumée sans complexe face à l’extérieur.
À quoi ressemble l’engagement citoyen au 21ème siècle? Contre quelles formes d’injustice faut-il désormais lutter? Cette approche critique permet à la jeunesse de comprendre que chaque époque a ses combats et que l’héroïsme ne se limite pas aux champs de bataille ou aux grands discours. Un héros national ne doit pas seulement appartenir au passé. Il doit être un appel à l’action, ici et maintenant: s’engager dans la vie communautaire, entreprendre, créer, informer, dénoncer, proposer. Dans ce sens, les héros nationaux ne sont pas des modèles à copier, mais des sources d’inspiration pour inventer de nouvelles formes d’engagement, adaptées aux réalités actuelles du développement intégral du Congo. Redonner vie aux héros congolais à l’école, dans les médias, sur les plateformes numériques, non pour glorifier le passé, mais pour éclairer le présent et préparer l’avenir, doit préoccuper les dirigeants nationaux, pour permettre à la jeunesse de mieux s’engager au service de leur patrie.
Céleste Exaucé
SINDOUSSOULOU








