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Que faut-il faire pour l’avenir de la jeunesse congolaise?

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Dieudonné Anatoine-Ganga

A défaut d’actions correctives sur les jeunes, il vaudrait se tourner vers des actions préventives sur les générations futures. Comme l’a écrit Jean-Jacques Rousseau au 18ème siècle, «l’homme est naturellement bon et c’est la société qui le déprave». Ce qui signifie que les enfants naissent innocents et sans malice, jusqu’à l’âge de raison. C’est au contact de la société, de l’école et, surtout, du choc des cultures dans les agglomérations urbaines qu’ils forgent leurs caractères et que des sentiments divers les habitent. Dans ces conditions, que faut-il faire pour l’avenir de la jeunesse congolaise?

La famille

Tout d’abord, il revient à la famille de réhabiliter et de sauver, coûte-que-coûte, la jeunesse marginalisée. Malheureusement, il sied de signaler que la probabilité de succès de cette approche, au niveau de la famille, serait faible, parce que tous ces jeunes sont déjà pris dans l’engrenage de l’accoutumance et de l’addiction. La plupart d’entre eux ont franchi la barrière de la honte et du qu’en dira-t-on; «on part, on part» ou «s’en fout la mort» sont leurs devises. Ils assument, désormais, leurs modus vivendi et operandi. Ils se sentent bien dans leur peau. Dommage!
Un autre phénomène s’est développé dans les grandes cités urbaines congolaises: les enfants de la rue. Ces enfants ont fait de la rue, des carrefours ou des marchés, leurs domiciles, en raison des circonstances particulières.
Tout d’abord, ce sont les ruptures et les éclatements des cellules familiales qu’il faut incriminer, car dès le décès de l’un des parents ou des deux, les enfants sont abandonnés à eux-mêmes, la plupart du temps, parce que chassés avec leurs mères veuves, du domicile conjugal, par les neveux et les autres parents du de cujus. Ainsi, ne pouvant plus aller à l’école ou, parfois même, n’ayant rien à manger, ils sont abandonnés à eux-mêmes, devenant ipso facto des mendiants. Même dans les villages où ils étaient, les foyers d’éducation et d’accueil des orphelins, grâce à la solidarité familiale, les mbonguis ont disparu. La solidarité d’antan commence à disparaître ou a disparu, au profit malheureusement de l’égoïsme et de l’individualisme, chacun cherchant toujours à tirer la couverture de son côté.
Ensuite, l’autre cause réside dans les problèmes économiques et sociaux. En effet, certaines familles éclatent ou ont éclaté sous le poids des charges que les pères et mères de famille ne peuvent plus supporter. Ce qui engendre l’éclatement et la dispersion de la cellule familiale. A ce propos, il faut souligner que l’on assiste, au Congo, à un exode rural poussé et à une urbanisation galopante qui a pour corollaire, la transition sociologique, en l’occurrence la mutation du modus vivendi traditionnel au modus vivendi moderne. Jadis et jusqu’à une époque récente, nos villages vivaient dans l’autarcie et dans une économie fermée de traite et de subsistance, où les denrées alimentaires étaient disponibles et à foison dans les champs et l’alimentation carnée fournie par les animaux domestiques et les gibiers. Peu de dépenses étaient exigibles et effectuées.
Désormais, avec la vie moderne, les Congolais sont entrés dans l’économie marchande où tout doit se négocier avec de l’argent: la nourriture, la santé, l’éducation, etc. C’est devant cette équation que se trouvent beaucoup de Congolais désœuvrés (l’oisiveté étant la mère des vices), parce que n’ayant pas les moyens ni la formation adéquate pour exercer un métier en vue de s’assurer un salaire minimum qui est parfois payé irrégulièrement. D’où le spectre de la misère, de la pauvreté et de la clochardisation quotidiennes.

L’Etat congolais

Le gouvernement devrait appliquer avec rigueur la Loi Portella de 1960, contre la délinquance juvénile et arrêter un programme de développement qui consisterait à éradiquer la pauvreté, la misère et la clochardisation de la population, en se focalisant sur la jeunesse, la pépinière et l’avenir du Congo. Ainsi, le gouvernement arrêterait des objectifs spécifiques qui seraient entre autres:

Au plan économique:
– la création d’un modèle économique basé sur l’accroissement des échanges inter-régionaux en vue de développer et d’accroitre l’économie;
– la mise en valeur de l’intérieur du pays par la viabilisation, le peuplement, l’aménagement et l’exploitation des ressources locales, aux fins d’encourager l’exode urbain;
– la création de toutes les infrastructures de base et d’industrialisation du Congo comme dans les années 1960, en développant le secteur agro-industriel, agro-alimentaire, l’industrie textile, l’industrie manufacturière, l’industrie chimique, pétrochimique, pharmaceutique, l’agriculture, l’élevage et la pêche pour assurer l’approvisionnement quotidien en produits frais. Ce qui mettrait fin à l’importation des produits congelés et malsains, puis stimulerait l’auto-suffisance alimentaire qui ne doit pas être un simple slogan ou un slogan creux;
– la relance de la construction du barrage du Kouilou, un événement on ne peut plus riche de conséquences positives pour le développement de l’économie de notre pays. En effet, il va sans dire qu’avec la construction du barrage du Kouilou, des industries annexes permettront de transformer, dans les années à venir, la physionomie de notre économie, en résorbant -sans doute- toute la masse des jeunes en quête d’un emploi permanent dans notre pays en général et dans nos villes en particulier;
– l’accroissement de l’industrie extractive (pétrole, matériaux de construction et minerais divers), pour la fourniture en matières premières des chantiers, des raffineries, des centrales thermiques et des usines de production de matériaux de construction;
– la réhabilitation du C.f.c.o (Chemin de fer Congo-Océan), épine dorsale de l’économie de notre pays, le développement du secteur tertiaire: transports terrestres; transports aériens; tourisme; commerce; promotion immobilière (comme jadis, l’O.c.h, la Soprogi, la Sonaco), bâtiments et travaux publics, etc.
– inciter à la création de petites et moyennes entreprises qui bénéficieraient des crédits qui leur permettraient de faire face aux obligations les plus urgentes et d’encourager les initiatives privées dans tous les secteurs de l’industrie moderne.
Le Congo étant un grand chantier en perspective, ce développement, cela va sans dire, permettrait de créer de nombreux emplois dans les différents secteurs d’activité primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire.
Les jeunes en profiteraient énormément. Ils se prendraient en charge. Ainsi, les diplômés sans emploi ne devraient plus se confiner dans l’attente d’une hypothétique opportunité d’embauche, mais plutôt se décider à embrasser le métier d’entrepreneur. Il suffirait pour cela de se recycler par des formations adéquates. Les autres qui n’auraient pas la chance d’aller plus loin dans leurs études, seraient pris en charge, comme dans les années 60, par le Service civique de la jeunesse ou l’Action de rénovation rurale, aux fins d’acquérir une formation adéquate, grâce à laquelle ils rempliraient les tâches de demain. Il faudrait, donc, créer, à nouveau, ledit Service civique de la jeunesse qui aurait pour but d’utiliser au profit de la Nation, la jeunesse urbaine sans emploi, de développer chez elle le sens civique et l’esprit de solidarité nationale.

Au plan culturel
Il y a lieu de revaloriser l’enseignement, en construisant beaucoup d’écoles primaires et secondaires, des universités et d’autres écoles de formation qui auraient des relations avec les prestigieuses universités et grandes écoles existant de par le monde, pour offrir aux étudiants et aux chercheurs l’opportunité d’aller parfaire leurs études ailleurs ou de rester sur place avec du matériel didactique performant.
Il nous faut absolument nous pencher avec la plus grande sollicitude sur les problèmes cruciaux de l’enseignement et de l’éducation, qui se posent avec acuité. Car notre pays, le Congo, ne saurait être fort sans la formation d’une élite intellectuelle et technique capable d’assurer la gestion des affaires publiques. C’est pourquoi, nous en tant que pionniers, parents, par la volonté des lois républicaines et par des sacrifices des uns et des autres, devons veiller à ce que les générations futures, c’est-à-dire les jeunes, puissent bénéficier, comme nous dans le temps, d’un enseignement susceptible de les préparer à mieux prendre en mains le flambeau de nos destinées, que notre génération -il faut avoir le courage de le dire et de le reconnaître-, a sacrifiées sur l’autel de la politique politicienne, tout en négligeant l’école publique au profit des écoles privées dont certaines de qualité douteuse, n’ont d’école que le nom. Une fuite de ses responsabilités par l’Etat.
Il faut aussi promouvoir les arts et la musique, domaines dans lesquels les jeunes excellent et font éclater leurs talents. Dans le domaine sportif, il est souhaitable d’investir dans les disciplines sportives collectives et individuelles, pour glaner des lauriers pour le rayonnement du Congo et constituer un important pactole pour le bien-être individuel et social des athlètes et autres sportifs.

Quelles valeurs doit incarner la jeunesse pour son avenir?

La jeunesse congolaise devrait absolument se revêtir du nouveau manteau de valeurs cardinales que constituent les quatre suivantes:
1- aimer le Congo, notre patrie, être fier d’en être citoyen et se disposer à le respecter, à l’honorer et à le défendre jusqu’au péril de sa vie;
2- promouvoir et inculquer la culture de l’excellence et de la compétence: nul n’ignore que ce sont des hommes et des femmes, tous excellents, diplômés, doués de savoir et de savoir-faire dans les différents domaines d’activités, qui sont les artisans du développement de tout pays. C’est pourquoi tous les jeunes doivent avoir un seul point de mire, la culture de l’excellence et de la compétence, pour fuir la médiocrité, la tricherie, les fraudes, les facilités, etc., tout ce qui gangrène la société et les écoles. Ce sont ces vilaines habitudes acquises dès le bas-âge qui conduisent le citoyen majeur au népotisme, au favoritisme, au clanisme, au régionalisme, au tribalisme, à l’ethnocentrisme, au népotisme, à la corruption, etc. Il faudrait que dans le Congo de demain, l’homme qu’il faut, soit à la place qu’il faut;
3- promouvoir la culture de la créativité, de l’esprit d’initiative et d’entreprise. A ce propos, il sied de signaler que dans les pays développés, c’est l’administration qui conçoit les programmes et évalue leurs réalisations, mais c’est le secteur privé qui les exécute. Tous les secteurs d’activités de travaux, de production des biens et services sont du ressort du secteur privé. Notre gouvernement devrait s’en inspirer et tout mettre en œuvre pour ne pas laisser les jeunes se morfondre quotidiennement, en broyant du noir ou à se bousculer et à s’agglutiner aux portillons des ministères pour gonfler démesurément la masse salariale. Il faudrait amener les jeunes à retrousser les manches et à créer des entreprises dans tous les secteurs d’activités. Il y va de leur avenir;
4- promouvoir la culture du vivre ensemble et de la pratique de la solidarité: aujourd’hui dans notre pays, les Congolais vivent malheureusement dans un environnement de méfiance, d’égoïsme, d’égocentrisme, de jalousie, de haine, de délation, de tribalisme et de méchanceté. La culture du vivre ensemble et de la solidarité doit être une valeur cardinale que tous les Congolais doivent cultiver en eux pour que désormais, les relations entre Congolais ne soient empoisonnées par des considérations tribales, religieuses ou philosophiques.
Comme l’affirmait, le 15 août 1960, Mgr Michel Bernard, alors archevêque Brazzaville, «il n’est pas de vie sociale possible, pas de vie nationale concevable si, quand le bien commun l’exige, les intérêts particuliers ne savent pas céder le pas, s’il n’y a pas pour tous les membres de la Nation, une communauté de destin, si les plus favorisés par la situation et la culture ne savent plus en toute générosité se mettre au service de leurs frères les plus dépourvus. Seul un grand courant d’enthousiasme, un amour passionné du pays peuvent nourrir cette volonté d’effort et de sacrifice; seuls, ils peuvent faire taire les particularismes stérilisants; seuls, ils peuvent conjurer la création de blocs hostiles qui opposeraient violemment, dans la Nation, d’une part les mieux pourvus et de l’autre ceux qu’écraserait le sentiment d’une injustice. C’est une tâche magnifique de contrôler, aider et régler les activités privées et individuelles de la vie nationale, pour les faire converger harmonieusement vers le bien commun». Tous, donnons donc la priorité à notre jeunesse et au Congo.
Enfin, en conclusion, je me permettrais de dire à nos jeunes congolais ,avec Monsieur Levy Makany, l’ancien ministre congolais de l’éducation nationale, «être homme, cela se construit, souvent à travers les difficultés de la vie, mais aussi grâce à la persévérance et le goût de l’effort, au respect et à l’attachement de vraies valeurs».

Dieudonné
ANTOINE-GANGA

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