Le Congo-Brazzaville a organisé, début juillet, un sommet international sur l’afforestation et le reboisement, auquel ont participé une demi-douzaine de Chefs d’État africains. Est-ce un sommet de plus? Quel en est le bilan? Quel est l’état de la forêt congolaise? Rosalie Matondo, la ministre de l’économie forestière était la grande invitée du journal Afrique de Rfi (Radio France internationale) dans la matinée du mercredi 17 juillet 2024, au micro d’Esdras Ndikumana. Notre rédaction a reproduit par écrit cette interview en intégralité.

* Un an après le sommet des trois grands bassins forestiers tropicaux, le Congo vient d’organiser, il y a une dizaine de jours, une conférence internationale pour l’afforestation et le reboisement. Quelle est sa valeur ajoutée?

Rosalie Matondo, ministre de l’économie forestière.

** Ce n’est pas un sommet de plus, ce n’est pas une conférence de plus. Mais, une conférence qui a tenu à examiner toutes les problématiques liées à l’afforestation et le reboisement, pour lutter contre les changements climatiques. Mais en même temps aussi, permettre aux populations de produire le bois énergie, le bois de service. Et puis, ensuite également les problématiques liées à la pratique de l’agroforesterie. Donc, pour nous c’était une conférence très importante qui a réuni donc les politiques; qui a réuni les scientifiques, la société civile, les populations autochtones qui vivent autour et dans ces forêts-là.

* D’une manière concrète, quelles sont les solutions proposées pour résoudre ces questions?
** Les propositions faites, c’était déjà de faire adopter une résolution des Nations unies pour une décennie mondiale de l’afforestation et du reboisement. Ensuite, proposer à, tous les pays de lancer des programmes nationaux d’afforestation et de reboisement pour augmenter les superficies forestières mondiales et dans tous les panels que nous avons eus, nous avons eu des discussions concernant les questions sur la tournure foncière, les questions sur les espèces à planter selon les conditions agro-écologiques. Donc, c’était vraiment des solutions pratiques que nous avons retenues lors de cette conférence.

* A chaque fois, lorsqu’il y a ces grand-messes internationales, il y a toujours des promesses souvent mirobolantes qui sont faites par la communauté internationale, mais qui sont rarement suivies d’effets. Est-ce que vous avez trouvé, cette fois-ci, un levier, pour que ces engagements soient respectés?
** Ah, vous avez tout à fait raison surtout pour nos pays africains, nous disons toujours et nous dénonçons le fait que les financements internationaux ne sont pas dirigés vers nos pays, alors que nous ne sommes pas à l’origine des effets des changements climatiques, nous ne sommes pas à l’origine des émissions des gaz à effet de serre. Mais, comme vous le savez, nos pays africains sont des pays vulnérables aux effets du changement climatique. Et normalement, on devait accueillir les financements de la communauté internationale. Ce qui n’est pas le cas. Vous savez également que dans nos pays, surtout les pays du Bassin du Congo, le taux de déforestation est très faible. Donc, nous n’avons pas créé la déforestation dans nos pays. Mais, il faut je crois reconnaître ces efforts. Donc, pour nous, c’est un appel très pressant envers la communauté internationale, afin que les financements innovants puissent être une réalité sur nos territoires africains, mais également pour les communautés locales, les populations autochtones qui vivent de ces ressources forestières.

* Ces promesses n’ont jamais été pratiquement tenues. Qu’est-ce qui vous fait croire aujourd’hui que ça va être fait?
** Il y a une volonté politique des pays africains de faire de la gestion durable, une politique d’urgence, une priorité. Et donc, je ne pense pas que nous allons baisser les bras et attendre uniquement les financements internationaux.

* Alors, vous utilisez un nouveau terme, afforestation. Qu’est-ce que ça veut dire exactement?
** Tout simplement boisement.

* Le secteur forestier est ce grand pourvoyeur d’emplois dans le secteur privé congolais. Est-ce que ce n’est pas au détriment de l’environnement? Est-ce que ce n’est pas contradictoire avec ce que vous dites?
** Pas du tout! Vous savez, le territoire congolais est occupé par les forêts à 69%. C’est depuis vingt ans que nous mettons en œuvre une politique de gestion durable des forêts, avec une loi, un code forestier qui est très très pertinent, qui nous demande de faire la certification forestière. Et nous avons même des concessions forestières qui sont certifiées avec le standard le plus contraignant qui est F.s.c. Donc, nous, nous faisons de l’exploitation à faible impact. Dans les quinze millions d’hectares que nous avons de forêts de production, l’exploitation est faite uniquement à travers un à trois arbres à l’hectare et sur une rotation de trente ans. Ça, c’est la première des choses. Deuxièmement, vous devez savoir que le Congo est riche en biodiversité. Et donc, les essences forestières qui atteignent six cents essences forestières que nous avons, aujourd’hui uniquement une vingtaine est exploitée. Il faut avouer que l’exploitation forestière a commencé depuis les années 1935 dans notre pays. Mais, une exploitation forestière à grande échelle, une industrie forestière a commencé dans les années 80 et jusqu’à aujourd’hui, nous exploitons uniquement moins de deux millions de mètres-cubes de bois, par rapport à neuf millions de mètres-cubes disponibles dans nos forêts. Donc, nous ne sommes pas du tout en contradiction. Au contraire, chaque initiative que nous faisons, c’est pour permettre à ce que nous ayons les alternatives de production de bois qui ne soit pas issu forcément des forêts naturelles, mais du bois issu des plantations.

* Alors, si je comprends bien, est-ce que la surface totale occupée par les forêts, est-ce qu’elle diminue, elle est maintenue ou bien elle a augmenté?
** Le Congo a le taux de déforestation le plus faible au monde: 0,06%. Les satellites le montrent; ça peut être prouvé. C’est une réelle volonté politique: nous augmentons cette superficie forestière à travers le programme national d’afforestation et de reboisement, qui a l’ambition de faire un million d’hectares de plantations forestières et agro-forestières sur des savanes. Donc, c’est pour réellement augmenter les superficies forestières nationales.

* Le gouvernement congolais a interdit, depuis janvier 2023, l’exportation du bois en grume. Pourquoi cette décision?
** C’est une décision des pays d’Afrique centrale. Donc, nous voulons que, désormais, des technologies soient installées dans nos pays et que cela crée de l’emploi pour notre jeunesse.

* Est-ce que cette mesure est réellement suivie, il y a des témoins qui assurent que des grumes continuent à être exportés?
** Nous avons uniquement des conventions que nous avons signées en 2019 que nous sommes en train de finaliser et ces grumes-là certainement que les gens voient encore au niveau de notre port. Mais sinon c’est suivi. L’interdiction est bien réelle. Et en 2025, ces sociétés-là vont finaliser ces conventions.

* Quelle est la part qui continue à partir en grumes aujourd’hui?
** Elle est très faible, de l’ordre de 5 à 10%.

* Et donc, si je comprends bien, les sociétés ont déjà installé des technologies nécessaires sur place, pour travailler le bois?
** L’avantage de la République du Congo, c’est que, dans le code forestier 2000, toute convention signée pour une concession forestière devait contenir une unité de transformation. Aujourd’hui, le secteur bois apporte de 5 à 6% dans le P.i.b national. Et nous voulons à travers les politiques actuelles du nouveau code forestier, la transformation plus poussée du bois, le partage de production, ça c’est aussi une nouvelle réforme que nous mettons en œuvre, nous voulons que cette participation du secteur bois dans le P.i.b national puisse augmenter jusqu’à au moins 20%.

Propos recueillis par Esdras NDIKUMANA
Journaliste à Rfi Afrique

Oh bonjour
Ravi de vous retrouver.

Inscrivez-vous pour recevoir du contenu génial dans votre boîte de réception.

Nous ne spammons pas !

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici