Ce mercredi 21 mai 2025, je me lève du lit, puis aux environs de 7h, dans la marche horaire et quotidienne du jour, un coup d’œil de routine sur mon téléphone me renseigne sur trois appels manqués à 2h27, 5h47 et 6h16 de la part de mon cadet, le président Euloge Landry Kolélas. Je fus flippé par son insistance. Je l’appelle aussitôt, et j’entends la voix cassée de mon frère me balançant la douloureuse et malheureuse nouvelle qui me glace tout le corps: «Tonton Tchitchi vient de nous quitter». Il ajoute: «Pourtant, nous avions échangé hier à 11h, il était en parfait état, je ne comprends rien». La mort, encore elle, implacable, venait de nous enlever subrepticement Bernard Tchibambéléla, Ya Tchitchi pour les intimes, dans les premières heures du mercredi 21 mai 2025. Instantanément, ma mémoire m’a fait revisiter tous nos souvenirs communs vécus en Côte d’Ivoire, en exil, loin de notre pays natal.

Ma fratrie l’appelait «Tonton Tchitchi», car il avait les mêmes origines que notre mère, Mme Kolélas née Jacqueline Mounzenzé. Tous deux étaient originaires de la contrée de Mpika-Mbana et ses environs, dans le District de Goma Tsé-Tsé. Mme Kolélas le considérait comme son cadet et inversement (Ya nkazi et ya bushi, en lari). Ainsi, une grande affection les liait indubitablement. Il était docteur en économie, en droit rural et ingénieur agronome de l’Université de Toulouse, en France. À son retour au Congo, il sera enseignant à l’Université Marien Ngouabi. Et parallèlement, il était directeur général du Crédit rural du Congo, banque dont il sera à l’origine de la création en 1982. Au plan politique, il sera membre du Parti congolais du travail (P.c.t) à l’époque du monopartisme au Congo.

Jean Vital Fructueux Kolela Kouka.

Avec l’avènement du multipartisme, il va intégrer en 1991, après la tenue de la Conférence nationale souveraine, le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (M.c.d.d.i), le parti politique fondé par Bernard Bakana-Kolélas. En réalité, ce sont les chefs traditionnels de la deuxième circonscription de Goma Tsé-Tsé, manifestant la volonté des habitants, qui vont l’amener auprès de Bernard Bakana-Kolélas. Ils l’avaient ainsi choisi pour être leur député. C’est ainsi qu’il sera élu député de cette circonscription, pendant les élections législatives de 1992.
Le 31 octobre 1992, un vote de défiance contre le gouvernement fait basculer la majorité parlementaire. À cette occasion, un nouveau bureau de l’Assemblée nationale sera mis sur pied, Bernard Tchibambéléla en sera le premier vice-président. Paul Nkounkou-Massamba, René Samba et moi-même faisions partie de son cabinet, avec d’autres, respectivement aux postes de directeur de cabinet, conseiller politique et conseiller économique.
Le peu de temps que nous avions passé ensemble, avec la dissolution de l’Assemblée nationale qui interviendra par la suite, j’avais découvert l’homme méticuleux, organisé et énergique dans le travail qu’il était. Il cumulait ses nouvelles fonctions avec celles de directeur général du Crédit rural du Congo. Je l’ai vu travailler sur les deux structures, sans la moindre faiblesse sur l’une ou l’autre, mais avec la même détermination et le même attachement.
Lorsque Bernard Bakana-Kolélas sera nommé Premier ministre par le Président Pascal Lissouba en 1997, Placide Lenga et Bernard Tchibambéléla seront nommés dans son cabinet, respectivement comme directeur de cabinet et directeur de cabinet adjoint. Bernard Bakana-Kolélas désirait avoir, à ses côtés, cette vision complémentaire de juriste et d’économiste outillés.
Très attaché au développement de son pays, Bernard Tchibambéléla était convaincu que le développement du Congo passait par celui de ses départements (hier régions). C’est ainsi, sous la clairvoyance des cadres originaires du Pool, la création de la Banque du Pool sera mise en chantier. Bernard Bakana-Kolélas en faisait un objectif cardinal. Et c’est Bernard Tchibambéléla qui présidera, avec maestria, l’assemblée constitutive de la Convention d’épargne du Pool (Cod’Ep) qui deviendra Société financière de développement (Sofidé), quelques années plus tard. Ces dernières années, nous en parlions avec lui avec beaucoup de regrets sur le sort malheureux donné à ce projet par ses nouveaux gestionnaires. Un projet qui fut porteur d’espoirs pour le Département du Pool. Bernard Tchibambéléla en était l’un des principaux artisans, disons même la cheville ouvrière.
L’itinéraire politique de Bernard Tchibambéléla aura connu une traversée du désert. En effet, la guerre du 5 juin 1997 qui éclate au Congo va le pousser en exil. Nous allons donc nous retrouver à Abidjan en Côte d’Ivoire. Il y vivait avec ses trois enfants, la fille unique et les deux derniers garçons. À Abidjan, la vie n’était pas facile entre nos nombreuses allées insistantes et quelquefois désespérantes, frustrantes auprès de l’Asapsu, pour solliciter de l’assistance. L’Asapsu étant l’Association de soutien à l’auto-promotion sanitaire et urbaine, une organisation non-gouvernementale partenaire du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (H.c.r).
Ainsi en exil, à Abidjan comme plus tard en France, j’avais découvert un autre visage de l’homme, un visage du père très attentionné qui jouait le rôle maternel dans toutes ses dimensions pour ses chers enfants. Il avait perdu son épouse, Nicole Kayi, il y a plusieurs années de cela. Un père prêt aux sacrifices, pour faire face à ses nombreuses obligations familiales.
Sa fidélité à Bernard Bakana-Kolélas fera qu’il soit resté en exil jusqu’à ce que le destin lié au décès de Mme Jacqueline Kolélas, notre mère, nous ramène ensemble dans notre pays natal. En dépit des difficultés vécues en exil, il n’a jamais, comme l’avaient fait certains, anticipé son retour au bercail ou quitter le navire aux prises à de grosses turbulences. Ils sont rentrés ensemble avec Bernard Bakana-Kolélas, inhumer celle qu’il considérait comme sa grande sœur. Finalement, ils sont restés au Congo, pour reconstruire le M.c.d.d.i et recoudre le tissu national lourdement endommagé. Il retrouvera son siège à l’Assemblée nationale comme député de Mbanza-Ndounga. Parallèlement, il redeviendra premier vice-président à l’Assemblée nationale et quelques années plus tard, ministre de la pêche et de l’aquaculture.
Passionné de l’écriture, il nous laisse trois excellents ouvrages: «Sur les ailes du temps», livre publié en France, en 2009, aux Editions Paari, qui retrace l’itinéraire d’une enfance africaine à travers son propre vécu; «La bouche de la lettre», roman publié en France aux Editions Silex/Nouvelles du Sud; «Le commerce mondial de la faim: stratégie de rupture positive au Congo-Brazzaville», publié en 2009, en France, chez L’Harmattan.
Le secrétaire général du M.c.d.d.i laisse parmi nous un grand vide. Sa silhouette, son sens de l’humour, son enthousiasme et sa jovialité vont beaucoup nous manquer.
«Adieu Tonton Tchitchi; paix à ton âme; que la terre de nos ancêtres te soit légère!».

Jean Vital Fructueux KOLELAS-KOUKA
Depuis Birmingham (Région des Midlands de l’Ouest, Angleterre)

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