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Témoignage: Jean-Luc Malékat, un exemple de probité morale dans les affaires publiques, par Joseph Ouabari Mariotti

Témoignage

Jean-Luc Malékat, un exemple de probité morale dans les affaires publiques

15 avril 2024, à l’Hôpital Pasteur de Nice, dans le Département des Alpes-Maritimes,  sur la Côte d’azur, au Sud-Est de la France, le ministre Jean-Luc Malékat s’en est allé, dans sa 73ème année. Il était souffrant. Une perte immense pour la Nation congolaise. Depuis cette date, aussi bien sur le sol congolais qu’à l’extérieur, en Afrique et ailleurs, dans le monde où il était connu, de nombreux hommages lui sont rendus. Lui dont la brillante carrière professionnelle et l’image d’homme d’Etat respecté ont été forgées par les leçons tirées de son exercice dans l’univers des métiers des impôts. Un métier sensible et délicat, d’autant qu’il procède du prélèvement obligatoire effectué par voie d’autorité par la puissance publique sur les ressources des personnes physiques et morales, installées sur son territoire, ou y possédant des intérêts. Cela, aux fins de subvenir aux charges publiques.

De l’ensemble des propos en faveur du ministre Jean-Luc Malékat, y ressort nettement son profil moral. Profil sans faute, j’ose m’y avancer, sans risque de me tromper, m’étant frotté à la personne, lors de nos rencontres à Paris, avant qu’il ne sombre dans la maladie. Ces propos paraissent, somme toute, comme des devoirs de mémoire, pour se souvenir et mettre en exergue ses mérites, dans une société où, dans plusieurs cas, pour une raison ou une autre, les valeurs fondamentales sont banalisées ou piétinées purement et simplement, pour laisser prospérer l’indécence, voire la nullité.
Jean-Luc Malekat
En effet, Jean-Luc Malékat a été un homme de valeur. Il suffisait de l’approcher, le voir vivre, observer ses faits et gestes, l’entendre parler, pour s’en rendre compte. Il transcendait les biens matériels et les réussites, quel qu’en soit le niveau. Incarnant l’humilité, la modestie, la sobriété, la dignité, l’intégrité, l’honnêteté et le respect des valeurs qui guident toutes ses actions et définissent ses interactions avec autrui ainsi que sa perception de lui-même. Pour ne parler que des services des impôts, dans des pays d’Afrique, dont le Congo-Brazzaville où le ministre Jean-Luc Malékat a exercé, plusieurs années, l’accumulation des patrimoines, de diverse nature, est devenue le propre effronté et insolent des agents desdits services.
Et au Congo-Brazzaville, l’Etat assiste, indifférent et impassible, à cette accumulation des patrimoines, étrangement non préoccupé par les origines et les moyens d’acquisition de ces biens par des fonctionnaires dont les traitements ne permettraient pas de telles opérations. Le ministre Jean-Luc Malékat, qui a fait du chemin dans l’administration fiscale congolaise, est ici l’exemple type du cadre nullement attiré par cette tendance à accumuler, alors qu’il était si près de la tentation.
En fin de cycle universitaire dans les années 1980-81, il intègre le service des impôts où il monte rapidement en grade. De simple agent vérificateur, il passe chef de division, ensuite chef de service et directeur central. En 1989, Jean-Luc Malékat finit par être élevé au rang de directeur général des impôts. Cerise sur le gâteau, il assure, en parallèle, les tâches de chargé de cours à l’Université Marien Ngouabi et à l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature (Enam) où il dispense des enseignements de finances publiques et de droit fiscal. Au sein de l’Union douanière des Etats d’Afrique centrale, (Udeac), l’actuelle Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), il participe à l’instauration de la T.v.a (Taxe sur la valeur ajoutée), dans les pays de l’Union. Une belle carrière que Jean-Luc Malékat construit, au terme d’études en France, à la Faculté des sciences économiques de Rennes et de Grenoble où il décroche un doctorat en sciences économiques, concluant son cursus de cycle supérieur par un diplôme de l’Ecole nationale des impôts, à Clermont Ferrand.
Au moment où il nous quitte, ayant assumé, dans son pays, les fonctions sensibles de directeur général des impôts et de ministre de l’économie, des finances et du plan, postes attachés aux finances, il aura fourni la preuve de sa probité morale, sa droiture, son sens de la justice et de la transparence.
N’en donnant pourtant pas l’air, Jean-Luc Malékat que j’ai connu, en France, à la suite des violences du 5 juin 1997, aimait bien la politique. Pour lui, comme citoyen, il était bon de participer à la vie politique, pour y apporter son regard, son avis et son expérience, écouter les opinions, confronter ses convictions et partager les solutions communes. Le tout, dans un processus de contribution à la construction de la Nation. En bout de ligne, me disait-il, ce qui se passe dans la société congolaise a un impact direct sur la qualité de sa vie.
Au lendemain de la Conférence nationale souveraine, en juin 1991, à Brazzaville, période où les Congolais sortent des affres du monopartisme et se délectent des vertus de la démocratie, Jean-Luc Malékat siège au gouvernement de la Transition qu’anime le Premier ministre André Milongo. Au départ, secrétaire d’Etat chargé du budget, il devint ministre de l’économie, des finances et du plan. Des postes où il partage avec le Premier ministre, tous deux de formation d’économiste, un idéal réformateur des politiques économiques visant à perfectionner l’existant. Le Président Denis Sassou Nguesso, maintenu à la tête de l’Etat, devant cohabiter avec un Premier ministre qui exerce certaines prérogatives qui étaient dévolues au Président de la République, avant la tenue de la Conférence nationale souveraine, Jean-Luc Malékat évite tout accrochage sur les questions financières, entre le Président Denis Sassou Nguesso et le Premier ministre André Milongo. Une attitude que le ministre Jean-Luc Malékat réussit à se créer, grâce à la finesse de son esprit d’ouverture, son comportement apte à discerner les plus subtils rapports de pensée et de sentiment.
A l’arrivée du Président Pascal Lissouba à la tête du pays, venant de l’emporter à la présidentielle d’août 1992, devant Bernard Kolélas, séquence finale de la Transition, Jean-Luc Malékat donne à nouveau la preuve de son humilité. Il rejoint, sans façon, les impôts, son administration d’origine. S’assied dans un modeste bureau, comme agent vérificateur. Il profite de ses relations internationales d’ancien ministre de l’économie des finances et du plan, aux fins de se tourner vers différents cabinets privés, dans des pays africains, pour des audits. Il noue, par ailleurs, avec des administrations fiscales africaines, pour faire évoluer leur législation. De ces différentes postures, il en a tiré grand profit pour sa stature de spécialiste des finances.
La politique a rapproché le ministre Jean-Luc Malékat de Paul Kaya, Bernard Galiba et Edouard Ebouka-Babakas. Tous d’anciens ministres congolais, dans le but de fonder avec eux, un parti, le M.d.s qui s’est associé à l’Internationale de la démocratie chrétienne. Ce qui a offert au ministre Jean-Luc Malékat l’opportunité d’effectuer d’utiles déplacements en Amérique latine, en Union européenne et prendre part au Conseil des ministres des A.c.p (Afrique, Caraïbes, Pacifique).
Lorsqu’il se tient, à Paris, du 7 au 10 juin 2014, les Assises nationales du Congo-Brazzaville pour l’alternance démocratique, avec pour ambition de rassembler et réconcilier les Forces d’opposition au pouvoir en place à Brazzaville, le ministre Jean-Luc Malékat en devient le coordonnateur général. Résidant à Nice, les 931,9 kms de distance, qui séparent les agglomérations de Nice et de Paris, qu’il parcourait deux à quatre fois par mois, pour des réunions, n’étaient guère une gêne pour lui. Un esprit de sacrifice qu’il symbolisait, avant tout, par sa disposition à passer en second ordre ses propres intérêts, au bénéfice du combat collectif. Un vrai dévouement pour la réalisation d’un idéal auquel il croyait. Le ministre Jean-Luc Malékat espérait voir, dans les assises, la reconstitution d’une grande organisation incarnant des volontés de changement prêtes à accompagner les réformes au Congo-Brazzaville. De sa disparition, les assises feront difficilement le deuil. Il n’était plus au commandement des assises, mais il n’avait pas cessé d’être une pièce maîtresse dans le dispositif humanitaire, social, stratégique et politique de cette formation politique.
Les fils et les filles des riches terroirs millénaires de la Likouala, au Nord Congo, avec eux, la Nation congolaise entière, pleurant le ministre Jean-Luc Malékat, que la famille de l’illustre disparu, particulièrement Mme Charlotte Malékat et les enfants Malékat, trouvent ici l’expression de mes condoléances les plus attristées. Que soit remerciée Mme Charlotte Malékat qui est demeurée, de bout en bout, au chevet de son cher époux, nuits et jours, au fil des mois, pour lui apporter toute l’affection nécessaire, à domicile et durant les hospitalisations du ministre.
J’ai aussi une pensée pour le père du ministre, M. Félix Malékat, qui, empilant 100 ans, cette année, voit partir définitivement un fils dont il était fier et auquel il aura inculqué des valeurs que le ministre Malékat a préservées, toute sa vie. Mes regards sont également orientés vers Maître Jasmine Malékat, avocat de renom au Barreau de Pointe-Noire, sœur cadette du ministre, en qui je dis ma solidarité dans l’épreuve qu’elle et ses parents traversent. L’on sait gré à la communauté congolaise de Nice qui a tout mis en œuvre pour assister la famille Malékat, en ces temps pénibles.
Puisse reposer en paix le ministre Jean-Luc Malékat. Il aura vécu convenablement et se sera voué avec passion pour son pays qu’il aimait intensément. Il servira de modèle,   pour la Nation congolaise, aussi bien pour les valeurs morales qu’on lui reconnaît, que pour les qualités professionnelles qui ont fait de lui un homme d’Etat sérieux que ses compatriotes admiraient.
A maman Firmine Lézo, mère du ministre Jean-Luc Malékat que celui-ci rejoint, là-bas, à l’extrême infini, de reposer également en paix. Que les dernières volontés du ministre Jean-Luc Malékat exigent qu’on l’inhume, soit en France, espace où il trouve la mort à Nice, soit dans son pays natal, à Brazzaville ou dans la Likouala, le ministre Jean-Luc Malékat mérite, pour ce qu’il a été pour le Congo-Brazzaville, l’hommage vibrant de la République, avec l’active participation de l’Association des anciens ministres de la République du Congo. Une association dont il était l’un des membres fidèles et fervent défenseur de ses aspirations. Ainsi va la vie! «L’Eternel a donné, l’Eternel a repris. Que l’Eternel soit loué», est-il écrit quelque part.
Joseph OUABARI MARIOTTI
Ancien Ministre
(Paris,  le 17 avril 2024)
Par Joseph Ouabari Mariotti.

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