La sixième et dernière revue du programme du Congo avec le F.m.i (Fonds monétaire international) s’est conclue avec succès, le 12 mars dernier, même si ce succès est accompagné de remarques que le gouvernement congolais doit prendre en compte, particulièrement la mise en œuvre des réformes. A cette occasion, le Conseil d’administration du F.m.i a immédiatement décidé de décaisser l’enveloppe prévue de 43 millions de dollars (près de 25,9 milliards de francs Cfa), en faveur du Congo, au titre de l’accord de Facilité élargie de crédit (Fec), approuvé le 21 janvier 2022.
Curieusement, cette performance en matière d’exécution du programme avec le F.m.i semble étonner nombre de Congolais qui y voient une conclusion paradoxale, pensant que les difficultés économiques que traverse le pays actuellement ne présageaient pas d’une issue favorable de la revue du F.m.i. Ils sont surpris de voir que le Conseil d’administration de cette institution internationale a délivré un satisfecit au gouvernement, alors que les difficultés de l’Etat à faire face aux dépenses de fonctionnement plonge le tissu social dans le marasme. Comme pour relativiser ce succès, ils jugent que l’enveloppe financière accordée au Congo ne représente pas grand-chose.
Face à ces critiques tout à fait compréhensives, il faut d’abord indiquer que le succès de la sixième et dernière revue du programme du Congo avec le F.m.i est la résultante de l’immense travail de réformes et de remise en ordre des finances publiques, abattu par l’ancien ministre Jean-Baptiste Ondaye et son équipe, sous la supervision du Premier ministre, suivant les orientations du Chef de l’Etat qui tient à la bonne coopération de son pays avec le F.m.i.
Malheureusement, les réformes suscitent toujours la résistance de ceux dont les positions ou les intérêts sont menacés. Lorsque, pour ne prendre qu’un exemple simple, l’ancien ministre des finances avait décidé de placer les exonérations douanières sous son autorité, il avait suscité l’ire de ceux dont les intérêts étaient menacés. Diabolisé, pour bien d’autres prétextes fomentés contre lui aussi, il a été mis à l’écart du gouvernement, sans autre forme de procès.
Mais, on a suivi sur Télé-Congo, la chaîne de télévision nationale, il y a quelques jours, les «confessions» du directeur général des douanes et droits indirects devant la Commission économie, finances et contrôle de l’exécution du budget, à l’assemblée nationale: à peine 180 milliards de recettes douanières en 2024, alors que les exonérations s’élèvent à plus de 600 milliards de francs Cfa. Un gouvernement qui veut payer régulièrement la pension de ses retraités ou la bourse de ses étudiants peut-il oser tolérer pareille réalité glissante dans la gestion publique?
Le Président de la République a lui-même dit que le ver est dans le fruit. Devant son peuple, il s’est lui-même scandalisé de ce que la bourse des étudiants était surévaluée à 9 milliards, alors que celle-ci n’est que de 3 milliards et que les 6 milliards de plus ne laissaient pas de trace. Et comme pour enfoncer le clou, le premier président de la Cour suprême a affirmé que, quand le Chef de l’Etat dénonce, c’est que c’est documenté.
Donc, avec ces histoires d’exonération ou de bourse des étudiants, on n’est pas dans une dénonciation spéculative de l’opposition, mais dans des dossiers documentés dont le Chef de l’Etat est mis au courant. Alors, on peut se poser la question de savoir si pour le premier des Congolais, l’honneur consiste à voir ces affaires passer sous silence ou que la justice y fourre son nez.
C’est ce ressenti des Congolais qui fait que nombre d’entre eux nourrissent un doute au satisfecit que le F.m.i a délivré à la sixième revue du programme du Congo. Dans ces conditions, comment renforcer la confiance dans la gouvernance financière, quand les scandales de gestion publique ne connaissent pas de suite judiciaire, quand bien même les gouvernants en sont mis au courant?
L’HORIZON AFRICAIN



