Joachim Mbanza, ancien haut-conseiller
«Philippe Mvouo avait une grande maîtrise
de son rôle de régulateur des médias»
Ancien ministre et ancien président du C.s.l.c (Conseil supérieur de la liberté de la communication), Philippe Mvouo est décédé à l’aube du mercredi 18 février 2026, au C.h.u (Centre hospitalier et universitaire) d’Orléans, une ville provinciale, en France, des suites d’une longue maladie liée à la leucémie. Dans l’interview ci-après, Joachim Mbanza, ancien haut-conseiller (membre du C.s.l.c), journaliste, ancien directeur de publication de La Semaine Africaine et co-fondateur du journal L’Horizon Africain, témoigne de l’acteur politique qu’il a connu et de l’homme avec qui il a travaillé au sein du C.s.l.c. Il affirme que «Philippe Mvouo avait une grande maîtrise de son rôle de régulateur des médias». Interview!
* Monsieur le haut-conseiller, dites-nous comment vous avez connu Monsieur Philippe Mvouo avec qui vous avez eu des relations très proches?
** D’abord, merci pour l’opportunité que vous me donnez de faire un témoignage sur cette grande figure de la classe politique congolaise et sur l’aîné sous la direction de qui j’ai travaillé au sein du Conseil supérieur de la liberté de communication.
En tant que journaliste, j’ai connu Philippe Mvouo sur la scène politique comme tous les acteurs qui s’y illustrent. Il était d’abord ministre des mines, de l’énergie et de l’hydraulique dans le gouvernement formé en août 2002.
J’étais directeur de publication de La Semaine Africaine et en tant que tel, il fallait être à la pointe de l’actualité. J’ai donc suivi les activités de ce ministre comme celles des autres ministres. La question des délestages de l’électricité l’avait projeté de manière critique au-devant de l’actualité nationale. En 2005, il avait changé de portefeuille pour devenir ministre des postes et télécommunications, chargé des nouvelles technologies.

C’est quand il est nommé, pour la première fois, président du C.s.l.c, en juin 2012, que j’ai commencé à avoir les occasions de le rencontrer. Il appréciait beaucoup le travail qu’on faisait à La Semaine Africaine dont il était un grand lecteur et, plus tard, je découvrais que c’est un ancien élève du Lycée Marcellin Champagnat de Makoua, chrétien engagé, ce qui va favoriser notre rapprochement. Etant à la tête de l’Association des éditeurs de presse du Congo, l’A.e.p.c, nous avons eu des séances de travail avec lui. En 2018, alors qu’il était à son deuxième mandat à la tête du C.s.l.c, il nous avait associé à la préparation des assises de la presse congolaise. Puis, en décembre 2019, je l’ai rejoint au conseil, quand j’y ai été nommé.
* C’est à cette étape que vos relations se sont vraiment rapprochées et que vous l’avez bien connu? Quel souvenir gardez-vous de lui?
** Exactement, c’est quand je suis arrivé au conseil que nos relations se sont rapprochées. Il m’avait confié la présidence de la Commission administrative et juridique chargée de la déontologique et de l’éthique, qui est un peu une commission stratégique au niveau de l’institution, puisque c’est en quelque sorte le tribunal des pairs, qui convoque les journalistes pour les entendre sur les éventuelles fautes professionnelles ou délits de presse qu’on leur reproche. Cette commission adresse son rapport au bureau du conseil qui l’examine et le soumet au collège des membres, pour le vote de la sanction à prendre contre le journaliste ou le média concerné.
Ce travail de la commission où j’étais avec notre collègue, Asie Dominique de Marseille comme rapporteur, m’a permis d’être proche du président du conseil. Et donc, il m’a parfois demandé de l’accompagner dans un commissariat de police, à la C.i.d (Centrale d’intelligence et de documentation) ou à la gendarmerie, négocier la libération d’un journaliste arrêté dans l’exercice de son métier. Soit dit en passant que les délits de presse au Congo ne sont plus punis de la peine d’emprisonnement des journalistes, sauf dans le cas de récidive dans l’offense au Chef de l’Etat. Les journalistes coupables de diffamation et autres délits de presse sont punis de peines de suspension de l’exercice du métier, de suspension de leurs médias, de peines pécuniaires ou amendes ou on les oblige à publier des droits de réponse ou de rectification. Les gens ne le sachant pas, demandent parfois à la police ou à la gendarmerie d’arrêter un journaliste présumé coupable de diffamation. Voilà pourquoi on allait dans les commissariats de police ou postes de gendarmerie les chercher.










