Il est essentiellement question de comprendre comment les institutions sous-régionales, en Afrique centrale, évoluent et se transforment pour répondre aux besoins de la sous-région. Et l’histoire nous renseigne que ces mutations ne sont pas le fruit du hasard. Chaque fois, il y a une combinaison de crises, un changement de paradigmes politiques et, surtout, la nécessité de s’adapter à l’environnement international.

En effet, de 1959 à 2026, outre la période coloniale, les paradigmes qui motivent les mutations successives tournent autour du décalage entre les ambitions de développement et les crises, suscitant un recommencement sur les bases solides, en évitant les erreurs du passé. Malheureusement, dans cette zone l’expérience semble se répéter et les causes semblent se succéder. La crise actuelle, au niveau de la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), a tout l’air d’être une répétition ordinaire habituelle: la faiblesse de l’autorité de la commission face à la souveraineté des Etats.

De l’U.d.e à l’U.d.e.a.c

Créée par quatre Etats, le 23 juin 1959, à Brazzaville, l’Union douanière équatoriale (U.d.e), qui a existé jusqu’en 1964, fut composée du Congo, du Gabon, de la Centrafrique et du Tchad. Elle visait le maintien de l’unité économique des Etats de l’Afrique équatoriale française (A.e.f). L’objectif majeur étant d’éviter la fragmentation des marchés nationaux. Pour ce faire, il fallait maintenir une libre circulation des marchandises et des capitaux. Le Cameroun, à cheval sous la double tutelle française et britannique, rallie l’U.d.e par une convention d’association, en 1961. Ainsi, avec son intégration, le bloc élargi sa base.
Cependant, le fonctionnement de cette structure laissera transparaître une limite technique. Structure héritée de la colonisation, l’U.d.e est taxée d’être trop souple et limitée exclusivement à la gestion douanière. Après les indépendances, les pays membres avaient d’autres défis: mettre en place une structure formelle politique souveraine qui ne devait plus se limiter aux tarifs, mais à une politique économique commune. C’est ainsi que naît l’Union douanière et économique d’Afrique centrale (U.d.e.a.c).

De l’Udeac à la Cemac

Elle remplace l’U.d.e, par le Traité de Brazzaville, le 8 décembre 1964. L’Udeac vise, entre autres, la mise en place d’une barrière douanière unique vis-à-vis des pays tiers; l’instauration d’un mécanisme de répartition des recettes douanières; le principe de la taxe unique, afin de compenser les pays moins industrialisés tels que la Centrafrique et le Tchad, et, enfin, la solidarité monétaire avec l’usage du franc Cfa géré par la Banque des Etats de l’Afrique centrale (B.e.a.c). Quatre ans après sa création, le bloc prend une dimension géographique plus importante, avec l’adhésion du seul pays hispanophone, en 1968: la Guinée Équatoriale.
Là encore, l’Udeac, qui prend le relais en décembre 1964, connaîtra des crises et des limites qui le pousseront à une mue, en 1994.
En effet, en 1968, dans la quête de l’influence et de la consolidation des alliances stratégiques dans la sous-région, Mobutu Sesse Seko, Président du Zaïre, crée l’Union des Etats d’Afrique centrale (U.e.a.c). L’échec de l’industrialisation du Tchad et de la Centrafrique via la taxe unique est perçu, par ces deux pays de l’intérieur, comme une injustice économique. Ce qui les incitent à tenter l’expérience que leur propose Mobutu. Ainsi, les trois pays créeront l’U.e.a.c, en avril 1968, dans l’intention de contrebalancer le poids du Cameroun et du Gabon. Pourtant, très vite, le Président Jean-Bedel Bokassa fera marche arrière, pour rejoindre l’Udeac, en décembre 1968, donc huit mois après l’avoir quitté. Le Tchad, quant à lui, ne regagnera la barque qu’en 1984. En réalité, craignant pour son influence, la France a dû manœuvrer pour maintenir sa zone d’influence.
Les problèmes qui conduisent à la mutation de l’Udeac pour la Cemac sont nombreux et divers. On peut citer quelques-uns, notamment: l’inexistence du commerce intra-zone qui était pourtant la base de la création de l’Union en 1964; l’absence de sanctions contre les Etats indisciplinés, car chacun commerçait avec qui il voulait; les chocs économiques et monétaires des années 80-90 avec les incertitudes dues à la baisse des matières premières et l’endettement massif des Etats a conduit à une dévaluation du franc Cfa, en 1994; l’urgence de passer d’une intégration du commerce à une intégration de production; la pression des bailleurs de fonds et la mondialisation, enfin la quête de souveraineté et de crédibilité motiveront la migration vers une nouvelle réforme.
L’adhésion de la Guinée Equatoriale était déjà en soit un élément justifiant quelques reformes. Voilà autant d’éléments qui motivent le passage de l’Udeac qui était devenu une coquille vide, à la Cemac.

GUY PATRICK
Ancien élève de l’ENAM
(A suivre)

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