Tribune

Vote, données et souveraineté:
l’Afrique à l’épreuve du 21ème siècle

1- Une question posée trop tôt… devenue centrale aujourd’hui

En 2016, dans le cadre d’un M.b.a (Master of business administration) à l’Institut Léonard de Vinci (La Défense) en France, j’ai consacré une recherche à une interrogation qui semblait alors technologique: «Comment garantir la sécurité et la confiance dans le vote électronique?». Dix ans plus tard, cette question n’est plus seulement technique. Elle est devenue géopolitique, démocratique et civilisationnelle. Car, les élections modernes ne se jouent plus uniquement:
– dans les urnes;
– dans les bureaux de vote;
– dans les commissions électorales.
Elles se jouent aussi dans l’espace numérique.

Par le Dr. Chrysostome Nkoumbi-Samba
2- L’infrastructure invisible de la démocratie
Aujourd’hui, la formation de l’opinion publique dépend largement de plateformes globales comme Meta Platforms ou TikTok. Ces plateformes numériques ne sont pas des institutions publiques. Elles sont:
– des entreprises privées;
– des régies par leurs propres règles;
– gouvernées par leurs propres algorithmes.
Or, ces algorithmes déterminent:
– la visibilité des informations;
– la viralité des messages;
– l’amplification des récits politiques.
Autrement dit: l’infrastructure de l’opinion publique mondiale est désormais algorithmique.

3- Le paradoxe africain

L’Afrique est aujourd’hui:
– le continent le plus jeune du monde;
– l’un des plus dynamiques numériquement;
– l’un des plus dépendants aux plateformes globales.
Dans plusieurs pays africains, les réseaux sociaux sont devenus:
– les premiers médias d’information;
– les premiers espaces de débat public;
– les premiers canaux de mobilisation politique.
Mais, cette situation crée un paradoxe majeur: la démocratie se numérise plus vite que la souveraineté numérique.

4- L’enjeu réel: la souveraineté de la preuve

La question démocratique du 21ème siècle n’est plus seulement: qui gagne l’élection? La question devient: Qui contrôle la preuve de l’élection? Cette preuve repose, désormais, sur trois éléments essentiels:
a- les données électorales;
b- les infrastructures numériques;
c- la cybersécurité du processus démocratique.
Sans ces trois piliers, la confiance démocratique peut être fragilisée.

5- L’émergence africaine commence par la maîtrise du numérique

Les débats sur l’émergence africaine évoquent souvent:
– les infrastructures physiques;
– les investissements;
– l’industrialisation.
Mais, 21ème siècle impose un autre fondement: la maîtrise des infrastructures numériques. Car, dans l’économie contemporaine:
– la donnée est une ressource stratégique;
– l’information est un levier de puissance;
– la cybersécurité est un enjeu de souveraineté.

6- Les compétences nécessaires pour l’Afrique

L’émergence numérique du continent repose sur cinq capacités essentielles:
a- cybersécurité des institutions: protéger les infrastructures démocratiques;
b- gouvernance des données publiques: garantir la souveraineté informationnelle;
c- intelligence informationnelle: lutter contre la désinformation;
d- ingénierie numérique locale: concevoir des architectures technologiques africaines;
e- régulation des plateformes globales: négocier des règles équilibrées avec les acteurs internationaux.

7- L’Afrique face à un choix historique

L’Afrique ne peut ni ignorer les plateformes globales ni s’en isoler.
Mais, elle doit éviter un piège: confondre connectivité et souveraineté.
Se connecter au monde est une nécessité. Maîtriser ses infrastructures numériques est une condition de liberté.

8- Vers une doctrine africaine du numérique de confiance

Le continent africain peut aujourd’hui proposer au monde une vision nouvelle: un numérique de confiance pour les peuples et la planète. Cette vision repose sur trois principes:
– la souveraineté des données;
– l’éthique technologique;
– la responsabilité collective.
Elle implique aussi une conviction simple: la technologie doit servir la démocratie, et non l’inverse.

9- Une génération à la croisée des chemins

L’Afrique entre dans une décennie décisive. D’ici 2060 et 2063, le continent célébrera le centenaire des indépendances. La question qui se posera alors sera simple: aurons-nous conquis aussi notre souveraineté numérique?

Conclusion

Au 21ème siècle, la souveraineté politique ne se mesure plus seulement à la puissance militaire, aux ressources naturelles ni aux infrastructures physiques. Elle se mesure, désormais, à une capacité nouvelle: la maîtrise des données, des infrastructures numériques et de la confiance démocratique. Car, une Nation qui ne maîtrise pas ses données risque, un jour, de ne plus maîtriser son destin.

Dr. Chrysostome NKOUMBI-SAMBA
Président-Fondateur d’Afrik@Cybersécurité

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