Éducation

Sr Marguerite Marie Tiberghien, un siècle d’engagement pour l’éducation spéciale

Une messe a été célébrée, lundi 28 septembre 2026, au Mbongui Abbé Eugène N’Kakou, anciennement Foyer Abraham, à Bacongo, le deuxième arrondissement de Brazzaville, à l’occasion du centenaire de naissance de Sr Marguerite Marie Tiberghien, fondatrice de l’Ecole spéciale qui porte son nom à Brazzaville, et qui vit en France, après avoir travaillé des années durant au Congo. La célébration s’est déroulée en présence de la professeure Régine Tchicaya-Oboa, directrice de cabinet du ministre de l’enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’alphabétisation, et de Dominique Mouanga, directeur de l’Ecole spéciale.

La célébration du centenaire de naissance de Sœur Marguerite Marie Tiberghien a débuté par une messe d’action de grâce dite par le Père Armel Miassouamana. Inspiré de Job et de l’Évangile de Luc, son sermon a mis en avant la conversion, la persévérance, l’humilité et la constance dans le bien. Il a notamment exhorté les enseignants à cultiver l’humilité et le pardon à travers «un cœur d’enfant».
Née le 8 septembre 1926 à Roubaix, en France, Sœur Marguerite Marie Tiberghien, affectueusement appelée «Sœur Courage», est une religieuse française des Filles de la charité de Saint Vincent de Paul, qui a créé en 1974, l’Ecole spéciale de Brazzaville, pour donner une seconde chance de scolarisation gratuite, aux exclus du système scolaire classique, aux enfants, jeunes déscolarisés, aux adultes illettrés et handicapés.
A l’issue de la célébration eucharistique, il y a eu plusieurs témoignages d’anciens élèves devenus cadres, soulignant ainsi l’impact de cette institution dans la lutte contre l’analphabétisme, l’échec scolaire et l’exclusion.
Sr Marguerite Marie Tiberghien, fondatrice de l’Ecole spéciale au Congo
La voix des anciens élèves a donné une dimension particulière à cette célébration. Derrière les hommages se dresse l’histoire d’une œuvre éducative dont les bénéficiaires portent encore les fruits. Plus qu’un simple lieu d’apprentissage, l’École spéciale constitue, pour les enfants en rupture scolaire, les enfants handicapés comme les autistes et les adultes comme les mamans privées d’instruction, un espace de rattrapage, de reconstruction et de réinsertion.
Dominique Mouanga, le directeur de l’Ecole spéciale a rappelé la vocation de l’établissement: offrir une seconde chance aux exclus du système classique. Grâce à des méthodes adaptées, notamment la phonomimique, l’apprentissage devient accessible aux élèves en grande difficulté. Les résultats de cette démarche se lisent dans les parcours de plusieurs anciens bénéficiaires, aujourd’hui cadres dans les administrations publiques ou dans le secteur privé.
Freddy, une femme handicapée motrice, a été prise en charge à l’âge de 14 ans. «C’est la sœur qui m’a faite. Je lui dois ce que je suis devenue aujourd’hui: administratrice des Saf», a-t-elle témoigné. Pour sa part, arrivé à l’École spéciale à 10 ans sans aucune base en lecture, Brejnev Mankou y a repris le chemin des études. Il a obtenu une licence en histoire-géographie et enseigne aujourd’hui au Lycée de Kinkala, chef-lieu du Département du Pool.
Photo de famille autour de Dominique Mouanga (chemise blanche manches longues), et la professeure Régine Tchicaya-Oboa
Le parcours de Roland Nkodia illustre également le rôle de rattrapage de l’établissement. Inadapté au système scolaire traditionnel, il ne savait pas encore lire à 12 ans. Sa prise en charge lui a permis de combler progressivement son retard avant de réintégrer le circuit scolaire normal. Fridolin Bampamba, non scolarisé à neuf ans lorsqu’il a intégré l’école, a poursuivi sa formation jusqu’à devenir technicien de laboratoire dans une brasserie, après des études en agroalimentaire.
Devenu ingénieur informaticien, Castard Nzaou rappelle, lui aussi, que derrière les difficultés scolaires peuvent se cacher des aptitudes qui ne demandent qu’à être révélées. Quant à Chris Mavouba, son témoignage est particulièrement émouvant. À quatre ans, il ne marchait pas et se déplaçait en s’appuyant sur ses fesses. Selon son récit, une petite trottinette en bois l’a aidé progressivement à se mettre debout et à marcher. Des années plus tard, il a poursuivi ses études jusqu’au doctorat et vit aujourd’hui en France.
Ces parcours illustrent la philosophie de l’École spéciale: ne pas réduire l’enfant à ses difficultés, mais rechercher ses capacités, les développer et lui permettre de trouver sa place dans la société. Saluant l’œuvre de la jubilaire, Régine Tchicaya-Oboa a souligné l’intérêt de ses méthodes pédagogiques pour les politiques publiques d’alphabétisation. «Je rendrai compte fidèlement à Monsieur le ministre de tout ce que j’ai entendu et apprécié ici», a-t-elle déclaré, souhaitant que l’expérience de l’École spéciale puisse inspirer la Direction générale de l’alphabétisation. Joseph MWISSI NKIENI

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