Commentaire

C’est quoi la «faute grave» pour laquelle Séraphin Bhalat et compères
ont été suspendus?

C’est une  bourrasque qui s’est emparée du P.a.p.n (Port autonome de Pointe-Noire), après, la publication des décisions prises lundi 2 novembre 2026, par le ministre des transports, de l’aviation civile et de la marine marchande, Josué Rodrigue Ngouonimba, de suspendre, pour «faute grave», le directeur général, Séraphin Bhalat, le directeur financier et comptable, Emile Ngandzien, le directeur du contrôle et du budget, Léopold Vincent Mopita, et le secrétaire permanent de la Cellule de passation des marchés, Edmond Jean de Dieu Otsoa. Depuis le mardi 3 novembre, des documents administratifs sont balancés dans les réseaux sociaux. La «faute grave» y apparaît clairement.

Au niveau des faits, il faut d’abord rectifier que le directeur général suspendu est en liberté. Mais, il a été empêché de prendre le vol d’Air France, mardi 3 novembre, à Pointe-Noire, pour la simple raison qu’ayant été suspendu de ses fonctions, il ne peut plus effectuer de mission à l’extérieur du pays au nom du P.a.p.n. Un témoignage rapporte qu’il était dans le salon V.i.p de l’aéroport, pour attendre l’embarquement, alors que ses bagages étaient déjà enregistrés. C’est à ce niveau que deux officiers de police lui ont signifié la décision le concernant de ne pas pouvoir voyager. Il a fallu alors retirer ses bagages qui étaient déjà embarqués.
Séraphin Bhalat, directeur général suspendu du Port autonome de Pointe-Noire
Tout est allé vite. Suivant les documents diffusés, on peut remarquer qu’en date du jeudi 29 octobre 2026, le ministre des transports adresse une lettre de demande d’explication au directeur général du P.a.p.n, au sujet du paiement d’un marché de travaux exécuté à Dolisie, dans le cadre de la responsabilité sociétale du port. Il s’agit de la construction d’un pont sur la rivière Loubomo, sur l’axe Sossi, au bénéfice de la mairie de Dolisie.
Le ministre Ngouonimba lui donne 48 heures, soit deux jours, pour lui fournir les explications sur les faits exposés dans sa lettre, en lui précisant que le délai courait à compter du 29 octobre. La réponse devait donc arriver le lendemain, vendredi 30 octobre. Il s’avère que la réponse du directeur général est datée du lundi 2 octobre, donc ayant dépassé le délai exigé.
A cette même date du 29 octobre, Max Roland Ngandziri, gérant et propriétaire des Etablissements M. Yowan, ayant réalisé les travaux du pont, a porté plainte, à travers son avocat, maître Martial Ondogo, auprès du juge du 9ème cabinet d’instruction du T.g.i (Tribunal de grande instance) de Pointe-Noire, contre Affronsimon Nicolas Nzoualou Nsakala «et ses complices, tous agents du Port autonome de Pointe-Noire», pour avoir encaissé le paiement des travaux du pont, au nom des Etablissements M. Yowan, soit un montant de 295 millions de francs Cfa.
Le pont financé par le P.a.p.n à Dolisie
En effet, au lieu d’effectuer les virements relatifs au paiement des travaux, dans le compte des Etablissements M. Yowan figurant sur les factures, la direction générale du P.a.p.n a viré l’argent dans le compte personnel d’Affronsimon Nicolas Nzoualou Nsakala, qui est non seulement un agent du P.a.p.n, mais aussi représentant des Etablissements M. Yowan avec qui le P.a.p.n traitait concernant ce marché de construction du pont.
Bref, une véritable histoire de délit d’initié, comme c’est courant dans le monde congolais des affaires. En effet, dans ce marché, la direction générale du port a payé son propre agent, ce qui sous-entend évidemment des rétrocommissions. C’est aussi simple à comprendre. C’est là une affaire dans laquelle la justice ne devrait pas avoir du mal à trancher, tant le détournement paraît grossier. En comptabilité, on fait la distinction entre une personne physique et une personne morale. Les travaux effectués par une personne morale, les Etablissements M. Yowan, ne peuvent pas être payés dans le compte d’une personne physique. C’est un détournement. Le ministre Ngouonimba a vu juste: «faute grave». Ce qui signifie que si on fait un audit des marchés réalisés avant par le P.a.p.n, dans le cadre de ses responsabilité sociétales, il peut y avoir à boire et à manger. Les antivaleurs dont on parle tant…
Urbain NZABANI

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