Commentaire

Electricité: «Vivre durement aujourd’hui,
pour vivre mieux demain»?

C’est la catastrophe, à Brazzaville, en matière d’électricité! La capitale congolaise, avec ses 2,2 millions d’habitants, n’est plus alimentée correctement en électricité. Ses neuf arrondissements (Makélékélé, Bacongo, Poto-Poto, Moungali, Ouenzé, Talangaï, Mfilou, Madibou et Djiri) réunissant près d’une centaine de quartiers et ses banlieues, ne sont fournis en électricité qu’à tour de rôle, en raison de l’insuffisance de la quantité d’électricité dont dispose la ville. Ce qui est communément appelé «délestage», système de rotation ou de rationnement. Selon les prévisions des travaux sur les lignes T.h.t (Très haute tension) entre Pointe-Noire et Brazzaville (500 Kms) et Moukoukoulou/Mindouli (100 Kms), le soulagement ne pourra venir qu’à partir de début 2028. En attendant, c’est le «vivre durement aujourd’hui, pour vivre mieux demain» qui est en vigueur en matière d’électricité dans la ville capitale, même si au niveau des autorités, on ne le dit pas, parce que c’est un recul spectaculaire causé par la mauvaise gouvernance dans ce domaine.

Ces derniers jours, les délestages se sont aggravés dans la commune de Brazzaville, au point que certains quartiers sont privés d’électricité pendant des semaines, voire deux à trois mois. Une situation qui suscite la colère des populations, en raison des conséquences socio-économiques néfastes que provoquent ces privations d’électricité. Une situation qui crée aussi des tensions au sein de E2c (Energie électrique du Congo), l’entreprise qui a le monopole de fait de la distribution de l’électricité dans le pays, où les syndicalistes accusent la direction générale de mauvaise gestion et même de détournements de fonds.
Du côté du Ministère de l’énergie et de l’hydraulique, tout comme de l’entreprise E2c, on donne, à chaque fois, des explications techniques sur les causes à l’origine des délestages, des black-outs ou des coupures d’électricité. Mais les populations, qui ne demandent qu’à disposer de l’électricité, sont fatiguées de ces explications, savantes, techniques ou politiques, surtout que ça ne fait que perdurer.
Electricité, un sursaut très attendu du côté des autorités nationales
Après l’inauguration, le 18 février 2020, par le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, de la troisième turbine à gaz de la C.e.c (Centrale électrique du Congo), à Pointe-Noire, augmentant la puissance de production totale de cette centrale, de 314 à 484 mégawatts, les deux grandes villes du Congo, Brazzaville et Pointe-Noire, étaient soulagées dans la fourniture de l’électricité aux abonnés de E2c. Ceci grâce principalement à la C.e.c, aux barrages hydro-électriques de Moukoukoulou et d’Imboulou. Les problèmes se posaient plutôt au niveau des réseaux de distribution et des transformateurs locaux.
Après la mise hors service de la deuxième turbine du Barrage hydroélectrique d’Imboulou, en 2023, la situation de délestage a commencé à s’aggraver à Brazzaville. Avec ses 484 mégawatts, la C.e.c peut très bien soulager la ville de Brazzaville. Mais, la ligne de transport T.h.t (Très haute tension) de 220 Kv entre Pointe-Noire et Brazzaville, construite dans les années 80, provoquent beaucoup de pertes en électricité. D’où le lancement, le 21 août 2025, des travaux de réhabilitation et de renforcement de cette ligne de 500 Kms. Les travaux sont réalisés par la société italienne Eni. Pour sa part, l’A.f.d (Agence française de développement) a financé et supervise les travaux de réhabilitation de la ligne haute tension (110 Kv) reliant le Barrage hydroélectrique de Moukoukoulou au poste de Mindouli, sur 94 Kms. Tous ces travaux ne prendront fin qu’en 2028.
Autrement, pour soulager Brazzaville à court terme, il faut procéder à la réparation ou la réhabilitation des turbines d’Imboulou ou alors importer l’électricité de la RD Congo. On aurait pu en effet importer l’électricité de Kinshasa, puisque l’interconnexion existe et que les deux pays sont liés, depuis le 7 décembre 2021, par un accord de coopération énergétique visant à concrétiser le projet de la «Boucle de l’amitié énergétique». Malheureusement, Kinshasa est aussi confrontée à un déficit d’électricité. Entre 2011 et 2025, Brazzaville lui fournissait 30 Mw par mois, alors que jusque-là, entre 1998 et 2007, c’est Brazzaville qui importait 70 Mw par mois.
Le Barrage hydroélectrique d’Imboulou
Franchement,  il faut que le gouvernement décide, avec la partie chinoise, de réhabiliter dans l’immédiat, les turbines du Barrage hydroélectrique d’Imboulou et de créer, toujours avec la partie chinoise, une société spécialisée dans l’entretien des trois barrages hydroélectriques de Moukoukoulou, Imboulou et Liouesso, fruit de la coopération avec la Chine, au lieu de les laisser encore entre les mains négligentes de E2c. D’ailleurs, si la C.e.c tient le coup, c’est parce qu’elle est gérée par une société privée, Eni. Il faut aussi abolir en partie les réformes du secteur de l’électricité, en replaçant les sociétés d’électricité et d’eau courante sous la tutelle de l’Etat, car leur autonomisation n’a abouti qu’à un affaiblissement de leur gestion, par des fonctionnaires qui n’ont pas la culture entrepreneuriale.
En somme, il ne peut y avoir accélération de la marche vers le développement, sans disponibilité de l’électricité à coût accessible pour «les masses populaires», à l’heure où l’économie numérique est devenue une réalité quotidienne. Et qui dit économie numérique, dit dépendance à l’électricité. Quoiqu’il en soit, l’électricité est un facteur fondamental du développement moderne. A coup sûr, le soulagement va venir, mais pour l’instant, c’est le «vivre durement aujourd’hui, pour vivre mieux demain».
Jean-Clotaire DIATOU

En attendant, à Brazzaville et ailleurs, on est renvoyé dans les années 60

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