Prix international Emma Rossi

La scientifique et chercheure congolaise, Francine Ntoumi, lauréate de la 4ème édition

La scientifique et chercheure congolaise, Francine Ntoumi (65 ans), présidente de la F.c.r.m (Fondation congolaise pour la recherche médicale), a remporté cette année le Prix international Emma Rossi, décerné tous les trois ans par l’Association Emma Rossi, pour récompenser les femmes d’exception engagées dans le changement social, l’égalité, les droits humains et l’excellence. Placée sous le thème, «Les femmes qui changent le monde», l’édition 2026 de ce prix a notamment mis à l’honneur l’assistance sanitaire, l’action humanitaire et la recherche médicale. La professeure Francine Ntoumi a reçu son prix des mains de Mme Patrizia Busignani, la présidente de l’Association Emma Rossi, au cours d’une cérémonie solennelle qui s’est déroulée le 24 septembre 2026, au Teatro Titano de Saint-Marin, un Etat de 34.132 habitants, enclavé au sein de l’Italie, en présence des plus hautes autorités de cet État, dont les deux capitaines-régents (Chefs d’Etat), le secrétaire d’État à la santé et à la sécurité sociale, etc.

Le drapeau congolais a flotté au sommet des sciences et de l’engagement humanitaire en Europe, grâce à une compatriote. Face à 17 candidates venues d’Italie, d’Argentine, de Grande-Bretagne, de Gaza et naturellement de la République de Saint-Marin, la professeure Francine Ntoumi, venue du Congo, spécialiste sur les maladies infectieuses, plus spécialement le paludisme, a remporté à l’unanimité du jury, la 4ème édition du Prix international Emma Rossi, pour son engagement remarquable en faveur de la recherche scientifique, de la santé publique et du développement des capacités de recherche en Afrique.
De retour à Brazzaville, c’est au siège de sa fondation, nichée dans un beau bâtiment à Mansimou, un quartier du 8ème arrondissement, Madibou, que la scientifique et chercheure congolaise nous a reçu, le mercredi 30 septembre 2026, pour une interview. Soit dit au passage que cette année, elle a été aussi élue, au mois de juin dernier, secrétaire générale de l’A.a.s (Académie africaine des sciences), créée en 1985 et basée à Nairobi au Kenya.
Pendant la cérémonie de remise de prix, à Saint-Marin
L’émotion reste vive en elle après cet événement qui l’a encore propulsée plus haut sur la scène scientifique internationale. «J’ai ressenti une profonde fierté, en apprenant que j’étais la lauréate, d’autant que la compétition était particulièrement relevée. Nous savons pertinemment que la science dispose de moyens et d’infrastructures bien plus avancés dans d’autres régions du monde que chez nous. Recevoir cette distinction est une immense satisfaction personnelle, mais c’est avant tout un honneur pour notre pays. À ce moment précis, voir flotter le drapeau congolais à Saint-Marin revêtait une importance capitale pour moi. Je tenais à prouver que la femme congolaise est pleinement capable de rivaliser avec ses pairs à l’échelle internationale», a-t-elle confié.
Mme Patrizia Busignani, le secrétaire d’État à la santé de Saint-Marin et la professeure Francine Ntoumi
En découvrant l’histoire d’Emma Rossi, figure tutélaire de l’association et du prix qui portent son nom, enseignante, femme politique et figure humaniste de Saint-Marin disparue prématurément dans la cinquantaine, Francine Ntoumi dit avoir mesuré l’impact de cet héritage. Un combat pour l’égalité qui résonne avec l’actualité internationale, comme elle le souligne en saluant la nomination historique de la première femme nommée Première ministre, cheffe du gouvernement, au Royaume du Maroc, Mme Fatima Ezzahra El Mansouri. «Les choses progressent, parfois trop lentement à mon goût, mais elles avancent. C’est le signe qu’il ne faut jamais relâcher nos efforts», réagit-elle.
Pour la chercheuse scientifique congolaise, trois obstacles majeurs freinent encore la lutte contre les pathologies infectieuses en Afrique: le manque de financement, de formation et de ressources pérennes. «Pour travailler efficacement, il nous faut des ressources pérennes, afin de mener nos enquêtes de terrain, analyser nos échantillons biologiques et former la relève. Aussi, la recherche a besoin de se développer dans un environnement stimulant et favorable, propice à l’émergence de nouvelles énergies créatrices. Nous avons également besoin d’un engagement financier accru aussi bien du secteur public que privé», pense-t-elle.
La photo de famille après la cérémonie
Au-delà des barrières matérielles, la lauréate pointe du doigt les préjugés tenaces. «Des barrières mentales entourent encore le métier de chercheur. Pour répondre aux besoins de notre société, nous devons susciter des vocations par la promotion de nos métiers, le plaidoyer auprès des décideurs politiques et la sensibilisation des enfants», confie-t-elle.

Un appel vibrant à la jeunesse
Véritable modèle de réussite professionnelle, Francine Ntoumi a saisi l’opportunité du Prix international Emma Rossi qu’elle a reçu pour lancer un appel direct aux jeunes filles congolaises et africaines, en les exhortant à briser le plafond de verre que constituent les préjugées sur la femme, pour s’orienter, sans complexe, vers les disciplines scientifiques. «Qu’elles se montrent ambitieuses; qu’elles refusent de laisser quiconque décider de leur orientation à leur place. C’est à elles et à elles seules de fixer leurs propres limites», leur dit-elle.
En cette période de rentrée scolaire dans notre pays, la professeure a tenu aussi à adresser un message d’encouragement aux élèves, les invitant à donner le meilleur d’eux-mêmes, pour leur avenir et le développement de leur pays, ainsi qu’aux parents dont le soutien quotidien est «indispensable pour que nos enfants acquièrent le bagage intellectuel nécessaire». Céleste Exaucé SINDOUSSOULOU

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