Département du Pool
A Mindouli, les habitants ont peur de regagner leurs maisons, malgré les appels des autorités
L’affrontement qui s’est produit le dimanche 11 janvier 2026, à la gare routière de Mandou, à Mindouli, sur la route lourde Brazzaville/Pointe-Noire, entre des militaires de la D.g.s.p (Direction générale de la sécurité présidentielle) et des ex-combattants ninjas du pasteur Ntumi, a provoqué la fuite de la population de Mindouli dans les localités frontalières de la RD Congo et dans les forêts. Le retentissement des armes de guerre a, en effet, effrayé les habitants de cette localité qui a connu les affres des précédentes hostilités armées qui avaient durement affecté cette zone du Département du Pool.
Lorsque les rafales d’armes de guerre et les détonations ont retenti du côté de la gare routière, sur la route lourde, située à moins d’un kilomètre de la cité de Mindouli, les populations ne se sont pas fait prier pour commencer à fuir. En quelques instants, ce sont des colonnes de personnes s’enfuyant vers les collines au Sud de la cité, qui se sont formées, pour se diriger vers la frontière de la RD Congo et trouver refuge dans les localités de ce pays voisin, alors que d’autres gagnaient les forêts. Les gens étaient convaincus que la guerre avait repris. Le traumatisme des précédentes violences armées étant encore vivace dans les esprits, personne ne pouvait en douter. Voilà comment la cité s’est vidé des trois quarts au moins de sa population, à la fin de cette folle journée.
Le commandant du détachement militaire de Mindouli a dû tenir un meeting, lundi 12 janvier, au marché, pour appeler les habitants à regagner leurs domiciles. L’armée n’a pas pris part à l’affrontement entre la D.g.s.p et les ninjas. Malgré cela, les témoignages indiquent que les populations, gagnées par la peur de la guerre, continue de quitter la localité.

En ce qui concerne les victimes, faute de communication officielle, on se contente des témoignages qui nous parviennent. Ainsi, une des victimes tuées, présentée comme un ninja, ne l’est pas. C’est un civil, marié et père de deux enfants, répondant au nom d’Igor Odilon Pangou et habitant au Quartier Tchimbamba, à Pointe-Noire, qui se rendait à Brazzaville. Une fois tué, il a été présenté par les éléments de la D.g.s.p, dans une vidéo, comme étant un ninja. Ce qui n’est pas le cas, selon sa famille qui tient une veillée mortuaire à Pointe-Noire et qui implore le gouvernement à l’aider à récupérer sa dépouille (voir vidéo ci-dessous). Le pays va de drame en drame, tout au moins à l’échelle des familles, en raison du manque de rationalité dans l’exécution de certaines décisions au niveau de la base.
Le bilan de l’affrontement de Mindouli s’élève, désormais, à cinq personnes tuées par balle, dont un ninja qui est d’ailleurs mort avec son fusil de chasse à côté de lui (voir notre précédent article). Parmi les blessés admis à l’hôpital, il y a eu un mort dans la journée du lundi 12 janvier. Il s’agit d’une écolière de 12 ans, blessée par balle alors qu’elle revenait du village Ntari, pour se ravitailler en ration alimentaire et qui s’est retrouvée sur le théâtre de l’affrontement. Avant elle, une femme, appelée maman Césa, chrétienne catholique de Mindouli, était décédée de ses blessures le jour même de son admission à l’hôpital, c’est-à-dire le dimanche 11 janvier. Du côté de la D.g.s.p, on ne connaît pas le bilan. Aucune communication du gouvernement ni de l’administration n’a été jusque-là faite, depuis que ces événements se sont produits. Au moins, l’on apprend que les autorités se démènent à rétablir l’ordre public, protéger les populations et s’occuper des victimes.
Du côté du C.n.r (Conseil national des républicains), le parti du pasteur Ntumi, aucune déclaration n’est également faite jusque-là. Mais selon certains témoignages, ce dernier aurait pris l’option de privilégier l’apaisement, malgré une attitude très critique de ses proches à l’égard du gouvernement sur les incidents de Mindouli. Des vidéos de menaces sont même diffusées dans les réseaux sociaux à l’encontre des autorités nationales. Enfin, la circulation automobile est bel et bien rétablie sur la route lourde, mais la peur domine encore la traversée du Pool. Les ex-combattants ninjas se sont armés à la résidence de leur chef, au bord de la route, comme en témoigne la vidéo ci-dessous. La paix par la force est une paix fragile, il faut toujours consolider la paix par le dialogue, le respect des lois de la République et des droits des citoyens.
Urbain NZABANI
La dépouille d’Igor Odilon Pangou, considéré comme ninja par les éléments de la D.g.s.p, alors que c’était le chauffeur d’un sénateur.









