Electricité

Brazzaville vit ce qu’on redoutait, après
la suspension des réformes

L’électricité est devenue une denrée rare dans la ville capitale, Brazzaville. Depuis le mois de septembre 2025, où l’on a enregistré l’arrêt de la dernière turbine de 30 M.w (Mégawatts), parmi les quatre que compte le Barrage hydroélectrique d’Imboulou, le régime des délestages d’électricité auquel les citadins brazzavillois sont soumis s’est encore durci. Et depuis, on peut constater que parfois, les deux tiers de la ville sont plongés dans le noir. Ce que l’on redoutait après la suspension des réformes dans le secteur de l’électricité fait maintenant partie du quotidien des populations.

Brazzaville subit les conséquences de l’effondrement de la production de l’électricité, depuis que la dernière turbine du Barrage hydroélectrique d’Imboulou s’est arrêtée. Les réformes conduites par le gouvernement pour y faire face avaient été suspendues, à la suite du mouvement de grève mené par les syndicats de E2c (Energie électrique du Congo), la société anonyme créée en août 2018, sur les cendres de la S.n.e (Société nationale d’électricité). Appelé à se prononcer sur la poursuite de ces réformes, le gouvernement, réuni en session du Conseil des ministres,  le 13 mai 2025, à Oyo, sous le très haut patronage du Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, avait décidé de «suspendre» le contrat d’affermage signé le 13 février 2025, avec la Senelec (Société nationale d’électricité du Sénégal), à la grande satisfaction des syndicats de E2c. Il avait exprimé, cependant, «l’urgence d’étudier les conditions d’amélioration du réseau de transport d’électricité entre les villes de Pointe- Noire et Brazzaville, afin de réduire puis d’éliminer les pertes techniques sur ce tronçon et d’améliorer ainsi la desserte, la quantité et la qualité de l’électricité en faveur des populations».
Le Barrage hydroélectrique d’Imboulou
A ce moment-là, une seule turbine fonctionnait encore à Imboulou, après que la troisième soit tombée en panne. Lorsqu’elle s’est arrêtée, un jour de septembre 2025, le sort des citadins de Brazzaville en matière d’accès à l’électricité n’a fait que se dégrader, jusqu’à la situation d’aujourd’hui où les quartiers peuvent passer de nombreux jours sans électricité. Trois raisons principales à cela:
– l’effondrement de la production avec l’arrêt des quatre turbines d’Imboulou;
– les pannes dans les postes transformateurs et sur le réseau de transport de l’électricité;
– l’insuffisance de capacité de la ligne H.t (Haute tension) entre Pointe-Noire et Brazzaville.
Concernant le premier point, la production, il n’allait plus se poser, si la convention de concession de la Centrale hydroélectrique d’Imboulou, signée le 19 juillet 2023, à Brazzaville, pour une durée de 30 ans, entre le gouvernement et la société suisse, «Hydro operation international and action energy», était entrée en application. Cette convention confie la révision, la réhabilitation et l’exploitation du barrage à la société de droit congolais Nea Imboulou, filiale de la société suisse, sans licencier le personnel. D’autres conventions de concession ont été signées et validées.
Mais, dans un pays où le gouvernement valide des accords qu’il n’arrive pas à faire respecter, face à l’agitation politicienne de ceux qui cherchent à sauvegarder leurs propres intérêts, les problèmes liés aux affaires publiques trouvent difficilement des solutions. Le manque d’entretien et d’investissement dans les pièces de rechange est à l’origine des maux qui minent les centrales hydroélectriques.
Une vue de la C.e.c (Centrale électrique du Congo) à Pointe-Noire
E2c a lancé, depuis octobre 2025, des travaux d’urgence de réparation d’Imboulou, consistant à stabiliser les berges contre l’érosion, réhabiliter les structures en béton affaissées par les infiltrations d’eau et réviser les turbines avec un partenaire chinois. Evidemment, la question se pose au niveau du financement. La société congolaise appelle au soutien de l’Etat qui, lui, ne trouve pus prioritaire de financer des actions qui auraient pu, si elles étaient bien gérées, être financées sans le concours de l’Etat.
Pour ce qui est du réseau et du transport de l’électricité, la société E2c se démène à réparer, elle-même, quelques postes transformateurs, en remplaçant les transformateurs et les câbles défaillants et en réhabilitant les pylônes. Mais, si la production de l’électricité ne suit pas, on n’est pas sorti de l’auberge. Quant à la ligne H.t (Haute tension) traversant le Sud du pays, l’on sait que la société pétrolière italienne Eni s’était engagée, depuis juillet 2025, dans sa réhabilitation, partant de N’Djéno où se trouve la C.e.c (Centrale électrique du Congo), en vue d’utiliser le potentiel de cette centrale à gaz (484 mégawatts) et de la Centrale turque, Aksa energy (50 mégawatts). Les travaux sont en cours. Leur achèvement permettra de sortir Brazzaville du régime sévère des délestages électriques. Ce qui soulagera énormément les usagers qui n’en peuvent plus, avec les délestages. Mais, le sait-on? E2c traîne une énorme ardoise à l’égard de la C.e.c. De quoi se demander si ça continuera à fonctionner de la sorte, c’est-à-dire, les centrales à gaz fournissent de l’électricité que E2c ne paye pas.
Récemment, le 15 juillet 2025, le gouvernement a lancé, à Brazzaville, en grandes pompes, le Pasel (Projet d’amélioration des services de l’électricité), financé à hauteur de 100 millions de dollars par la Banque mondiale, avec comme objectifs, entre autres, de réhabiliter la ligne haute tension de 220 Kv entre Pointe-Noire et Brazzaville, à travers la fourniture et l’installation des statiques dans trois postes de transport le long de la ligne. Depuis, on n’entend plus parler de ce projet.
Electricité
Enfin, pour alimenter la capitale Brazzaville, la ville la plus peuplée du pays avec plus de deux millions d’habitants représentant le tiers de la population congolaise, on aurait pu recourir à l’importation de l’électricité de la RD Congo. Un accord portant sur le partage de 30 M.w d’électricité a été signé le 20 décembre 2025 entre les gouvernements du Congo et de la RD Congo, pour établir, désormais, un cadre formel de coopération dans la gestion des échanges d’électricité, la réconciliation financière et la mise en œuvre de projets d’intégration énergétique régionale. Il s’avère que la RD Congo lui-même est en déficit de production l’obligeant à importer l’électricité de la Zambie. En attendant, un projet, baptisé Boucle de l’amitié énergétique, a été mis en place, pour sécuriser l’approvisionnement en électricité des villes de Kinshasa, Brazzaville et du Cabinda, en les reliant aux principaux centres de production, notamment Inga en RD Congo et Pointe-Noire au Congo. Mais, tout ça, c’est sur le papier. Dans la réalité, ce sont les délestages qui dominent encore.
Le réseau H.t Pointe-Noire – Brazzaville – Makoua
Il est clair que le Congo ne peut continuer à compter sur une société en grande difficulté, E2c, pour réaliser les objectifs de son ambitieux «pacte national énergétique», mis en place en septembre 2025, suivant l’Initiative «Mission 300» lancée par la Banque mondiale, la B.a.d (Banque africaine de développement), et leurs partenaires, au sommet africain de l’énergie qui s’est tenu à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, en janvier 2025, sur le thème: «Accélérer l’avenir énergétique de l’Afrique». Ce pacte prévoit un taux d’accès à l’électricité, en 2030, c’est-à-dire avant la fin du quinquennat qui commence jeudi 16 avril 2026, de 81,3% (90% urbain et 50% rural). Ce qui équivaut à 2,5 millions d’habitants urbains et 5oo mille ruraux ayant reçu un nouveau branchement (soit 953 mille nouveaux branchements, dont 874 mille en milieu urbain et 79 mille en milieu rural). Actuellement, le taux d’accès à l’électricité est de 31,66% (38,67% urbain et 1,01% rural). C’est vrai qu’il faudrait «accélérer la marche vers le développement», pour y parvenir, puisqu’on ne peut concevoir le développement sans assurer la disponibilité de l’électricité. «Le secteur de l’électricité est en difficulté financière et les performances opérationnelles et commerciales du service public d’électricité de E2C sont mauvaises», constate-t-on. Dans ce cas, c’est une entreprise à considérer comme un canard boiteux, elle mérite donc d’être réformée.
Jean-Clotaire DIATOU

Reportage

Reportage Ligne H.t Pointe-Noire/Brazzaville

Reportage à Imboulou

 

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