Le Président Denis Sassou Nguesso, déclaré vainqueur à l’élection présidentielle congolaise scrutins des 12 et 15 mars 2026, s’est vu confirmer sa victoire par la Cour constitutionnelle. S’en suivra son investiture, le jeudi 16 avril 2026, en présence des Chefs d’État et de gouvernement, étrangers. Le Stade de la concorde, dans la Commune de Kintélé, voisine de Brazzaville, devant abriter la cérémonie que j’imagine sera fastueuse.
Au-delà de son investiture, maints défis et pas des moindres, dans tous les domaines de la vie nationale, attendent le Président Denis Sassou Nguesso. Et la République du Congo en recèle plusieurs dont les solutions conditionnent son progrès socio-économique et culturel. De ces défis, il y en a un, à mon sens, majeur, dont on ne parle peu ou pas assez. C’est la valorisation de l’administration publique congolaise. Cet ensemble de services publics centraux, départementaux et autres pouvoirs locaux, chargés d’assurer la gestion et le fonctionnement de l’Etat et de la société. Cela, sur un double versant. D’une part, pour mettre l’administration congolaise en adéquation avec le strict respect de ses propres textes. De l’autre, aux fins de la réformer, en profondeur dans l’objectif de la moderniser.
Prise globalement, au regard de certaines observations, l’administration congolaise pêche en certains points par son manque de transparence et de responsabilité, ce qui entraîne des velléités d’abus de pouvoir et la tendance aux faits de corruption. Par ailleurs, sont signalés des cas des procédures administratives souvent longues et complexes, pouvant décourager d’éventuels investisseurs et des citoyens enclins à s’engager dans des processus d’entreprenariat. Plus grave, est aussi relevé le manque de ressources humaines et financières appropriées, pour mener à bien des missions administratives spécifiques.
Avec l’évolution mondiale actuelle, urge, en République du Congo, la mise en place de plateformes numériques de l’ensemble des services publics, aux fins d’améliorer l’efficacité et la transparence de l’administration. Ce à quoi s’ajoute la formation et le renforcement des capacités des fonctionnaires, pour mieux rentabiliser la qualité des services.
Des passe-droits ou autres faveurs contre le règlement, par extension contre le droit, ainsi que la non-observation des textes en vigueur corrodent la crédibilité de l’administration congolaise et créent des inégalités. Ce qui contribue à une culture de l’impunité et affaiblit l’État de droit. Le remède à ce phénomène réside dans le renforcement des mécanismes de contrôle et de sanction, de même l’obligation du sens de la responsabilité au sein des administrations.
Dans tant de situations, les autorités congolaises, depuis celles des sphères élevées jusqu’à celles d’en bas, ne se constituent pas en modèles, pour exiger par des déclarations officielles, preuves à l’appui, de leurs administrés qu’ils suivent leurs exemples, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. C’est une question de leadership.
En effet, de par le monde, quel qu’en soit le type de régime politique, dès lors que ceux placés, à divers niveaux des commandes du pays, ne se prennent pas en exemple, il devient difficile d’obtenir des citoyens qu’ils respectent les règles communes établies. La République du Congo, tout le long de son histoire, jusqu’à ce jour, se construit sur la base des lois et règlements édictés par les pouvoirs publics. Ce à quoi s’ajoutent des textes de la période coloniale légués par l’administration française. Le respect, sans exclusive, des dispositions nées de l’ensemble de ces textes est une avancée qui aurait l’avantage de réparer la République du Congo, qui a un réel besoin de l’être. Le respect des lois et règlements est essentiel, pour construire un État de droit solide. Et l’application effective des lois permet de lutter contre l’impunité, de promouvoir la justice et de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions. C’est un pas important vers le développement et la stabilité.
La République du Congo aura beau édifier de nouvelles infrastructures de base, en restaurer les anciennes, installer des usines, bâtir des établissements scolaires et universitaires ainsi que des centres médico-sociaux, si la machine administrative du pays est inefficace, avec des relents de désordre et des accents de corruption, l’effet positif qu’on attend des investissements sera sans réel plus-value. Les infrastructures et les investissements ne suffisent pas à eux seuls, à faire décoller un pays.
Autant une administration est porteuse d’impérities, autant les bénéfices des investissements seront limités, voire nuls. Pour mettre en œuvre les politiques publiques, gérer les ressources et créer un environnement propice au développement, le pays doit reposer sur des rouages administratifs performants, aux personnels impartiaux. Une des clés pour que les investissements aient un impact réel et durable sur l’économie et la société.
Pour me répéter, il faut en finir avec l’archaïsme du paiement en espèces des traitements et autres indemnités de tous les agents des institutions nationales, dont leurs dirigeants, pour renforcer la transparence et la traçabilité des fonds publics. Redonner aux régies et autres services financiers publics leurs droits, le plus souvent, allègrement bafoués. Une des manières de lutter contre la corruption et de mieux gérer les finances publiques. Dans chaque Département ministériel, créer un service de reformes qui travaillerait aux réformes, avec incidence financière et sans incidence financière. Pourquoi pas, réexpérimenter, en le qualifiant autrement, le «tribunal des camarades» du temps du P.c.t, parti unique, en guise de conseil de discipline, aux fins de réparer les fautes des agents dans l’exercice de leurs tâches?
A tout prendre, il s’impose, dans cette logique d’accroissement de la productivité de l’administration congolaise, l’organisation des états généraux de ce pan du fonctionnement de l’Etat congolais. Des états généraux qui permettraient de faire un diagnostic approfondi des problèmes de ce domaine de l’Etat, recueillir les propositions des acteurs concernés et définir une feuille de route, pour moderniser et rendre plus efficace l’administration congolaise. Un tournant décisif, si les actes qui découlent des assises sont incontournables, pour améliorer la gouvernance et répondre aux attentes des citoyens.
Dans le processus
de la convocation
Des états généraux de l’administration, partir d’une commission préparatoire, pour la confection de l’ordre du jour, la définition des objectifs et les modalités d’organisation. La commission devrait également identifier les parties prenantes à impliquer et les thèmes clés à aborder.
D’une seule chose dépend le bon fonctionnement de l’administration congolaise. C’est la volonté politique des dirigeants et leur capacité à entraîner les agents de l’Etat dans la dynamique de la perfection du travail. Cette volonté politique des dirigeants est essentielle, pour impulser le changement et créer une culture de l’excellence au sein de l’administration. Si les dirigeants donnent l’exemple et mobilisent les agents autour d’un projet commun, la Nation congolaise se sentirait fière de son administration. Ce qui nécessite de la détermination, de la transparence et une vision claire, pour l’avenir de l’administration congolaise.
Joseph OUABARI
MARIOTTI
(Ancien Ministre)









