À quelques jours de l’élection présidentielle prévue le 12 avril 2025, le climat politique au Gabon demeure chargé d’incertitudes. Loin de l’élan d’espoir suscité par le coup d’État du 30 août 2023, la Transition dirigée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema soulève, désormais, plus de questions que de certitudes. À quoi ressemblera le Gabon d’après? Cette élection permettra-t-elle un réel renouveau démocratique ou consacrera-t-elle un nouveau visage pour un vieux système?
Dans ce flou politique, les difficultés économiques du pays pèsent lourdement. En 2023, la dette publique atteignait 70,5% du P.i.b (Produit intérieur brut), dépassant le seuil de viabilité recommandé par la Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Si le taux de chômage est passé de 22% à 18% entre 2023 et 2024 selon les autorités, cette baisse reste relative dans un contexte où l’économie demeure peu diversifiée. Le taux de pauvreté avoisinait encore les 32,9% en 2022, tandis que l’inflation, bien que modérée, s’établissait à 3,7% fin 2023. Ces chiffres traduisent une situation sociale difficile pour une majorité de Gabonais, en décalage avec les discours de relance.
La campagne présidentielle en cours ajoute à la perplexité. Cortèges motorisés, hélicoptères, concerts géants: les moyens mobilisés sont impressionnants. Comment expliquer un tel luxe, alors que les caisses de l’État sont supposées fragilisées? D’où proviennent ces ressources? Cette surenchère contraste fortement avec les difficultés quotidiennes des Gabonais et fait craindre une récupération du processus électoral à des fins de légitimation personnelle du pouvoir.
Sur le plan institutionnel, des réformes ont été engagées, comme les assises nationales et la révision constitutionnelle. Toutefois, la rapidité du calendrier et le manque de consensus autour de ces réformes soulèvent des interrogations. Nombre d’acteurs politiques estiment que ces changements n’ont pas suffisamment intégré l’opposition et la société civile. La scène politique reste verrouillée, les partis affaiblis et les voix discordantes marginalisées.
De plus, la figure du général Oligui Nguéma semble évoluer. Celui qui se présentait comme un militaire au service de la Nation adopte, désormais, les codes du politique: mariage médiatisé; inaugurations symboliques; distribution de biens… Une posture qui ressemble davantage à une campagne présidentielle classique qu’à une gestion neutre de la Transition.
Et pourtant, tout avait commencé au nom de la rupture, le 30 août 2023. Ce jour-là, une large partie des Gabonais avait accueilli la chute du régime Bongo avec soulagement, espérant la fin d’un système sclérosé. Mais, à mesure que la Transition avance, la promesse d’un nouveau départ semble s’estomper.
L’élection du 12 avril ne sera donc pas une simple formalité. Elle portera le poids des espoirs déçus, des promesses non tenues et de l’exigence d’un véritable changement. Reste à savoir si les urnes permettront de refermer définitivement la page de l’ère Bongo ou si elles ouvriront un nouveau chapitre d’une continuité déguisée.
Brony Fortunat NGOLALI
Journaliste








