L’artiste musicien congolais (RD Congo), Fally Ipupa, a manifestement plus d’un tour dans son sac! Il vient d’ouvrir une nouvelle page de sa carrière, en s’illustrant au cinéma dans un film à coloration musicale: «Rumba Royale». Celui-ci a pour théâtre Léopoldville, capital du Congo d’alors, devenu Kinshasa, au crépuscule de la colonisation et à l’aube des indépendances. Le film explore toute une série de problématiques propres à la société congolaise des années 50, comme les luttes identitaires, les conflits politiques et la musique, en tant que réceptacle de son environnement.
S’il est vrai que Fally Ipupa est un artiste pétri de talent, à l’évocation de son nom, la première qualité qui émerge n’est pas sa voix, même si elle est belle. Priment la danse, son charisme, sa prestance et son charme. Autant d’attributs du «rendu visuel», très prisés dans l’univers du cinéma, art visuel par excellence, où les apparences comptent autant que l’essence. Son aîné, Papa Wemba, dont la trajectoire semble l’avoir inspiré, présentait d’ailleurs, peu ou prou, le même pedigree.
Ainsi, lorsque le réalisateur congolais, Yohane Dean Lengol, et le Belge Hamed Mobasser dessinent leur casting dans la perspective du film, le pedigree de Fally Ipupa leur tape à l’œil, pour lui confier le rôle principal. Il faut rappeler que Fally Ipupa n’en est pas à sa première expérience. L’Aigle (l’un de ses sobriquets) s’était déjà frotté au 7ème art dans «River Hôtel», une série télévisée sortie en 2019, jouant aux côtés d’une floppée de stars comme la diva camerounaise Charlotte Dipanda. Etonnamment, le rôle qu’il endosse ici est étranger à la musique. Il incarne le personnage de Daniel, le photographe! Sans doute pour faire éclore un des aspects inconnus de son arsenal (de belles mélodies).

«Rumba royale» arrive à point nommé, à un moment où la RD Congo tutoie la qualification au prochain mondial du football. Facteurs du soft power, ces deux bonnes nouvelles conjuguées donnent l’espoir et peuvent contribuer à redorer l’image du pays, ternie par la guerre du Kivu et un chômage massif. Les premières victimes étant les jeunes, dont certains échouent dans des phénomènes du type «Shégués ou Kulunas», faute de perspectives.
Les amateurs du 7ème art devraient pouvoir s’empresser à suivre ce long métrage, miroir de la société congolaise de l’époque, avec ses multiples facettes. Sur la forme, demeure une incertitude à ce film, celle de réussir l’épreuve difficile de la critique du public et des professionnels du cinéma, dont dépend en grande partie son essor.
Guy Francis TSIEHELA
Chroniqueur musical, Paris (France).









