Social

Les retards de salaires à l’origine
de la multiplication des grèves
dans le secteur public

Alors que règne une ambiance ordinaire dans la capitale, Brazzaville, où les citadins s’adonnent frénétiquement à leurs occupations quotidiennes, affrontant les difficultés devenues leurs lots inséparables comme les coupures d’électricité, les pénuries d’eau courante, les nids de poule, les embouteillages dans la circulation routière, les tracasseries administratives, les connexions Internet qui flanchent ou s’interrompent, etc, une partie du secteur public est en ébullition. A l’instar des personnels municipaux.

Ainsi, après la grève disciplinée qui paralyse le travail à l’Université Marien Ngouabi depuis le 17 novembre 2025, les personnels municipaux de six communes ont suivi le mot d’ordre de grève lancé par l’Union des secrétaires généraux élus des syndicats des mairies du Congo. A la Morgue municipale de Brazzaville, cette grève a pris une tournure dramatique, le vendredi 12 décembre, pour les familles voulant porter leurs parents en terre. Il a fallu l’intervention de la Force publique (police, sécurité civile), pour permettre à quelques familles de retirer les corps et procéder aux cérémonies funèbres. Le samedi 13 décembre, le travail a tout au moins repris à la morgue.
Morgue municipale de Brazzaville
La situation sociale des travailleurs du secteur public, particulièrement ceux des institutions et structures dépendant du budget de transfert de l’Etat connaît des fortunes diverses. Si les fonctionnaires de l’Etat sont régulièrement payés, à la fin de chaque mois, tout au moins ceux de Brazzaville et de Pointe-Noire, les fonctionnaires de l’intérieur du pays et les personnels dépendant des institutions et structures à budget de transfert attendent parfois jusqu’à trois voire quatre mois de suite sans être payés. Raison pour laquelle par exemple, les personnels de l’Université Marien Ngouabi, du C.h.u et des hôpitaux réclament toujours la concomitance du paiement de leurs salaires avec ceux des fonctionnaires.
Mais, c’est difficile pour le gouvernement de tout payer en une seule fois. D’où les acrobaties qui caractérisent le paiement des salaires dans le secteur public. «Notre pays traverse une réelle situation de crise. Payer des salaires tous les mois relève d’une véritable acrobatie. C’est un vrai vrai casse-tête. Faire face à nos obligations internationales, tous les mois, c’est un vrai casse-tête. Financer notre avenir, c’est un vrai casse-tête», avait avoué, en juillet dernier, le ministre en charge des finances, Christian Yoka, devant les douaniers de Pointe-Noire.
Cependant, les travailleurs constatent que «le casse-tête» n’existe pas dans le train de vie des hautes institutions nationales. Entre temps, début novembre dernier, le Congo a levé 670 millions de dollars (soit environ 381 milliards de francs Cfa) sur le marché international, à travers un eurobond de sept ans au taux d’intérêt de 9,875%, arrivant à maturité en novembre 2032. Ce qui devait soulager la trésorerie nationale, par rapport aux obligations internationales, générant ainsi une marge de manœuvre pour les charges sociales. Or, le ressenti chez les travailleurs du budget de transfert reste le même.
Ce qui est étonnant, c’est la précarité de la situation financière des structures comme la Morgue municipale de Brazzaville, dont l’activité est pourtant génératrice de revenus. Des millions de francs Cfa sont encaissés chaque jour ouvrable. Mais, les chiffres d’affaires hebdomadaires, mensuels ou annuels ne sont jamais publiés. Au grand bonheur des manipulateurs des fonds publics, malgré l’existence de la loi sur la transparence de la gouvernance financière. Résultat des courses: des personnels qui réclament des arriérés de salaires.
Après la journée de grève, le vendredi, le travail a repris le samedi 13 décembre à la Morgue municipale de Brazzaville. Mais…
La grève se manifeste dans les mairies de six communes du pays (Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Mossendjo, N’Kayi et Ouesso). Certaines accusent 80 mois d’arriérés de salaires. C’est comme si ces communes n’existent plus dans le budget de l’Etat. Les secteurs publics de l’enseignement et de la santé ne sont pas aussi épargnés par les menaces de grève. Dans le secteur des transports, la S.t.p.u (Société de transport public urbain) et la compagnie Ecair donnent l’impression d’être dans l’agonie. Comme quoi, les grèves ne sont pas que la manifestation de la crise économique, mais aussi le révélateur de la mauvaise gouvernance financière sur fond d’impunité et d’indifférence dans les structures génératrices de revenus. Une mauvaise gouvernance financière qui contribue à la destruction des emplois.
Jean-Clotaire DIATOU

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