Tribune
Congo: du «droit de la force» à la
«force du droit» face au défi des bébés noirs
Depuis plus d’une décennie, la République du Congo fait face à un phénomène sécuritaire inquiétant: celui des «bébés noirs». Ces bandes de jeunes désœuvrés, souvent sous l’emprise de drogues, opèrent dans les principales villes du pays. Leur violence est extrême: vols à main armée; agressions à la machette; viols; mutilations et parfois même meurtres.

Face à la criminalité et la barbarie des groupes dits bébés noirs et autres kulunas, les forces de l’ordre (police et gendarmerie) ont tenté diverses stratégies: dialogue; répression; opérations de sécurisation. Mais, aucune n’a permis de freiner durablement l’insécurité, désormais enracinée dans le quotidien des populations. Depuis une semaine, une nouvelle étape a été franchie. La D.g.s.p (Direction générale de la sécurité présidentielle) et la G.r (Garde républicaine), deux structures opérationnelles, la première étant militaire et la deuxième gendarme, relevant de la Présidence de la République et placées sous l’autorité directe du Chef de l’Etat, ont pris le relais. Leur opération de grande envergure, marquée par une extrême fermeté, a déjà provoqué des affrontements meurtriers avec ces groupes de jeunes.


Deux visions, deux réactions
Cette intervention militaire a suscité deux types de réactions:
– d’un côté, l’indignation de certains milieux, au nom du respect des droits humains et du rejet de la violence institutionnelle;
– de l’autre, une adhésion massive des populations, soulagées de retrouver un minimum de sécurité et de pouvoir circuler de jour comme de nuit sans la peur permanente d’une agression.
Ce clivage illustre un dilemme récurrent: concilier la protection des droits fondamentaux avec l’exigence d’une sécurité immédiate.
Le droit de la force: une étape brutale mais nécessaire
Comme l’a théorisé le sociologue Max Weber, l’État détient le monopole légitime de la violence. Dans ce cadre, l’opération de la D.g.s.p peut être vue comme l’exercice du «droit de la force»: rétablir l’ordre; briser le cycle de terreur et envoyer un message clair à ceux qui défient l’autorité publique. Cette phase, certes brutale, apparaît comme une étape incontournable. Sans un coup d’arrêt radical, aucune paix sociale n’est envisageable.


La force du droit: un retour indispensable
Toutefois, la réponse militaire ne peut être qu’un palliatif temporaire. Elle doit céder la place à la «force du droit»: enquêtes sérieuses; procès équitables; sanctions judiciaires. Car, un État qui s’installe durablement dans la violence armée fragilise ses propres fondations et met en péril l’État de droit.
Réinsérer pour prévenir
Au-delà de la répression, il est important d’agir sur les causes profondes du phénomène. Une partie de ces jeunes, encore «réinsérables», devrait bénéficier de programmes de réhabilitation: éducation; formation professionnelle; emploi; accompagnement psychologique. Sans cela, les racines du mal persisteront et de nouvelles générations risquent de suivre le même chemin de violence et de désespoir.
Somme toute, la sécurité est le premier des droits. L’opération en cours, aussi dure soit-elle, peut se comprendre comme un passage obligé: le droit de la force pour briser la barbarie. Mais, elle doit rapidement s’effacer au profit de la force du droit, garante de la justice et de la stabilité. C’est à ce prix que le Congo pourra à la fois rassurer ses citoyens, préserver ses valeurs et offrir un avenir à ses jeunes encore sauvables.
Charles Abel KOMBO
(France)
Chanson « Papas noirs »








