Conférence littéraire

La méthode cartésienne comme héritage: quand David Mavouangui repense Descartes

Comme annoncé, David Mavouangui a présenté son ouvrage, «Descartes, le don de la méthode». C’était jeudi 21 mai 2026, au Grand-séminaire Cardinal Émile Biayenda, à Kinsoundi, dans le premier arrondissement de Brazzaville, lors d’une conférence littéraire qui a réuni plusieurs personnalités parmi lesquelles Mgr Urbain Gassongo, évêque de Gamboma et vice-président de la C.e.c (Conférence épiscopale du Congo), le prof Louis Bakabadio, conseiller spécial du Président de la République, chef du département de l’éducation, Akanis Maxime Akanokabia, directeur de la scolarité de l’Université Marien Ngouabi, plusieurs responsables académiques, enseignants et étudiants de l’Université Marien Ngouabi, du Grand-séminaire de théologie Cardinal Émile Biayenda et du Grand-séminaire de philosophie Mgr George Firmin Singha, etc. La modération était assurée par notre collègue Ghislain Aristide Ngouma, journaliste à La Semaine Africaine.

Maître assistant et enseignant-chercheur à la Flash (Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines) de l’Université Marien Ngouabi ayant fait valoir ses droits à la retraite, David Mavouangui n’était pas dans un cénacle de philosophes. Sa conférence littéraire sur Descartes était ouverte à tout le monde. Mais, c’est clair que les philosophes étaient les plus nombreux. La personnalité complexe du philosophe français du 17ème siècle, René Descartes, mathématicien et physicien, considéré comme l’un des fondateurs de la philosophie moderne, ne pouvait pas manquer de susciter la curiosité des philosophes congolais. L’essai publié le 20 février 2025 chez Paari Éditeur, propose une réflexion dense et éclairante sur la pensée de René Descartes et sur la méthode cartésienne comme socle de la connaissance moderne.
La conférence s’est ouverte dans une atmosphère de recueillement et de solennité. La chorale des séminaristes a chanté un cantique soigneusement préparé, enveloppant l’assemblée d’une grande ferveur. Puis vint la prière d’ouverture, profonde et apaisante, comme une invitation à reconnaître la grandeur et la gloire de Dieu au cœur de cet instant d’exception.
Le prof Auguste Nsonsissa et David Mavouangui
Auguste Nsonsissa, critique littéraire
La portée scientifique et philosophique de l’ouvrage a été longuement analysée par le prof Auguste Nsonsissa, qui a joué le rôle de critique littéraire. Dans une intervention remarquable, il a salué «un ouvrage de maturité intellectuelle», fruit d’une longue expérience de recherche et d’enseignement.
Selon lui, «Descartes, le don de la méthode» dépasse la simple vulgarisation philosophique. L’essai s’inscrit dans une véritable réflexion épistémologique sur les fondements de la science moderne, en mettant en dialogue Descartes, Kant, Hegel et plusieurs traditions philosophiques contemporaines.
Le critique littéraire a notamment insisté sur la structure méthodique de l’ouvrage (introduction, réflexion sur «les pouvoirs de l’esprit», conclusion ouverte), ainsi que sur le recours aux grandes œuvres cartésiennes comme le «Discours de la méthode», les «Méditations métaphysiques» ou encore les «Règles pour la direction de l’esprit».
Pendant la conférence littéraire
Pour Auguste Nsonsissa, l’auteur propose surtout «une phénoménologie de la donation», une philosophie qui invite l’homme à «revenir à soi, être libre et exister». Il a conclu son analyse, en rappelant une maxime cartésienne reprise dans l’ouvrage: «C’est moins de perdre la vue que de perdre l’usage de la raison». À travers sa publication, David Mavouangui confirme sa place parmi les voix intellectuelles congolaises engagées dans la réappropriation critique des grandes traditions philosophiques occidentales. Avec «Descartes, le don de la méthode», il offre non seulement une lecture du rationalisme cartésien, mais aussi une réflexion sur la liberté, la vérité et le rôle de la raison dans les sociétés contemporaines.

Descartes au cœur de la modernité philosophique

Par la suite, un temps d’échanges nourris a permis à l’assistance d’interagir directement avec l’auteur, autour des enjeux contemporains de la méthode cartésienne. Plusieurs questions ont été soulevées, notamment sur l’impact de l’ouvrage dans la société actuelle, sur l’absence de méthode comme possible cause du désordre social, politique et éducatif observé aujourd’hui, ainsi que sur les rapports entre le spiritualisme et les valeurs traditionnelles africaines.
Interrogé sur la portée philosophique de son ouvrage et sur la nature même de la méthode cartésienne, David Mavouangui a développé une réflexion à la fois historique, métaphysique et anthropologique. Il a rappelé que René Descartes demeure, selon lui, «le précurseur de la modernité», notamment par son influence sur le siècle des Lumières. Le philosophe congolais a, également, expliqué le lien profond qu’il établit entre Descartes et Emmanuel Kant, deux auteurs qu’il enseigne depuis plusieurs années. «J’ai finalement compris Kant à partir de Descartes», a-t-il déclaré.
L’ouvrage de David Mavouangui
S’appuyant sur la célèbre formule cartésienne, «Cogito ergo sum» (Je pense donc je suis), il a montré que la pensée constitue, chez Descartes, une forme de transcendance permettant à l’homme de s’élever au-dessus des données sensibles et empiriques, pour accéder à la liberté et à la connaissance de l’absolu. Selon lui, la pensée relève du logo et fonde la dignité même de l’être humain comme sujet libre et conscient.
L’auteur a également souligné que, dans la philosophie cartésienne, Dieu apparaît comme «le garant des idées et des évidences», ouvrant ainsi un dialogue possible entre rationalité, spiritualité et certaines formes de sagesse traditionnelle, y compris bantoue. Pour David Mavouangui, la méthode cartésienne dépasse donc une simple conceptualisation abstraite: elle constitue une véritable discipline de l’esprit, orientée vers la quête de la vérité, de la rigueur intellectuelle et de la responsabilité humaine.
Mais, au-delà du commentaire philosophique, son ouvrage se veut aussi une réflexion sur l’action, la morale et la responsabilité humaine dans un monde moderne traversé par les crises du sens. David Mavouangui voit dans la méthode cartésienne une discipline intellectuelle capable d’orienter l’homme vers une existence rationnelle et libre.
La photo de famille autour de l’auteur (en chapeau), après la conférence
La prière de Mgr Urbain Gassongo
Pour conclure, Mgr Urbain Gassongo a été invité à prononcer la prière de clôture. Dans une intervention mêlant spiritualité et philosophie, il a déclaré: «Seigneur Dieu, tu as envoyé ton fils pour nous révéler ta méthode, et cette méthode, c’est l’Évangile. Que ton Esprit-Saint nous formate, afin que nous puissions être les tenants de l’Évangile. Nous te supplions Seigneur Jésus, formate chacun de nous à la méthode, pour être sérieux dans ce que nous faisons. Amen!». Une conclusion symbolique qui a donné à cette rencontre intellectuelle une dimension à la fois spirituelle et humaniste.

David Mavouangui donne à découvrir ou redécouvrir René Descartes

Né en 1953 au Congo, David Mavouangui a effectué une partie de ses études supérieures en France, notamment à l’Université de Poitiers, puis à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où il a soutenu sa thèse de doctorat en 1989, sur la philosophie de Kant et l’éducation. Il a dirigé pendant quinze ans le Département de philosophie de la Flash, de 1991 à 2006. Il assure également la direction de la collection Afrique en philosophie aux Éditions Paari et co-dirige le Germod (Groupe d’études et de recherches sur la modernité. En tout cas, qu’on soit philosophe ou pas, David Mavouangui donne à découvrir ou redécouvrir René Descartes, un penseur qui était convaincu que «le bon sens est la chose du monde la mieux partagée». Le bon sens!

Céleste Exaucé SINDOUSSOULOU

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